Après le chaos de samedi puis la controverse dimanche, les premières explications: le ministère des Sports a réuni ce lundi matin les organisateurs de la finale de Ligue des champions, la police et les autorités locales pour “tirer les leçons” d’un fiasco qui survient à un an de la Coupe du monde 2023 de rugby et à deux ans des JO-2024 de Paris.
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a dénoncé une “fraude massive, industrielle et organisée de faux billets” lors de la finale émaillée de nombreux incidents samedi soir autour du Stade de France.
“30.000 à 40.000 supporters anglais se sont retrouvés au Stade de France, soit sans billet soit avec des billets falsifiés”, a ajouté le ministre de l’Intérieur devant la presse à l’issue d’une réunion interministérielle organisée sur ces dysfonctionnements.

“70%” des billets papiers présentés au pré-filtrage étaient des “faux”, a-t-il précisé et, “une fois passé ce pré filtrage, plus de 15%” étaient des faux.
A 21h00, l’heure prévue pour le coup d’envoi finalement retardé de la rencontre entre Liverpool et le Real Madrid, “97% des supporters espagnols étaient présents dans leurs tribunes” contre “50% seulement des supporteurs britanniques”, a encore dit le ministre de l’Intérieur.
M. Darmanin a défendu le dispositif mis en place par la préfecture de police de Paris pour sécuriser la finale.
“Pour avoir été sur place, sans les décisions prises par la police et le préfet, il y aurait eu des morts”, a-t-il dit en apportant “tout son soutien” au préfet Didier Lallement, dont les méthodes de maintien de l’ordre font l’objet de nombreuses critiques.
Le ministre a par ailleurs indiqué que “2.700 billets” n’avaient pas été activés sur les 79.000 vendus.
Il s’est dit “désolé” pour les spectateurs munis de billets qui n’ont pu assister au match et a exprimé ses “regrets” pour les spectateurs qui ont souffert de l’usage des gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre.
La nouvelle ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castera, a ajouté qu’il y aurait une “compensation” pour les détenteurs de ces billets.
“Avec le ministre de l’Intérieur, nous déplorons les incidents qui ont émaillé la soirée de la Ligue des champions samedi soir au Stade de France et regrettons que certains supporters munis de billets n’aient pu assister au match”, avait-t-elle expliqué dans un communiqué publié dimanche.
“La priorité est désormais de cerner très précisément les dysfonctionnements (...) afin d’en tirer toutes les leçons pour éviter que de tels incidents se reproduisent pour nos futurs grands événements sportifs internationaux”, a insisté le ministère des Sports et des Jeux olympiques, lundi matin.
Même s’il n’y a pas eu de blessé grave, les questions ne manquent pas.
Comment la fête attendue du football européen a été gâchée et aurait pu virer au drame alors que près de 7.000 policiers, gendarmes et pompiers étaient mobilisés, sans compter les vigiles privés ? Pourquoi le système de pré-filtrage à 200 mètres du stade a été vite débordé face à l’afflux de supporters de Liverpool et a créé des goulets d’étranglement ? Comment des bandes de jeunes se sont retrouvés en position de s’introduire de force dans l’enceinte ?
Les questions viennent aussi d’Angleterre, où les supporters, de retour de Paris, le club de Liverpool, les autorités locales, comme la maire de la ville “dégoûtée par la gestion calamiteuse et le traitement brutal”, et nationales, ne décolèrent pas.
Downing Street s’est dit “extrêmement déçu” lundi par le traitement infligé aux supporters anglais de Liverpool samedi lors de la finale de Ligue des champions, repoussés par les forces de l’ordre aux abords du stade parisien où se jouait la rencontre face au Real Madrid.
“Les supporters méritent de savoir ce qui s’est passé”, a ajouté le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson, exhortant l’UEFA à “travailler étroitement avec les autorités françaises dans une enquête complète” et à en publier les conclusions.
“Nous savons que de nombreux supporters de Liverpool se sont rendus à Paris à temps pour soutenir leur équipe”, a-t-il ajouté, soulignant que les déclarations de l’UEFA évoquant une arrivée tardive des supporters ne correspond pas à ce qu’ont vécu de nombreuses personnes qui se trouvaient aux abords du stade.
“Nous sommes extrêmement déçus de la manière dont ils ont été traités”, a-t-il poursuivi, jugeant les images du Stade de France “profondément troublantes et préoccupantes”.
Quelle que soit l’issue de la réunion au ministère des Sports, le fiasco du Stade de France devrait avoir des suites.
Le sénateur LR Michel Savin, président du groupe d’études pratiques sportives et grands événements sportifs, a déjà annoncé qu’il allait demander l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire. “400 millions de téléspectateurs ont assisté à ce que je considère être une humiliation pour notre pays qui s’apprête à accueillir la Coupe du monde de rugby, puis les Jeux olympiques et paralympiques”, a-t-il regretté.