
Depuis vendredi, Julie Dolar, 22 ans, vit avec ses valises bouclées. Elle poursuit habituellement des études de mathématiques à Bordeaux, mais actuellement, elle travaille pour le deuxième été consécutif comme animatrice dans un camping à Lacanau, en Gironde. Là-bas, les incendies de forêt rythment désormais le quotidien. Selon les médias français, quelque 4.000 touristes ont été évacués préventivement de Lacanau mardi. Julie Dolar a vécu cette évacuation de près, mais en tant qu’animatrice, elle est restée sur place, tout comme les autres employés du camping. À la différence des touristes, ils sont en effet considérés comme des résidents et ne sont donc, pour l’instant, pas concernés par les mesures d’évacuation.
Dans le département de la Gironde, dans le sud-ouest de la France, environ 42.000 hectares de forêt ont déjà brûlé depuis le 22 juillet, et 220.000 personnes ont été évacuées jusqu’à présent. Le feu n’est plus très éloigné de la métropole bordelaise. Mardi matin, la préfecture du département estimait que la situation était plus ou moins "stable". Mais une nouvelle vague de chaleur avec des températures comprises entre 33 et 35 degrés, est attendue et pourrait donner un nouvel élan aux incendies.
La jeune étudiante se souvient du moment où elle a réalisé à quel point les flammes étaient proches : "Vendredi, c’était assez impressionnant, parce qu’il y avait les nuages et la fumée qui arrivaient jusqu’à nous. Le ciel est devenu complètement rouge. Je me suis réveillée de ma sieste et je n’ai plus rien compris. Quand je me suis endormie, le ciel était bleu, puis en me réveillant, tout était orange. Je ne comprenais plus rien. Ils nous ont dit de rester calmes. J’ai donc essayé de rationaliser un peu la situation. Mais maintenant, je suis un peu nerveuse."
Mardi, Julie Dolar a reçu une alerte sur son téléphone, mais ces derniers jours, elle s’est surtout tenue informée par ses propres moyens. "Pour moi, c’est surtout la panique. Vendredi, quand j’ai vu ça, j’ai immédiatement fait mes valises. Je sais que nous n’allons pas mourir. Je sais qu’ils ont la situation sous contrôle et que nous serons prévenus à temps s’il faut vraiment partir." Malgré cela, il est difficile de ne pas être nerveuse lorsqu’on voit les touristes être évacués alors qu’on vous demande, à vous, de rester encore sur place.
Même avant l’évacuation des derniers touristes, le camping, où travaille actuellement Julie Dolar, s’était déjà considérablement vidé. Le nombre de vacanciers est passé d’environ 2.300 à un millier dimanche, puis à seulement 600 hier lundi. "J’espère que nous serons les prochains [à être évacués], parce que je n’arrive plus à fermer l’œil ici." L’incertitude quant à la suite des événements et à la manière dont elle pourrait quitter les lieux en cas d’urgence inquiète l’étudiante. Elle ne dispose pas de voiture sur place et, de toute façon, plusieurs routes sont déjà fermées. Pour rejoindre le camping, il faut désormais faire un long détour par le nord.
Selon elle, il existe une bonne solidarité entre la centaine de travailleurs saisonniers encore présents sur place, même si certains profitent un peu trop du fait que les touristes ne sont désormais plus là : "Ici, c’est la grosse fiesta. Ça me stresse un peu. Je n’aime pas dépendre des autres et, malheureusement, je me retrouve maintenant dans une situation où je dépends d’eux, parce que je n’ai pas de voiture ici."

En tant qu’animatrice, il lui a été difficile ces derniers jours de ne rien laisser paraître devant les enfants. "Il y avait une petite fille qui s’est mise à pleurer et je lui ai demandé ce qui n’allait pas. [...] Elle m’a alors expliqué qu’elle avait déjà vécu un incendie il y a deux ou trois ans et que cela lui faisait revivre ces souvenirs. Ça vous brise vraiment le cœur. On a envie de pleurer avec elle, mais il y a encore vingt autres enfants et je ne peux pas me mettre à pleurer devant eux."
Julie Dolar suppose qu’elle aussi, en tant qu'employée du camping, ne restera plus très longtemps sur place : "Je pense que nous allons être évacués. Je ne vois pas pourquoi la direction viendrait nous demander de tout préparer si nous ne devions pas être évacués. Je ne pense pas que ça brûlera ici. Pour moi, c’est impossible, parce que nous sommes si près de la mer et que l’incendie ne se dirige pas du tout dans notre direction, il est vraiment en direction de Bordeaux. Mais à cause de la canicule et avec le vent qui devrait tourner aujourd’hui dans notre direction, je pense qu’il s’agit simplement d’une mesure préventive. Mais je pense que dans deux heures, on nous dira aussi de partir."
La jeune étudiante espère que ces mesures de sécurité ne resteront en vigueur que jusqu’à la fin de la canicule et qu’ils pourront ensuite revenir sur place. Pour l’instant, cependant, l’évolution de la situation reste incertaine.
