
L’humour peut parfois servir à dénoncer les violences sexuelles. Caroline Vigneaux en est la preuve vivante. Dans son spectacle “In Vigneaux Veritas”, elle parle des agressions sexuelles et du viol qu’elle a subi. Des révélations qui interviennent de nombreuses années après les faits. Elle explique avoir eu “honte”, avoir pensé que le problème venait d’elle et elle ne voulait surtout pas se voir coller d’étiquette. C’est le mouvement Me Too qui a fini de la convaincre d’en parler. Et pas de n’importe quelle manière puisqu‘elle l’a intégré à son spectacle. Un spectacle lors duquel elle dit “toute la vérité”.
“Je me suis dit, si j’arrive à faire rire sur le viol, le message sera quand même fort. Pour dire à tous nos agresseurs, vous ne nous anéantirez pas, on rira malgré tout”, lâche-t-elle. L’humoriste avoue que cette partie du spectacle n’est “pas un moment agréable” pour elle. “Tous les soirs, je revis ça. Il y a des gens qui me disent que ça doit être libérateur mais pas du tout. C’est pas un film, c’est un spectacle... Mais je sais pourquoi je le fais”, confie-t-elle. Caroline Vigneaux explique ne pas avoir porté plainte contre ses trois agresseurs, malgré son passé d’avocate. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé à en parler ouvertement: “Je me suis dit, si je suis dans ce cas là, je ne dois pas être la seule.”
Depuis le début de sa tournée en janvier 2024, l’humoriste affirme avoir reçu “des centaines” de messages de femmes qui ont, elles aussi, subi des agressions sexuelles. “Certaines m’ont dit ‘merci je suis comme vous, moi non plus je n’ai pas porté plainte, je n’ai pas trouvé le courage’, d’autres m’ont dit “j’ai trouvé le courage grâce à vous’, ou ‘je vais mieux après avoir vu votre spectacle’. Rien qu’avec le premier de ces messages, je me suis dit voilà, j’ai été utile à l’humanité”, raconte-t-elle. Elle insiste sur le fait qu’elle ne se fait pas d’illusion quant à l’impact qu’a son spectacle sur le monde. Elle tient cependant à “apporter sa pierre à l’édifice”.
Caroline Vigneaux évoque avec nous la légende du petit colibri auquel elle s’identifie dans le contexte de son combat contre les violences sexuelles. “Il y a un énorme incendie et tous les animaux prennent la fuite sauf le petit colibri qui va chercher quelques gouttes avec son bec pour essayer d’éteindre le feu. Ça agace le tatou qui lui dit que ça n’éteindra pas le feu. Le colibri lui répond: ‘Non mais j’ai fait ma part’. Moi je suis un colibri, je me rends bien compte que c’est pas mon spectacle qui va changer la face du monde mais en faisant du bien à une femme, deux, trois...”
Car c’est là son but premier: “faire du bien” et “essayer de faire rire, avec du fond”. “Mon arme c’est l’humour”,affirme-t-elle avant d’ajouter qu’elle n’a pas oublié son “rôle numéro 1, celui d’humoriste”. Et avec Caroline Vigneaux, rire de tout prend une toute autre dimension puisqu’elle parle également du décès de son père dans son spectacle. Une nouvelle qui l’avait pourtant dévastée. Lorsqu’on l’interpelle à ce sujet, elle explique avoir eu besoin de temps pour en rire: “Je n’aurais pas pu en rire il y a trois ans. Je suis passée par la douleur, la colère, l’incompréhension, la tristesse absolue... Au bout d’un moment, on apprend à vivre avec l’absence. Ça vient avec le temps, avec les gens qui vous tendent la main et avec les gens qui vous font rire aussi. Et c’est mon métier. J’écris pour tendre une main dans les ténèbres aux personnes qui vont mal à cause de violences ou d’un deuil.”
Parce que “le rire c’est la vie”, souligne l’humoriste. “Dans les moments difficiles, quand quelqu’un vous fait rire, la vie rejaillit”, insiste-t-elle. Et c’est ce qu’elle compte faire au Casino 2000 la semaine prochaine. Caroline Vigneaux abordera des sujets tels que la légalisation des drogues dans les maisons de retraite, les masculinistes, les limites du féminisme , la culture woke, le porno ou encore l’IA. “On va rire ensemble, vous verrez”, promet-elle. La Grande-Duchesse Maria Teresa viendra d’ailleurs assister à son spectacle. “Je l’ai rencontrée dans un colloque concernant le viol comme arme de guerre et elle m’a dit qu’elle viendrait. Je suis très honorée”, nous a-t-elle confié.