
“Ça fait des années que t’en parles et t’es à la moitié de ta vie. Qu’est-ce que t’attends ?” La question, posée par l’un de mes motards de frangins, m’a servi de déclic. Il était plus que temps de franchir le pas: celui de passer mon permis moto. Soit le permis A2. Au total, il m’a fallu 7 mois et 25h de leçons pour l’obtenir, de l’examen du code de la route «spécial moto» réussi en août 2023 jusqu’à l’épreuve de circulation, validée en mars 2024. Ah, et entre les deux, le plus pénible : l’examen du plateau (hors circulation) qui donne des sueurs froides à bon nombre d’apprentis motards, moi compris !
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Évacuons vite fait la partie théorique : il a fallu s’exercer deux bonnes semaines sur l’appli dédiée pour me sentir prêt à passer «le code». Au programme, 40 questions et 5 erreurs tolérées maximum. Ce n’est qu’une fois cette étape validée que l’on peut se présenter sur la piste privée de la moto-école. Ça a le mérite de rafraîchir la mémoire. Coût du passage du code : 30 euros. Au Luxembourg, il est obligatoire de suivre au moins 6 heures de leçons théoriques (12h si le candidat ne dispose pas d’un autre permis) en moto-école avant de passer ce même examen. C’est donc plus contraignant et plus cher (un peu plus de 200 euros dans le meilleur des cas, puisque les cours en ligne sont payants).
Entre mes vacances, une date d’examen du plateau repoussée en novembre, un mois de décembre sans aucune date délivrée par la préfecture et un échec en janvier, il a fallu persévérer un peu. Mais rien d’insurmontable pour quelqu’un qui labourait les boîtes de vitesse des deux roues de ses frérots, les rares fois où j’ai essayé de dompter leurs machines (de 50 cc seulement, je précise).

L’épreuve du plateau moto en France est réputée pour être l’une des plus difficiles d’Europe. En tout cas, elle me semble bien plus compliquée qu’au Luxembourg, mais on y reviendra plus tard. Il faut déjà apprendre par cœur le tracé et ses 6 exercices, chose que je n’ai retenue qu’en répétant mes passages sur la piste… et en regardant des vidéos sur Youtube. À 40 ans passés, ma mémoire n’est plus aussi vive qu’avant ! En vérité, il y a deux parcours symétriques qu’il faut mémoriser. Le jour de l’examen, un tirage au sort est effectué pour savoir sur quel parcours les candidats doivent se lancer.
L’épreuve du plateau en France :

L’épreuve du plateau au Luxembourg :

