
L’athlète messin de 26 ans a réalisé sa meilleure performance de la saison avec un jet à 78,19 mètres. Déjà quatrième des Mondiaux en 2017 à Londres, il a devancé le Hongrois Bence Halasz d’un petit centimètre (78,18) mais n’a rien pu faire face à l’ogre de la discipline, le Polonais Pawel Fajdek, qui a remporté son 4e titre mondial consécutif avec un lancer à 80,50 mètres.
L’autre favori, le Polonais Wojciech Nowicki, champion d’Europe l’année dernière, échoue à la quatrième place, à 77,69 mètres.
Bigot débloque le compteur des médailles pour la France, assurée de ne pas rentrer bredouille du Qatar, après des désillusions en série parmi les chances de médailles avec les défaillances de Yohann Diniz et de Pierre-Ambroise Bosse, et les éliminations prématurées de Jimmy Vicaut ou encore de Rénelle Lamote.
Bigot avait connu de 2014 à 2016 un coup d’arrêt, suspendu pour dopage après un contrôle positif à des anabolisants. Lors des Championnats d’Europe à Berlin en 2018, le Lorrain avait réalisé une contre-performance et avait échoué à se qualifier en finale du concours.
Que représente cette médaille?
Quentin Bigot: “J’avoue que je ne réalise pas forcément ce qui vient de se passer, ça viendra plus tard avec le debrief en compagnie de mes coaches (Pierre-Jean Vazel et Gilles Dupray, ndlr). J’ai l’impression d’être encore dans mon concours et que je vis un rêve. Réveillez-moi! Il y a pile dix ans j’étais venu ici aux Championnats du monde UNSS, et j’avais pris déjà la deuxième place. Mais cette fois, c’est vice-champion du monde seniors, avec ma meilleure performance de l’année (78,19 m, ndlr). J’ai compris que je serai quoiqu’il arrive sur le podium avant que le Hongrois Halasz ne lance, toute la tension est retombée tout d’un coup. Cette médaille récompense le travail d’un passionné, un travail même monacal, mais aussi l’investissement des gens à mes côtés, mes coaches, ma famille, mon employeur, mes partenaires. Ils ont tous leurs centimètres dans ma réussite de ce soir. Ma quatrième place aux Mondiaux 2017 n’était pas un hasard, pas du tout, et maintenant que j’ai croqué à une médaille, que j’ai débloqué le compteur des Bleus, j’ai envie d’encore plus croquer, comme un vampire qui a le goût du sang. Maintenant j’espère que je vais pouvoir me préparer sereinement pour les JO de Tokyo. Je saurai dire non à plein de choses.”
Pensez-vous que cette médaille peut revaloriser les lancers?
“J’espère que cette médaille va davantage mettre les lancers en avant, qu’on ne sera pas relégué sur des stades annexes. Mélina Robert-Michon (au disque, ndlr) est en finale, Alexandra Tavernier l’était aussi (au marteau, ndlr), on est une force de l’équipe de France. Il faut nous considérer comme les autres athlètes, on s’entraîne aussi dur que les autres. Il y a des clubs partout pour accueillir les gens, le marteau c’est génial, il y a aussi le disque, le javelot, le poids. Venez essayer, notamment les jeunes dans mon club de Metz, je serai ravi.”
Est-ce une revanche après vôtre contrôle positif et vôtre suspension pour dopage?
“En prenant énormément de recul, je vois que le dopage ne sert strictement à rien, que ça ne mène à rien. Ça amène seulement des ennuis, on verra dans le futur si ce seront ou pas des ennuis de santé, mais je sais que quand on a des coaches comme les miens qui donnent l’espoir d’avancer sereinement et proprement, eh bien on y arrive. Le dopage, c’est de la merde. Je lance plus loin sans rien, et ce sera comme ça jusqu’à la fin de ma vie!”