Au Casino 2000 jeudiMichael Gregorio: "Ma tournée m'a fait découvrir un petit bout du Luxembourg"

Raphaël Ferber
L'imitateur et chanteur français Michael Gregorio revient au Luxembourg, jeudi 24 avril au Casino 2000 de Mondorf (20h), pour jouer une dernière fois son spectacle "L’Odyssée de la voix".
© Reuters

Vous jouez votre spectacle depuis 2020 et vous êtes venu le présenter au Luxembourg, déjà au Casino 2000 de Mondorf (2022). Peut-on s’attendre à des nouveautés ?
Michael Gregorio : “Bien sûr, c’est un spectacle qui évolue avec le temps. C’est vrai qu’il a plus de 5 ans mais on n’a pas vraiment tourné durant les deux ans de covid. J’ai vraiment envie que les gens puissent le voir. Après avoir fait deux tours de Zenith, on s’est lancé avec les copains dans cette formule un peu plus légère.”

Vous avez confié à des médias belges que pour plaire au public, vous intégrez des artistes locaux à votre répertoire. Mais au Luxembourg, ça doit être un peu plus difficile...
“Oui mais je suis toujours en demande. Je sais que beaucoup de Français viennent au Luxembourg voir le spectacle, de Lorraine notamment. Quand j’étais venu à Esch-sur-Alzette, j’avais eu des infos mais ça ne faisait pas sens de les intégrer sur scène. Je ne suis pas masochiste, je n’ai pas envie de prendre un bide non plus ! En Belgique, c’est effectivement plus simple. Je peux y chanter en flamand ou reprendre un morceau d’Arno, devant un public qui est 100% belge. Au Casino 2000, les gens viennent de différentes régions.”

Y a-t-il des artistes que vous n’arrivez pas à imiter ?
“Il y en a plein. Parfois je me dis, “tiens, je pourrais imiter cette voix”, je la travaille mais je n’y arrive pas ou ça ne prend pas de sens dans le spectacle. C’est vrai que les gens fantasment énormément sur le travail vocal. Mais l’imitation, ce n’est pas qu’un travail vocal. Ça représente peut-être 15% du spectacle. Je ne veux pas que ce soit une succession d’imitations les unes derrière les autres pour montrer que je sais faire ci ou ça. Ce n’est pas du tout intéressant. L’idée, c’est d’en faire une ode à la voix. Et quand je me mets à l’écrire, je me rends compte que ça s’écrit comme un voyage. Une odyssée. Avec Arnaud Lemort (ndlr: comédien, scénariste et réalisateur qui a coécrit le spectacle), on s’est alors dit qu’on allait rendre ce spectacle très cinématographique. Et détourner quelques références de la pop-culture: le film de Kubrick mais aussi Dirty Dancing, Singin’ in the Rain, Rocky...”

Cherchez-vous continuellement à enrichir votre répertoire ou la priorité est-elle aujourd’hui de continuer à maîtriser vos imitations ? Savez-vous combien d’artistes vous savez imiter, d’ailleurs ?
“Non, je n’ai jamais l’impression de maitriser une voix. Et je n’aime pas cette idée de quantité. Je le dis d’ailleurs dans ce spectacle: je n’ai qu’une seule voix, pas 150. Quand je la perds, je n’en ai pas 149 autres pour continuer à chanter. C’est aussi ça que je veux raconter. Évidemment, il y a des façons de la faire résonner autrement mais c’est juste ma voix. Je ne suis pas en recherche vocale en permanence, mais plutôt en recherche d’idées. “Qu’est-ce que je peux raconter?” Il n’y a que ça qui est intéressant. Faire une voix pour faire une nouvelle voix, ça ne m’intéresse pas.”