Cela commence donc par un exercice de «poussette» de la moto d’avant en arrière, moteur coupé, qui donne le droit, s’il est réussi le jour de l’examen, de poser trois fois un pied au sol sans que cela n’ait d’impact sur la note finale. Dans ma moto-école, la manœuvre est considérée comme si facile qu’on ne s’y est attardé que le jour J. Une fois au guidon, l’épreuve du plateau débute véritablement par un parcours lent constitué de deux virages délimités par des piquets et dont il faut sortir en plus de 16 secondes pour conserver la note de A. Entre 14 et 16 secondes, la note baisse à B puisqu’on a été un peu trop rapide. Sous les 14 secondes, on est ajourné. Un exercice d’équilibre que l’on a travaillé durant mes toutes premières heures de formation et que j’ai fini par maitriser plutôt bien. À titre de comparaison, au Luxembourg, ce parcours lent n’est qu’un couloir tout droit délimité par des plots. Le conseil ultime qui est rabâché à tous les candidats: il faut regarder là où on veut aller pour maîtriser ses trajectoires!
Il faut ensuite traverser la piste en diagonale pour s’engouffrer dans un petit couloir «d’évitement» avant de s’arrêter au milieu de la piste, guidon braqué. On repart ainsi dans le sens inverse afin de réaliser un demi-tour, on se dirige au bout de la piste, on réalise un deuxième demi-tour, puis on “fonce” à 50km/h pour réaliser un freinage d’urgence entre deux lignes (la vitesse est mesurée par les instructeurs). Jusque-là, rien de compliqué. C’est ensuite que j’ai connu plus de difficultés...
Après la “poussette”, le parcours lent et le freinage d’urgence, le quatrième exercice demande de prendre un passager et de réaliser un demi-tour à allure lente entre deux portes de piquets et deux cônes, avant de s’arrêter (un exercice absent de l’épreuve au Luxembourg). Bizarrement, plus je me suis exercé avec cette seconde personne assise derrière moi, moins je suis parvenu à réaliser un sans-faute. Allez comprendre ! C’est clairement la manœuvre que j’ai le plus redoutée lors de l’examen, alors qu’il ne m’a pas posé de problème lorsque je l’ai tenté la toute première fois. J’entends encore mon moniteur me dire : “arrête de viser la perfection ! Pose un pied au sol, tu en as le droit. Si tu ne poses pas un pied lors de l’examen et que t’es ajourné, tu vas t’en vouloir et moi aussi !”.
Après cela, il faut se relancer une dernière fois sur la piste pour slalomer à 40 km/h entre 5 cônes (on est «flashé» au 3e), réaliser un troisième demi-tour (toujours sans sortir des limites de la piste) et mettre un bon coup de gaz une dernière fois pour rentrer à 45 km/h dans un étroit couloir de cônes avant de réaliser un évitement et de s’arrêter dans une zone définie. Toute la difficulté de ce sixième et dernier exercice (absent lui-aussi de l’épreuve au Luxembourg) est de ne pas toucher le cône extérieur du «mur», sous peine de devoir recommencer l’épreuve dans son intégralité (on a le droit à deux passages). Bref, ça passe ou ça casse. Je ne cache pas qu’il m’est arrivé de chanter le générique de Dragon Ball Z dans mon casque afin de me donner de la force. Eh oui, génération 80 !

Le jour de l’examen du plateau, invoquer la puissance de Son Goku ne m’a néanmoins pas été d’une grande aide. Quasiment tous les candidats le vivent. On a beau être prêt techniquement, un élément vient tout bouleverser : le stress. Je n’y ai pas échappé. D’ailleurs ce jour-là, j’étais le seul des six candidats à passer l’examen du plateau pour la première fois. Les autres avaient échoué au moins une fois.
Sur la piste du centre de Pouilly, à partir du moment où j’ai posé mes fesses sur la selle de la moto, j’ai immédiatement perdu 50% de mes compétences. Bras raides, souffle court et l’impression de rouler avec du poison dans les veines. Comment l’expliquer? Le poids du regard de l’inspecteur, pourtant bienveillant et des potentielles erreurs. Ce jour-là, j’en ai inventé une jamais commise auparavant : m’arrêter pile sur un cône lors de mon premier demi-tour. Déstabilisant. La suite : une légère sortie de piste lors de l’exercice avec passager. Puis, lors de mon deuxième passage, un parcours lent… trop rapide et un cône renversé. Comme j’ai commis deux erreurs à chaque fois, ma première tentative à l’examen du plateau a donc été un échec. Chaque erreur fait en effet baisser la note d’un cran, de A à B puis de B à C, la note de C étant éliminatoire.
Un mois plus tard, après avoir roulé dans le froid (souvent), sous la pluie (parfois) et le soleil (rarement), je réussissais ce même examen du plateau lors du premier passage, déterminé comme jamais, quoique pas à l’aise à 100%. “Quand tu as réussi ton plateau, tu peux considérer que tu as ton permis!” a-t-on coutume de dire. Pour être à l’aise sur la route, le moniteur de ma moto-école m’a programmé 8h de conduite, qui se sont ajoutées aux 17h de formation hors circulation. Cela a été largement suffisant pour quelqu’un qui circule en voiture depuis 20 ans.
Dire que l’examen de conduite a été une partie de plaisir serait exagéré: j’ai tout de même roulé avec une petite boule au ventre. Mais en dehors de deux clignotants activés un peu trop tôt et un peu trop tard, la demi-heure sur route s’est déroulée sans accroc.
Résultats des courses: j’ai obtenu mon permis A2 après 25h de formation, soit 5h hors forfait, pour un coût total de 1.138 euros. Dans deux ans, je pourrais passer la “passerelle A”, soit une formation de 7h, qui me permettra de rouler des grosses cylindrées. Et cette fois, il n’y aura aucun examen à passer.