
Vous incarnez souvent des personnages à l’image de Carlos, l’assoiffé de sexe. D’où vous vient ce goût pour incarner des personnages ?
Alexandre Kominek : “Mon rêve a toujours été de faire du cinéma. En jouant des rôles, on a la possibilité de pousser les curseurs plus loin. On peut se permettre des folies qui ne passeraient pas si on était simplement nous. Notamment des expressions ou des jeux de mots qui ne seraient pas drôles si c’était vraiment moi qui les prononçais.”
Est-ce que “Bâtard sensible”, le titre de votre spectacle, parle de ce que vous êtes ou avez été ?
“C’est la synthèse de ce que je suis. Je peux avoir un humour de bâtard. Tout le monde ramasse pendant le spectacle. Moi le premier. Et sensible, parce qu’on découvre que les plans que le bâtard a, à la base, ne sont pas les mêmes que ceux qu’il a, à la fin. C’est l’histoire du dominant/dominé. J’ai aussi conservé mon âme d’enfant.”
Que pouvez-vous nous dire de votre spectacle?
“C’est un carnet de voyage érotico-pornographique. Un échange avec un correspondant assez imagé, d’autant que je bouge beaucoup sur scène. Le spectacle est très graphique.”
Allez-vous le personnaliser un peu pour le Luxembourg ?
“Je pense qu’il y a moyen de se marrer vis-à-vis des Français. Je suis Suisse et s’il y a un truc qui nous rallie aux Luxembourgeois, c’est quand même le pouvoir d’achat par rapport à ces Français. J’avais le personnage du MillionR, un rappeur suisse d’une grande famille, qui marchait bien au Luxembourg. On a moins honte de parler de fric.”
Que savez-vous du Grand-Duché ?
“J’ai un ami au Luxembourg qui m’a fait venir pour des Comedy Club. Sinon, je ne connais pas vraiment le pays. Je ne l’ai jamais visité.”
Voyez-vous des différences entre le public suisse, français et belge ?
“Le nord de la France et la Belgique sont connus pour être des publics chauds. Mais la plus grande différence pour moi, c’est entre le public parisien et le reste. Le public parisien va au spectacle en se disant : “on va voir s’il va me faire rire”. Le reste du monde y va en se disant : “viens, on va rigoler”.”
Passer par la France est-il un passage obligé pour booster sa carrière, quand on est un humoriste suisse francophone ?
“Oui et non. Thomas (Wiesel) n’est pas resté tant que ça en France, par exemple. En vrai, en Suisse, on peut avoir une vraie carrière d’humoriste, tranquille. Après, une tournée suisse, c’est plus court qu’une tournée française. Je n’imagine même pas une tournée luxembourgeoise, si ça existe ! Moi, j’avais envie de relever ce défi d’aller là où les gens se rassemblent pour faire de l’humour. C’est aussi une question de rythme. La première fois que j’ai mis les pieds sur scène en Suisse, il y a 12 ans, on jouait une fois par mois en Comedy Club... Quand je suis arrivé à Paris, j’ai vu des humoristes jouer quatre fois par soir. Si tu veux t’améliorer et monter un spectacle qui fonctionne, il faut jouer, jouer, jouer. Écrire, se corriger. Ça, je n’aurais jamais pu le faire en Suisse.”
On a l’impression que le sexe est un thème incontournable, pourquoi ?
“Je ne sais pas s’il y a beaucoup de mecs qui en parlent sur scène. J’en connais peu autour de moi. Je pense plutôt qu’il y a eu une libération chez les filles. Je trouve ça bien. Moi, j’en ai toujours parlé. Au début, j’étais vu comme un ringard. Aujourd’hui, c’est tendance. Ça permet d’entrer dans quelque chose de très personnel. C’est ce qui est marrant avec le sexe: les histoires qui m’arrivent au lit, elles vont arriver à d’autres mecs ou d’autres filles. Mais c’est tellement honteux qu’ils ne vont pas en parler. Moi j’en parle devant 1.300 personnes. On aime toujours quand les gens se disent: “Ah, c’est tellement vrai ce qu’il dit!""
Quel regard portez-vous sur la scène suisse ?
“On est fort hein ! En plus, on parle de la Suisse romande, soit 2 millions d’habitants. On ne joue pas en Suisse alémanique. Marina Rollman, Thomas Wiesel, Yann Marguet, Charles Nouveau, Yoann Provenzano... C’est une belle brochette!”
Il y a un an, sur le plateau de l’émission “Quelle époque !”, vous avez officialisé votre relation avec une autre humoriste, Florence Foresti. Est-ce qu’elle influence votre humour ?
“Pas forcément. Chacun a son univers et c’est très bien comme ça. Mais on rigole beaucoup ensemble. Elle a surtout une influence sur ma vie. Ce qui est beaucoup plus important.”
Vous avez suivi des études de droit avant d’être humoriste. Vous comptiez devenir avocat ?
“J’ai réalisé que je voulais surtout jouer un avocat, comme dans les films. En revanche, je ne me voyais pas du tout apprendre par cœur des textes de loi et chercher des articles dans les pages du code pénal jaunies par le temps. J’ai réalisé que ce que je voulais faire, c’était de la comédie.”
Justement, par la suite, vous n’avez pas été conservé par le Cours Florent à Paris. Aujourd’hui, avez-vous l’impression de prendre votre revanche ?
“Non... Les choses arrivent pour une raison. Ça a nourri ma volonté et mes ambitions. C’était peut-être une bonne chose de ne jamais avoir fait cette école. Je n’en serais pas là aujourd’hui si j’avais fait le Cours Florent, je pense.”
Mais jouer dans des films, c’est toujours d’actualité ?
“Oui j’adorerais ! J’ai fait des petites apparitions dans des films, mais rien de spécial. Quand ma tournée s’achèvera, ça me plairait d’obtenir des rôles plus importants. Pourquoi pas développer quelque chose moi-même. J’ai des idées. Mais ça prend énormément de temps. Quand on vient de l’humour, on perd vite patience car on peut tout de suite jouer sur scène ce qu’on vient d’écrire et voir si ça marche ou pas. Est-ce que ce qui me fait rire aujourd’hui me fera rire plus tard, le temps que je réalise un film ? C’est ce qui me fait peur.”