
Au milieu de tous les "stan" se trouve peut-être le pays le plus méconnu et, sans aucun doute, l’un des plus difficiles à orthographier : le Kirghizistan — pays hôte cette année des Jeux mondiaux nomades. En 2026, le Grand-Duché compte une athlète pour le représenter lors de ces Jeux : Anastasia Iampolskaia, née au Luxembourg et étudiante en master d’anthropologie sociale et culturelle à l’Université de Vienne. Elle participera au Toguz Korgool, un jeu de stratégie traditionnel kirghize dans lequel les joueurs déplacent des pierres entre différentes cases, avec pour objectif de capturer le plus grand nombre de pièces de leur adversaire.
La question que tout le monde se pose désormais est : que sont les Jeux mondiaux nomades ? En termes simples, on pourrait les comparer aux Jeux olympiques de l’Asie centrale — mais au lieu de l’athlétisme et de la natation, les participants s’affrontent dans des sports traditionnels pratiqués par les peuples nomades de la région. Cette édition réunira 43 disciplines, plus de 4 000 athlètes et 90 pays participants.
Les sportifs s’affronteront dans toute une série d’épreuves, dont la plus connue est le Kok-Boru — une sorte de polo joué avec la dépouille d’une chèvre décapitée — mais aussi l’Er Enish, une forme de lutte à cheval, ainsi que des épreuves de chasse traditionnelle avec des faucons et des chiens. Cependant, le sport n’est pas le seul aspect de ces Jeux. Des programmes scientifiques et culturels sont également prévus, avec notamment des jeux intellectuels mettant à l’épreuve la logique, la réflexion stratégique et la mémoire des participants. Une liste complète des disciplines est disponible ici.
Les Jeux ont été officiellement ouverts le dimanche 31 août au stade Bishkek Arena, au Kirghizistan, à guichets fermés, devant certaines des personnalités les plus puissantes de la planète. Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui s’est également tenu à Bichkek, a réuni de nombreux dirigeants mondiaux, parmi lesquels le président chinois Xi Jinping, le Premier ministre indien Narendra Modi, le président turc Recep Tayyip Erdoğan ainsi que le président russe Vladimir Poutine. Leur présence a offert aux Jeux un cadre international particulièrement prestigieux.
Les contrôles de sécurité renforcés liés au sommet de l’OCS ont été visibles pour tous les athlètes, avec des mesures strictes mises en place. Iampolskaia a même déclaré qu’une source qu’elle jugeait fiable lui avait indiqué que le maire de Bichkek avait demandé aux habitants de quitter la ville pendant cette période.
Anastasia Iampolskaia a porté le drapeau luxembourgeois à la Bishkek Arena et a décrit cette expérience comme "surréaliste". Vous pouvez regarder ici la seule représentante du Luxembourg lors de la cérémonie d’ouverture :
Fondamentalement, participer au plus haut niveau au Toguz Korgool n’est pas la principale préoccupation d’Iampolskaia. Elle s’intéresse plutôt à l’impact anthropologique des Jeux mondiaux nomades. Dans le cadre de son cursus, elle doit effectuer un voyage et, ce semestre, celui-ci porte sur l’anthropologie du sport.
"Ils nous ont dit : 'Nous n’allons pas seulement étudier les Jeux nomades, nous allons aussi y participer'", raconte-t-elle le sourire aux lèvres. Le fait d’être officiellement inscrits comme participants présente toutefois certains avantages. Elle a accès à toutes les zones et peut entrer en contact direct avec les athlètes et les organisateurs, ce qui lui permet de mener des entretiens dans le cadre de leurs recherches.
Iampolskaia fait partie d’un groupe qui étudie l’impact d’un événement de cette ampleur sur les spectateurs, et plus particulièrement sur la population locale. L’Agence d’État kirghize pour le développement du tourisme prévoit plus de 100 000 visiteurs au cours des six jours de l’événement.
Leur étude ne se limite pas à l’événement lui-même. Le groupe est arrivé au Kirghizistan une semaine avant les Jeux pour parcourir le pays et de recueillir des données ethnographiques, en discutant avec les habitants et en se plongeant dans la culture locale.
"Nous avons vécu dans des yourtes et observé comment les habitants trayaient les chevaux, afin de découvrir le mode de vie nomade", explique Iampolskaia. Ils ont également appris à faire du kurut, une collation traditionnelle à base de lait fermenté, qui est égoutté, façonné en petites boules de fromage salées, puis séché au soleil.
Bien que la traversée des steppes soit aujourd’hui largement une pratique du passé, certaines familles rurales pratiquent encore la transhumance, c’est-à-dire le déplacement saisonnier du bétail entre les pâturages situés à basse et haute altitude. Pendant les mois d’été, elles emmènent ainsi chevaux, moutons, chèvres et yaks vers les pâturages de haute montagne.
L’association Nomadic Games Luxembourg ASBL et son président, Mathieu Schiltz Stoos, sont très enthousiastes à l’idée qu’Iampolskaia représente le Luxembourg lors de ces Jeux.
"Il ne s’agit pas seulement d'un défi sportif, c’est aussi une question de rapprochement diplomatique. Il n’y a pas que les nations nomades — nous avons tous été nomades à un moment donné. C’est une manière de montrer notre présence en Eurasie et de ne pas considérer cette région uniquement comme une zone tampon entre la Chine et la Russie, en utilisant le 'soft power' et en mettant en avant notre influence culturelle ", explique-t-il.
Pour Iampolskaia, les Jeux mondiaux nomades représentent bien plus que le résultat d’une partie de jeu de société. Ils constituent une occasion de s’immerger dans une culture qu’elle a parcouru des milliers de kilomètres pour étudier, tout en la découvrant du point de vue d’une athlète. Et, en tant que seule représentante du Luxembourg parmi des milliers de concurrents venus du monde entier, c’est une expérience qu’elle ne sera pas près d’oublier.