
Le candidat, tête de liste du CSV, promet en effet que s'il entre au gouvernement, il fera baisser les impôts.
Pourtant, tant le Statec que l'OCDE et le Fonds monétaire international (FMI) arrivent à la conclusion que cela ne fonctionne pas ainsi pour le Luxembourg.
Si vous baissez les impôts, tout d’abord, les recettes fiscales de l’État diminuent. Cela coûte quelque chose à l’État. Et si celui-ci n'a pas d'excédents au moins à hauteur nominale, il devra financer une telle mesure. Soit en s'endettant pour compenser la perte d'impôts, soit en réduisant des dépenses, que ce soit au niveau des investissements, des transferts sociaux ou de ses coûts de fonctionnement.
Pas plus tard que samedi, dans l'émission Background, Luc Frieden a encore défendu auprès de Maxime Gillen la théorie selon laquelle ses réductions d'impôts pour tout le monde seraient portées par elles-mêmes, car elles feraient progresser la consommation et, par conséquent, l'économie. Cette croissance du PIB génèrerait ensuite de nouvelles recettes fiscales, qui financeraient la réforme.
Samedi, Luc Frieden a ainsi déclaré: "Je veux répondre très brièvement à l'affirmation qui est toujours faite ici, à savoir qu'une politique de réduction des impôts n'aurait pas d'effet positif. Il y a un certain nombre d'études de l'OCDE, qui prouvent le contraire..."
Maxime Gillen est intervenue: "Je pense que nous avons déjà entendu plusieurs fois les arguments pour ou contre au cours des dernières semaines..."
Mais Luc Frieden a insisté: "Je ne veux pas encore une fois les arguments pour ou contre..., je veux répéter: 'Cela fonctionne!'"
En 2012, le Statec a évalué l'impact des mesures d'économie prises par le ministre des Finances de l'époque, Luc Frieden. Le Statec a alors établi que le multiplicateur des mesures en faveur des ménages et des entreprises via les impôts, les transferts sociaux ou les subventions à l'économie, serait de 0,1. C'est-à-dire concrètement que chaque euro injecté dans l’économie par cette voie ne génère qu’une augmentation de 10 centimes du PIB. Ou encore qu'une réforme fiscale qui coûte, par exemple, 500 millions d’euros à l’État et donne aux citoyens 500 millions de plus dans leur portefeuille, génère une augmentation du PIB de 50 millions d’euros. Bien entendu: une augmentation du PIB, et non des impôts qui peuvent être prélevés sur ces résultats économiques.
S’il n’en reste pas plus, cela est dû au fait que le Luxembourg a une économie très ouverte et que la plupart des biens consommés ici, qu’il s’agisse de nourriture, de vêtements ou de téléphones, ne sont pas produits ici mais à l’étranger. "En raison du niveau élevé des importations (140 % du PIB), les multiplicateurs du Luxembourg sont plus faibles que ceux des grandes économies." , écrit le Statec en 2012.
Ce que confirme aussi l'OCDE, par ailleurs citée par Luc Frieden. Plus l'économie est ouverte, plus les multiplicateurs sont petits, car les effets se dispersent dans d'autres pays via les importations, écrit l'OCDE dans une étude de 2013. Les petites économies ouvertes, comme la Belgique, ont des multiplicateurs plus petits: "Multipliers tend to be smaller in more open economies, because the more open an economy is the more of a shock will spread into other countries through imports, and small open economies such as Belgium have small multipliers."
Ce qui est possible dans des grands pays, qui produisent eux-mêmes de nombreux biens, ne l’est donc pas dans la même mesure dans des petits pays.
Lorsque le Fonds monétaire international (FMI) a évalué la réforme fiscale du gouvernement rouge-bleu-vert en 2016, il est arrivé à la même conclusion. A l'époque, entre autres, le barème d'imposition avait été abaissé afin de soulager les revenus faibles et moyens, l’impôt d'équilibrage budgétaire temporaire (0,5 %) avait été supprimé, les crédits d'impôts avaient été augmentés pour les faibles revenus et l'impôt sur le revenu des collectivités à la charge des entreprises, avait été abaissé. La réforme devait coûter 878 millions d'euros sur deux ans, 2017 et 2018. Le FMI écrivait en 2017 que la réforme augmentera effectivement la demande au Luxembourg, mais que le multiplicateur sera modeste, en raison des fortes fuites via les importations: "The tax reform will increase domestic demand but the multiplier would be modest due to sizeable import leakages."
Le Statec a également écrit en 2012 que les mesures en faveur des ménages financièrement plus faibles auraient davantage un multiplicateur élevé que les mesures qui touchent les ménages plus riches ou tous les ménages de manière indifférenciée. Cela a aussi à voir avec le taux d'épargne. Plus un ménage peut épargner, plus la probabilité qu'il dépense l'argent supplémentaire obtenu via une baisse d'impôts, diminue. En d'autres mots: les riches ne dépensent pas plus d'argent quand ils doivent payer moins d'impôts.