Julien Strelzyk"J'en avais marre d'entendre que les Luxembourgeois sont riches et qu'ils font la gueule"

Raphaël Ferber
L'humoriste lorrain Julien Strelzyk se produit vendredi soir à Villerupt, sur la scène de L'Arche. Avec son spectacle "France VS Luxembourg, Vilmools Merci!", il promet de chambrer les Luxembourgeois et les frontaliers.

Originaire de Metz, Julien Strelzyk s’est lancé le pari de faire rire en jouant sur les comparaisons entre les Français et les Luxembourgeois. Depuis un an, l’humoriste de 43 ans, qui pensait à l’origine ne faire qu’une date, remplit les salles des environs. Vendredi soir, il sera à L’Arche de Villerupt (20h30).

Comment est née l’idée de monter un spectacle sur le Luxembourg et les frontaliers ?
Julien Strelzyk: “Je suis originaire de Metz mais je suis devenu frontalier en allant vivre à Longwy. Beaucoup de choses m’ont alors frappé notamment la gigantesque différence entre les infrastructures françaises et luxembourgeoises. J’ai alors commencé à noter des vannes. J’en avais d’abord pour faire 30 minutes de spectacle. Puis 45 minutes. Et finalement un spectacle entier. J’ai fait ma première date en janvier 2024 au conservatoire de Luxembourg. C’était complet. Je comptais faire un “one shot” et aujourd’hui, j’en suis à douze dates.”

Sur quoi jouez-vous le plus pour égratigner les frontaliers et les Luxembourgeois ?
“Dans le spectacle, j’ai un passage sur les mendiants du quartier gare par exemple. Quand ils comprennent que t’es Français, ils ont presque envie de te donner un billet. Sinon, la dernière fois que j’ai demandé à un enfant dans le public s’il connaissait bien le Luxembourg, il m’a répondu: “Oui oui, les pompes à essence.” C’est simpliste mais vrai quand même. Quand on vit proche de la frontière, on fait quasiment tout là-bas: tout y est mieux. Moi je ne vais plus sur Doctolib, je ne vais que sur Doctena (ndlr: les applications de prises de rendez-vous médicaux). Sur Doctolib, on n’a jamais de rendez-vous. Mais les secrétaires médicales luxembourgeoises sont nettement moins sympas quand elles comprennent qu’on n’a pas la carte de la CNS (ndlr : Caisse Nationale de Santé du Luxembourg). Elles s’imaginent qu’on ne va pas payer. J’essaie d’aller plus loin sur scène car ça m’agaçait de voir tout le temps les mêmes sketchs sur le Luxembourg: à savoir, les Luxembourgeois sont riches et ils font la gueule. Certains sont venus me voir pour me dire qu’ils avaient appris des choses.”

Les bouchons sur les routes, ça vous inspire aussi ?
“Ce qui me fascine c’est que chaque matin en allant travailler, le frontalier débriefe les bouchons avec ses collègues comme si c’était un scoop. Alors que ça fait douze ans qu’il y a des bouchons tous les jours. Ils sont là à se dire, “alors, t’as pris le même chemin que d’habitude?”, “non, je suis passé par la Belgique aujourd’hui.” Je me moque aussi de ceux qui prétendent ne pas supporter l’idée d’aller travailler au Luxembourg: ce sont tout simplement des gens qui ne sont pas bilingues. Je chambre tout le monde. Y compris moi-même. À Longwy, je me sens piégé, ce n’est pas du tout la ville où je rêvais de vivre.”

Certains Luxembourgeois venaient à Metz passer le Bac. Pour moi, c’était des Américains. Ils avaient déjà une voiture, ils nous proposaient de sortir à Luxembourg-ville. Quand on a 17, 18 ans, faire une heure de route pour faire la fête, c’est un vrai voyage.

Mais connaissez-vous le Luxembourg ?
“En fait, mon point de départ avec le Luxembourg remonte à mes années lycée. Certains Luxembourgeois venaient à Metz passer le Bac. Pour moi, c’était des Américains. Ils avaient déjà une voiture, ils nous proposaient de sortir à Luxembourg-ville. Quand on a 17, 18 ans, faire une heure de route pour faire la fête, c’est un vrai voyage. Pour nous, c’était incroyable. Mais à ce moment-là, le Luxembourg, c’était juste un pays riche, pour moi. J’ai enrichi mes connaissances en me rapprochant de la frontière.”

Est-ce que le public luxembourgeois est sensible à votre humour ?
“Oui et c’est une bonne surprise. Mais c’est un peu mon histoire. Quand j’ai fait des vannes sur la Moselle-Est, on me disait déjà: “ouh là là, fais attention” et ça a cartonné. Depuis le début de ma carrière, j’entends des choses comme ça. Pour les Luxembourgeois, je ne me suis pas inquiété. Je savais qu’on allait me dire de faire gaffe et au final, les plus enthousiastes au conservatoire de Luxembourg, c’était eux. Quand ils sont au max de leur joie, ils te lâchent un “tip top”. Ça n’existait pas un spectacle sur la France et le Luxembourg. C’est ce qui était passionnant lors de l’écriture: je n’avais aucun point de repère et je ne marchait sur les plate-bandes de personne. Ce que je voulais éviter, une fois encore, c’était d’empiler les blagues sur l’argent, les banques etc.”

Avez-vous eu de mauvaises réactions ?
“Franchement pas du tout. Ce qui est plus délicat, c’est quand je vais faire 15 minutes de sketch quelque part au Luxembourg et que je leur rentre dedans tout de suite. Ils n’ont pas le temps de rentrer dans mon univers et on sent une petite tension. Mais au final, ils comprennent que c’est bien écrit et que c’est vrai. En spectacle entier, il n’y a pas du tout ce danger.”

Comment faîtes-vous évoluer votre spectacle ?
“Pour cette date à Villerupt, je prévois d’inviter sur scène plusieurs invités comme des chanteurs luxembourgeois. J’ai un sketch sur le rap luxembourgeois Le rap vient normalement du ghetto, de la misère donc je joue un peu là-dessus.”

La rentabilité est souvent au centre des préoccupations au Luxembourg. Alors, est-ce rentable pour vous de jouer votre spectacle sur un territoire si réduit ?
“C’est une question rigolote. Je ne me pose pas la question car je tourne avec trois spectacles actuellement. Donc celui-ci, c’est presque du bonus. J’ai toujours eu ce côté régionaliste, faire des vannes sur la Lorraine et la Moselle, ça me plaît. Je me suis emparé du sujet des frontaliers car j’y ai été confronté. Pour l’instant, j’ai joué jusqu’à Metz et je n’aurais jamais cru pouvoir remplir des salles avec ce spectacle. D’ailleurs, depuis que j’ai vu un train CFL à Nancy, je me dis que c’est sans doute l’extrême limite géographique au-delà de laquelle le spectacle ne parlera plus à grand monde.”

Prévoyez-vous de revenir au Luxembourg pour le jouer ?
“Oui et c’est une grande nouvelle pour moi: en février 2026, je clôturerai ma tournée au Casino 2000 de Mondorf. Entre-temps, il devrait y avoir quelques autres dates dans la région.”

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