
Symbole du retour des beaux jours printaniers (en théorie) mais surtout évoquant le bonheur, le muguet - qui doit être composé de trois brins et portant treize clochettes si l’on suit la tradition, est une rengaine calendaire revenant chaque 1er mai. Si certaines coutumes ont la vie dure, comme celle de la galette des rois en début d’année dont le succès ne faillit pas, celle du muguet que l’on (s’)offre le jour de la Fête du Travail est en perte de vitesse.
Déjà considéré comme un porte-bonheur par les Celtes, le muguet rappelle l’arrivée des beaux jours. Il s’offre le jour de la fête du travail, car il fleurit à cette période.
C’est en 1561 que le roi Charles IX officialise les choses en France. Ayant reçu un brin de muguet en guise de porte-bonheur l’année précédente, et séduit par l’idée, il décide d’en offrir chaque année aux dames de la cour. La coutume est ainsi née.
Bien plus tard, le 1er mai de l’année 1900, la tradition est renforcée lorsque de grands couturiers parisiens offrent un brin de muguet à toutes les femmes présentes lors d’une fête. Par la suite, les couturières ont pris l’habitude d’en offrir chaque année à leurs clientes.

La fête du travail célébrée le 1er mai provient des revendications du mouvement ouvrier pour obtenir la journée de huit heures à la fin du XIXe siècle. En 1886, une grève générale est lancée aux États-Unis pour obtenir ce droit. Quel jour? Le 1er mai, bien sûr! S’en suivront de violentes protestations durant lesquelles plusieurs morts sont à déplorer. En 1889, la IIe Internationale socialiste se réunit à Paris et décide d’utiliser la date du 1er mai pour organiser chaque année une journée de manifestation.
Le lien avec le muguet arrive plus tard. Depuis 1890, les manifestants du 1er mai défilent habituellement avec un triangle rouge, qui sera ensuite remplacé par une fleur d’églantine. En 1907, à Paris, les participants aux manifestations reprennent la coutume qui remonte à Charles IX et remplacent l’églantine par un muguet associé à un ruban rouge. En 1941, le régime du maréchal Pétain promulgue une loi pour désigner le 1er mai comme “la fête du Travail et de la Concorde sociale” et favorise l’utilisation du muguet (car l’églantine avait une connotation révolutionnaire).
En 1948, le 1er mai est finalement désigné comme “fête du travail”, et le muguet reste dans la coutume de cette journée, notamment parce que de nombreuses personnes en profitent pour vendre librement quelques brins de muguet. C’est ainsi l’occasion pour les syndicats de rencontrer la population.
La petite fleur blanche est censée apporter joie et chance pour toute une année. Elle doit aussi attirer les bonnes grâces pour les récoltes à venir. D’après le langage des fleurs, le muguet signifie d’ailleurs “retour du bonheur”. C’est pour cette raison que l’on continue d’offrir du muguet chaque année aux gens que l’on aime.

D’après les données publiques révélées par Kantar pour FranceAgrimer et Valhor, les Français ont dépensé en 2023 19,6 millions d’euros pour obtenir la fameuse plante originaire du Japon. C’est beaucoup, et pourtant ce budget est bien en deçà du budget consacré un an plus tôt. En 2022, les consommateurs en avaient acheté pour près de 25 millions d’euros (24,9 millions). L’inflation est passée par là. En moyenne, les brins de muguet coûtaient 7,80 euros en 2023 contre 7,20 euros un an plus tôt.
Si traditionnelle soit-elle, cette habitude de fleurir son intérieur de clochettes de muguet n’est en réalité pas si populaire dans la mesure où seuls 1,4 million de foyers en ont acheté l’an passé. Il faut rappeler que la France compte près de 30 millions de ménages, d’après les calculs de l’Insee. On est donc très loin d’un raz-de-marée de clochettes qui fleuriraient le salon des familles.
Jadis, on avait coutume de trouver des brins de muguet sur les bords des routes. Mais, force est de constater que le canal d’achat le plus répandu concerne surtout les fleuristes (42%), sinon la grande distribution (29%). Seuls 4% des sommes dépensées pour du muguet l’ont été en 2023 via une vente dans la rue. De la même manière, on a perdu l’habitude d’acheter du muguet sur les marchés (6% des sommes dépensées en 2023 contre 12% en 2022).