"Ce coin, ce n'est pas le Luxembourg"Des conditions de vie déplorables au Foyer Don Bosco

Monica Camposeo
Certains réfugiés paient un loyer au Foyer Don Bosco, où, sans eau chaude ni toilettes intérieures, les conditions de vie sont extrêmement précaires.

Plus de 2.000 réfugiés, qui ont déjà obtenu le statut de protection internationale, vivent toujours dans un foyer de l'Office National de l'Accueil, chargé de l'organisation de l'accueil des demandeurs de protection internationale au Luxembourg et de la gestion des centres. Et ce, même s’ils peuvent, ou même doivent, ​​déménager. Mais ils ne trouvent pas de toit.

RTL a rencontré des personnes concernées, qui doivent partir, mais ne savent pas où aller.

Filmon Awet Ghebrehiwet, originaire d'Erythrée, a 22 ans et tente de s'établir au Luxembourg depuis quatre ans. "J'ai fait de mon mieux pour être une meilleure personne. Une personne normale qui paye ses impôts. Simplement un citoyen normal. Je voulais rendre à l'État luxembourgeois, ce que j'ai reçu. Mais je perds espoir. Je ne m'attendais pas à cela."

Des cours de langue, des formations, un emploi au Village Benu à Esch-sur-Alzette, qu'il vient de perdre suite à la dissolution de l'ASBL qui gérait le projet. Les échecs s'accumulent, malgré tout, il montre avec fierté son dossier avec différents certificats. Mais la difficulté majeure reste le logement. Il doit quitter le Foyer fin novembre. En outre, les conditions sanitaires déplorables au Foyer Don Bosco ont fini, après des années, par affecter sa motivation.

Le sentiment de ne pas être entendu

Le Foyer aurait dû fermer ses portes dès 2015, lorsque le nouveau Foyer Lily Unden a ouvert juste à côté. Pour attirer l'attention sur les conditions de vie déplorables au Don Bosco, les réfugiés ont tenté de prendre eux-mêmes contact avec l'ONA, l'Office national de l'accueil.

En février, ils ont envoyé une pétition par voie postale avec accusé de réception. "La pétition porte sur les problèmes au Foyer, sur l'eau et les toilettes. Car nous devons sortir si nous devons aller aux toilettes ou si nous voulons prendre une douche. Parfois, l'eau est coupée. C'est difficile de vivre ainsi."

À ce jour, il n'y a eu aucune réponse ni au mail ni au courrier. Les gens qui habitent au Foyer Don Bosco regrettent de ne pas être écoutés. D'un côté, ils sont reconnaissants de vivre en sécurité. Mais d'un autre côté, ils aimeraient aussi se rendre utiles, se construire une vie, disent nombre d'entre eux.

Sayah Assam est au Luxembourg depuis trois ans. Il est hébergé au Foyer Lily Unden, la structure d'accueil plus récente. Il connaît cependant les problèmes sur le site du Foyer Don Bosco, qui est situé juste derrière le sien. On est écarté de la société. Ce qu'on vit ici, n'est pas adapté au Luxembourg, "ce coin, ce n'est pas le Luxembourg," selon Sayah Assam, originaire d'Algérie. Il se déplace en fauteuil roulant et il a des difficultés à trouver un nouveau logement. Il doit quitter le Foyer en février.

Une détresse qui trouve son origine dans la procédure d'asile, d'après Ambre Schulz, chargée de projets à l'ASBL Passerell, qui aide les réfugiés et les demandeurs d'asile à faire valoir leurs droits au Luxembourg. Ainsi, ces personnes ne peuvent pas intégrer tout de suite le marché du travail. Or cela leur permettrait pourtant une bien meilleure intégration. Grâce au contact avec les résidents, les réfugiés pourraient aussi apprendre beaucoup plus facilement les langues du pays.

C'est pourquoi il faut considérer ensemble l'emploi, le logement, mais aussi les cours de langue et les formations, comme un tout.

C'est une situation difficile pour Filmon Awet Ghebrehiwet: "J'essaye de considérer positivement ces défis. Si je réussisà surmonter ceux-là, je pourrai aussi réussir d'autres choses. J'essaye de rester positif grâce au sport et à de nouvelles amitiés. Mais à présent, j'ai le sentiment que je suis arrivé au bout. Quatre années sans vie privée. Je me sens comme un prisonnier."

Quel avenir pour le Foyer Don Bosco?

La responsabilité de l'accueil des demandeurs d'asile et celle de la prise en charge de ceux qui ont obtenu le statut de protection internationale au Luxembourg, sont désormais scindées. Ce sont à présent deux ministères différents qui sont compétents, l'un pour les demandeurs de protection internationale et l'autre pour les bénéficiaires de protection internationale.

Questionné sur l'avenir du Foyer Don Bosco, l'Office national de l'accueil (ONA), de la compétence duquel le centre relève, a répondu par écrit: "La situation et le manque de lits ne permettent pas de prévoir en ce moment une fermeture définitive du Foyer Don Bosco."

À la question de savoir combien de personnes sont sous le coup d'une mesure de déguerpissement et doivent quitter les Foyers, comme Sayah Assam et Filmon Awet Ghebrehiwet, l'ONA n'a pas répondu. "Les personnes qui bénéficient déjà de ce statut depuis plus longtemps sont actuellement soutenues par les services sociaux compétents dans leur recherche d'un logement (l'Office social, les travailleurs sociaux présents dans les structures, le Lisko,...)", peut-on lire dans le mail de l'ONA, qui ajoute: "Actuellement une centaine de personnes sont encore hébergées dans le Foyer Don Bosco, une soixantaine qui sont encore dans la procédure de protection internationale, et une quarantaine qui ont déjà reçu une réponse des services de l'immigration."

Le reportage de RTL en luxembourgeois:

Schlecht Konditiounen am Foyer Don Bosco
Verschiddene Refugiéeë bezuele Loyer am Foyer Don Bosco, wou ouni waarmt Waasser an Toiletten am Haff d’Liewenskonditiounen immens prekär sinn.

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