Les têtes de liste des différents partis en lice pour les élections législatives répondront aux questions de RTL pendant tout l'été, et ils choisissent le lieu de l'interview!

"J'ai beaucoup de beaux souvenirs du parc de Bettembourg. Etant enfant et plus tard aussi avec mes enfants", explique Paulette Lenert pour justifier le choix de ce lieu pour l'interview. Elle a toujours apprécié les perroquets. L'enthousiasme pour les animaux lui est resté. Des photos sont prises de certains d'entre eux, pour montrer aux enfants.

Les enfants sont entretemps devenus deux femmes adultes, qui vivent toutes les deux à l'étranger. Cela leur facilite aussi un peu les choses, pense Paulette Lenert. La ministre de la Santé et tête de liste du LSAP est au centre de l'attention du public depuis la pandémie. Elle est souvent reconnue et abordée en public. Souvent, le sujet de ces discussions reste la pandémie, que ce soit en positif ou en négatif.

Connue du jour au lendemain

Paulette Lenert est passée quasiment du jour au lendemain de ministre relativement inconnue de la Coopération et de la Protection des consommateurs, à gestionnaire de crise d'une pandémie. "Quand nous avons pu à nouveau sortir, les gens m'ont soudain reconnue. J'ai dû m'habituer à ça."

Comme pour la plupart des apparitions publiques de la ministre, un agent de sécurité est présent lors de cette interview. Ce dernier a déjà dû intervenir à plusieurs reprises, explique Paulette Lenert, quand nous l'interrogeons. Surtout quand des antivax voulaient l'agresser. "C'est pourquoi je ne vais plus me promener seule en Ville et faire du shopping ou autre."

Une restriction dont elle s'accommode pour atteindre effectivement quelque-chose. "Une partie de moi dit très clairement: 'Tu n'en as pas terminé ici'. J'aurais certainement besoin de quelques années de plus pour consolider ce que j'ai commencé, pour être satisfaite." Cela la chagrine un peu. "C'est la première fois de ma vie que j'ai le sentiment de n'avoir aucun contrôle sur ce qui m'arrivera professionnellement à l'automne."

Elle aimerait mener à bien elle-même ses projets, notamment en matière de santé mentale.

Cinq ans supplémentaires à la Santé ne sont pas exclus

A la question de savoir quel poste l'attirerait le plus dans le prochain gouvernement, elle ne veut pas vraiment répondre, ou plutôt elle donne la réponse politique standard: le premier objectif serait de sortir plus fort de ces élections. Mais elle dit aussi "si vous vous présentez comme tête de liste, vous avez évidemment l'ambition de pouvoir désigner le Premier ministre."

En plus de la responsabilité d'être la tête de liste d'un parti, vient s'ajouter pour Paulette Lenert la responsabilité d'être la première femme à avoir une chance réelle de devenir Premier ministre. Elle en est consciente et des jeunes femmes lui ont souvent dit à quel point cet exemple est important pour elles.

Elle ne voulait pas laisser passer l'affirmation qu'il semble qu'au Luxembourg, vous ayez de meilleures chances de faire carrière en politique si vous y êtes entré en n'ayant pas suivi le parcours classique. Mais peu de contre-exemples lui sont venus à l'esprit.

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Un autre avis sur les quotas de femmes

Le manque de femmes en politique est probablement une conséquence du modèle familial traditionnel, dans lequel la femme donnait à l'homme la possibilité de se concentrer sur ce qu'il considérait comme essentiel. Cela change de plus en plus, selon la ministre. Pour accélérer cette évolution, Paulette Lenert peut imaginer le recours aux quotas.

S'engager en politique coûte évidemment beaucoup de temps. Il reste alors moins de temps pour la famille. Elle connaît bien la difficulté de concilier famille et travail. "J'ai divorcé tôt. A l'époque, je n'aurais pas imaginé laisser mes enfants à la garde d'autrui afin de pouvoir être politiquement active en plus de mon travail."

Le Luxembourg précurseur en matière d'équilibre vie professionnelle-vie privée

De plus en plus de parents travaillant aujourd'hui tous les deux à temps plein, il faudrait réfléchir à de nouveaux modèles d'horaires de travail. L'être humain doit aussi pouvoir profiter des innovations dans le monde professionnel, pense Paulette Lenert. Nous devrions anticiper et réfléchir à quoi ressemblera le travail de demain.

Elle n'hésite pas à discuter avec le patronat. "Pendant mon passage au ministère de l'Economie*, j'ai fait l'expérience que de nombreuses idées innovantes viennent des entreprises."

Son plus gros échec: le conflit avec les médecins

Le contact avec les médecins serait en revanche plus difficile. Il s'agirait aussi de son plus gros échec dans cette législature. Elle a été surprise de la rapidité avec laquelle le discours a déraillé et se demande comment cela a pu arriver, alors qu'elle a toujours été en contact avec les médecins. Qui plus est, ils ont très bien travaillé ensemble pendant la pandémie.