Comment faîtes-vous pour atteindre l’imitation parfaite, surtout quand la voix à imiter est radicalement différente de la vôtre ?
“Ça n’existe pas l’imitation parfaite. Sinon, c’est de l’intelligence artificielle. On s’éloigne forcément. Je n’ai jamais la voix d’un autre. Je n’ai jamais la voix de Johnny. Je le fais croire. Vous pouvez prendre deux personnes assises l’une à côté de l’autre durant le spectacle, l’une va trouver ça bluffant, l’autre ne va absolument pas être convaincu. Pourtant elles auront entendu la même chose. La justesse d’une imitation, c’est aussi vos oreilles qui la font. C’est le souvenir que ça évoque pour vous. Ça matche ou pas selon l’émotion qu’une voix suscite, les silences, le rythme...”

© AURORE BELOT / BELGA MAG / Belga via AFP

Est-ce majoritairement un don ou le fruit d’un travail acharné, de savoir imiter à la perfection d’autres artistes ?
“On est tous des imitateurs, de toute façon. On a l’accent de notre région, de notre pays, de notre environnement. On est des éponges quand on est enfant. On apprend par l’imitation. Quand on apprend à jouer d’un instrument de musique, on imite le professeur. On a tous ça en nous, c’est comme ça qu’on fonctionne. C’est même un élément qui crée le lien social, à mon sens. Après, il y a des prédispositions mais il faut absolument, absolument, absolument travailler. Ça c’est évident.”

Y a-t-il des imitations ou des moments sur scène qui vous procurent une satisfaction toute particulière ?
“Dans mon spectacle, j’adore tout le tableau autour de Charly Chaplin. Je ne suis pas sur scène à ce moment-là, c’est un court-métrage qu’on a tourné. J’adore aussi le moment autour des Parapluies de Cherbourg, qui contient une petite surprise.”

Quand je viens jouer au Luxembourg, je vois en général quelques anciens camarades qui passent la frontière. Mais quand j’étais enfant, on n’a pas passé souvent la frontière. Pourtant, on n’habitait pas hyper loin, en Meuse...

Vous vous êtes fait opérer des cordes vocales juste après le covid. Qu’est-ce que cela a changé à votre travail ?
“J’étais déjà assez prudent d’une manière générale. Ce que je fais avec ma voix, c’est très engageant donc j’ai besoin de repos. C’est pour ça que je ne fais pas énormément de choses à côté quand je suis en tournée. Aujourd’hui, je suis encore plus prudent car je ne récupère pas de la même manière qu’avant, avec l’âge. C’est aussi ça qui a mené à une réécriture du spectacle, après la première version. J’avais envie de parler de la fragilité de la voix et cette épreuve a nourri le spectacle.”

Votre spectacle “L’Odyssée de la voix” est un clin d’œil au film “L’Odyssée de l’espace” de Stanley Kubrick. C’est un réalisateur qui vous fascine ?
“C’est un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma. C’est un film passionnant. Enfant, j’étais passé totalement à côté car c’était trop lent pour moi. Mais je l’ai revu une fois adulte et ça m’a complètement fasciné. Ça s’est imposé comme une évidence, lors de l’écriture du spectacle, que l’on pouvait retourner les scènes du film, avec l’os qui devient un micro, l’ordinateur qui devient plus bête que méchant...”

Que connaissez-vous du Luxembourg ?
“C’est plutôt ma tournée qui m’a fait découvrir un petit bout du pays. Je me souviens de mes dates à Esch ou à Mondorf. Ce sont des bons souvenirs, avec un public sympathique. Quand je viens jouer au Luxembourg, je vois en général quelques anciens camarades qui passent la frontière. J’ai le souvenir de quelques balades. Mais quand j’étais enfant, on n’a pas passé souvent la frontière. Pourtant, on n’habitait pas hyper loin, en Meuse.”

Avez-vous d’autres projets pour la suite de votre carrière ? Vous projetez-vous sur un nouveau spectacle, par exemple ?
“Pas du tout. En revanche, j’attends des réponses pour des tournages. Je croise les doigts. J’adore faire ça, j’ai commencé ma carrière en tant que comédien avec le théâtre et à chaque fois que j’ai tournée dans des films, ça s’est super bien passé. Et puis, j’ai commencé à écrire en anglais. Je suis sur un projet de scène que je ne peux pas encore dévoiler.”

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