
Depuis début 2026, 5.182 cas confirmés ont été recensés à travers le pays, selon un décompte vendredi des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), la principale agence de santé publique. La quasi-totalité des personnes infectées étaient non-vaccinées.
Huit décès liés à la rougeole, notamment de très jeunes enfants, ont été rapportés par les autorités sanitaires de plusieurs États américains.
"C'est tragique et cela aurait pu être totalement évité", fustige auprès de l'AFP Adam Ratner, pédiatre américain spécialiste en maladies infectieuses.
Cette épidémie, d'une ampleur inédite depuis 1991, peine pour autant à faire "les grands titres" et n'est pas véritablement prise au sérieux par l'administration Trump, déplore-t-il.
Si la rougeole avait été déclarée éliminée aux États-Unis en 2000 grâce à la vaccination, elle a opéré ces dernières années un retour en force qui s'est accéléré à partir de 2025, et menace aujourd'hui le statut épidémiologique du pays.
L'organisation panaméricaine de la Santé (PAHO), une sous-branche de l'OMS, doit le réévaluer à partir de la semaine prochaine, et les experts s'attendent à ce que les États-Unis perdent à cette occasion leur statut de pays ayant éliminé la rougeole.
L'épidémie qui fait aujourd'hui rage a débuté en 2025 au Texas et semble encore loin d'être contenue.
Selon plusieurs experts, le bilan, qui s'élève à plus de 7.000 cas et 11 morts enregistrés depuis l'an passé à travers plus de 45 États américains, serait très largement sous-estimé.
"Il y a probablement au moins 10.000 cas dans le pays", assure à l'AFP Paul Offit, pédiatre infectiologue en Pennsylvanie, l'un des États ayant été le plus durement frappé.

Le médecin ne mâche pas ses mots à propos de l'administration de Donald Trump, qu'il accuse d'inaction face à cette crise sanitaire qu'elle a selon lui contribué à créer.
Le ministre de la Santé de Trump, Robert Kennedy Jr, relaie notamment depuis des années de fausses informations sur le vaccin contre la rougeole et a minimisé à plusieurs reprises la dangerosité de la maladie, tout en remettant en doute l'attribution de certains décès récents.
"Ils sont très doués pour convaincre les gens que les vaccins sont dangereux. Tellement doués que nous voyons aujourd'hui des enfants mourir, et que la question qui se pose à présent est donc : combien d'enfants doivent encore mourir avant qu'on ne réalise qu'on fait quelque chose de mal ?", s'étrangle M. Offit.
La rougeole provoque de la fièvre, des symptômes respiratoires et des éruptions cutanées, et dans certains cas des complications plus graves, comme une pneumonie et une inflammation du cerveau pouvant occasionner de graves séquelles voire la mort.

Bien que le vaccin contre la rougeole soit obligatoire aux États-Unis, les Américains peuvent contourner la règle en invoquant dans une grande partie du pays des raisons religieuses ou même parfois philosophiques.
Or, ces dérogations ont bondi depuis la pandémie de Covid-19 et l'explosion de la désinformation vaccinale et de la défiance à l'égard des autorités sanitaires.
La résurgence de la rougeole, qui est extrêmement contagieuse, n'est que le premier signe de cette baisse des taux de vaccination, s'inquiètent les soignants américains.
Adam Ratner confie ainsi s'attendre à voir exploser les cas de coqueluche et de varicelle dans les années à venir. "Et le fardeau de ces maladies retombera sur les enfants, qui ne sont pourtant pas ceux qui prennent ces décisions", prévient-il.