Elle a voulu faire évaluer par des experts extérieurs objectifs ce qui s'est bien passé et ce qui s'est mal passé pendant la pandémie. C'est pourquoi le Luxembourg a collaboré avec l'OCDE et le fait encore maintenant avec l'OMS. Là, elle est sûre qu'aucun aspect politique n'est entré en ligne de compte, c'est important.

Priorité aux dossiers nationaux

Si elle devait devenir Premier ministre, Paulette Lenert souhaite se concentrer avant tout sur les dossiers nationaux. Une des premières priorités est évidemment le logement. Il devrait y avoir beaucoup plus de logements locatifs proposés par les bailleurs publics.

Il faudrait en outre travailler aux procédures. "Pour moi, c'est un facteur très fort d'attractivité d'un pays, le fait qu'il avance vite. Je suis fermement convaincue qu'il y a encore de la marge vers le haut."

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L'intégration, une force du pays

La crise du logement touche surtout les ménages à faible revenu. L'écart entre riches et pauvres n'a cessé de se creuser ces dernières années. Paulette Lenert veut lutter contre ça. L'intégration a toujours été le grand atout du Luxembourg et nous devrions le conserver.

L'index ne pourra fonctionner à long terme que si, de l'autre côté, un équilibre est créé par une réforme fiscale, selon la ministre.

Une réforme fiscale aurait été possible

Paulette Lenert ne veut pas considérer comme un échec le fait que la réforme fiscale n'ait pas été mise en oeuvre comme prévu dans l'accord de coalition. Les crises se sont succédées. Son parti aurait cependant toujours été d'avis qu'un changement structurel via une réforme fiscale aurait été possible.

A l'avenir, on n'échappera cependant pas à une utilisation plus ciblée de l'argent public.

* De 2010 à 2013, Paulette Lenert a été Première Conseillère au département pour l'économie sociale et solidaire du ministère de l'Economie.

À quoi ressemblera le Luxembourg en 2030 ?

"En 2030, j'espère que le Luxembourg sera un pays dans une Europe où cette guerre sera terminée, que cela appartiendra à l'histoire. Que nous vivrons en paix ici et que notre croissance sera bien intégrée. C'est un peu ce qui nous tient vraiment à cœur, ce côté intégratif au Luxembourg. C'est l'une des principales choses qui me motivent à faire de la politique. J'ai toujours apprécié cela dans ce pays. Les étrangers qui habitent ici l'apprécie. C'est quelque-chose qui a beaucoup de valeur pour moi, quelque-chose pour quoi je veux m'impliquer. Que nous ayons une bonne coexistence. Nous avons tellement de nationalités différentes, c'est quelque chose de beau, c'est une richesse pour notre pays. Je serais vraiment heureuse si nous pouvions maintenir cela. Bien sûr, cela va au-delà du problème de logement que nous avons. Le système de santé est aussi très sollicité. Rendre notre croissance juste et garder tout le monde à bord, ne pas jeter les forces de notre système par-dessus bord dans notre zèle, ce serait important pour moi."

Quelle serait votre première action si vous deviez être Premier ministre?

"La première chose que je ferais, c'est de m'asseoir avec mon équipe et de voir 'comment allons-nous travailler en équipe, comment allons-nous nous constituer, comment allons-nous fonctionner? C'est très important pour moi. Des priorités thématiques, certainement le logement, vous retrouvez cela chez tous les partis. Je le déclarerais sûrement dossier prioritaire, dont je m'occuperais. Mais renforcer l'équipe, c'est très important pour moi, comment on fonctionne en équipe, comment on se définit, quels seront les processus de travail. Telle que je me connais, ce serait cela dont je m'occuperais dans un premier temps les premières semaines."

Quel serait votre partenaire de choix pour former le prochain gouvernement ?

"Là, je n'ai pas de préférence. Je pense que je peux m'entendre avec de nombreuses personnes. Je dois vraiment dire que nous fonctionnons en ce moment très bien en tant qu'équipe. On tente toujours de défaire cela. Ce n'est pas le cas. Il y a une très bonne ambiance. Mais je pense que je pourrais aussi fonctionner avec d'autres personnes. En fait, j'aime beaucoup travailler en équipe, donc cela m'inquiète peu. Je pense que quel que soit votre partenaire, vous pouvez en faire quelque chose de bien." Avec un ADR, Paulette Lenert ne voit pas où le LSAP pourrait trouver une interface. La gauche ne serait pas sur la même longueur d'onde en matière de politique étrangère, même si elle a des idées très similaires sur des sujets comme la lutte contre la pauvreté.