Légalité, coût, risques...Trump a-t-il le droit d'offrir 5.000 dollars aux Américains contre leurs votes ?

RTL Infos avec AFP
Donald Trump a promis un "dividende" de 5.000 dollars pour chaque citoyen américain adulte en cas de victoire de son camp aux prochaines élections. Est-ce un généreux cadeau, ou une promesse en l'air ?
© RONALDO SCHEMIDT

C'est une promesse qui fait énormement parler. Le 9 septembre dernier, le président américain Donald Trump a fait une annonce choc : le versement d'un "dividende" de 5 000 dollars (4 297 euros) par adulte américain, si les républicains parvenaient à conserver la majorité dans les deux chambres lors des élections de mi-mandat du 3 novembre.

Il a immédiatement associé cette promesse à un appel personnel aux électeurs : "Je vous demande de faire comme si j’étais sur le bulletin." Une manière de transformer les élections de mi-mandat en nouveau vote de confiance à son égard, alors que la victoire de son camp semble bien mal engagée au regard des dernières enquêtes d'opinions .

Mais derrière le slogan du "Trump dividend", se posent plusieurs questions.

Est-ce légal?

La loi fédérale américaine interdit à quiconque de "faire ou offrir un paiement" à un électeur "pour voter ou ne pas voter, ou voter pour ou contre un candidat". Une infraction volontaire est passible de deux ans de prison et d'une amende de 250.000 dollars.

Mais la promesse de Donald Trump pourrait échapper à ce cadre, car elle concerne tous les Américains, quel que soit leur vote lors du scrutin législatif. Ce versement nécessiterait néanmoins un vote du Congrès.

Début 2025, le milliardaire républicain avait déjà émis l'idée d'un paiement exceptionnel de 5.000 dollars aux contribuables américains, financé par les économies réalisées sur les dépenses de l'Etat fédéral. Le projet ne s'est jamais concrétisé.

En novembre 2025, il avait annoncé qu'un "dividende" de 2.000 dollars serait attribué à chacun de ses administrés (sous conditions de ressources) grâce au produit des droits de douane, une garantie restée, là aussi, lettre morte.

Combien cela coûterait-il?

Il y a environ 277 millions d'adultes de 18 ans et plus aux Etats-Unis. Leur verser à chacun 5.000 dollars reviendrait à débourser 1.384 milliards de dollars.

Si l'on prend uniquement en compte les citoyens américains, Donald Trump ayant fait référence aux "Américains", le total serait ramené à 1.270 milliards environ. Cela équivaudrait à 18% du budget de l'Etat fédéral américain pour 2025, soit sensiblement plus que les dépenses militaires des Etats-Unis (13%).

Durant la pandémie de Covid-19, le Congrès américain a voté l'attribution de fonds de soutien aux particuliers sous conditions de ressources, qui ont atteint, en trois vagues, 814 milliards de dollars.

Les droits de douane pourraient-ils suffire?

Pas à court terme. En 2025, les droits de douane ont rapporté aux Etats-Unis 195 milliards de dollars, loin du montant nécessaire pour financer le "dividende" annoncé par le président américain.

D'autant qu'en vertu d'une décision de la Cour suprême, une partie de ce produit a dû être remboursé aux entreprises. De ce fait, le gouvernement a reversé davantage qu'il ne collectait de droits de douane entre mai et juillet.

Le versement du "dividende" accentuerait encore plus nettement le déséquilibre du budget fédéral américain, dont le déficit atteint déjà 2.000 milliards sur les onze premiers mois de l'année fiscale (clôturée fin septembre).

Le "dividende" peut-il encore accélérer l'inflation?

Le fait de distribuer de l'argent directement aux particuliers augmente mécaniquement la demande de biens et services sans agir sur l'offre, un déséquilibre qui se résout généralement par l'augmentation des prix.

Or l'inflation se situe déjà à un niveau élevé aux Etats-Unis, soit 3,4% sur un an en juillet, bien au-dessus de l'objectif de 2% fixé par la banque centrale américaine, la Fed.

Selon une étude de son antenne à St. Louis, les mesures de soutien à l'économie prises par le gouvernement américain durant la pandémie de Covid-19 ont ajouté 2,6 points de pourcentage supplémentaires à l'inflation.

"Ça s'appelle de la corruption civile"

À ce stade, la déclaration de Trump reste donc une promesse électorale, et non un programme adopté par le Congrès. Pour Maud Quessard, directrice du domaine "Espace Transatlantique/Russie" à l’IRSEM, cette annonce répond avant tout à une logique de mobilisation électorale. "L’idée, c’est de remobiliser l’électorat à l’approche des ‘midterms’" déclare-t-elle auprès de Public Sénat. Elle va plus loin : "Ça s’appelle de la corruption civile", affirme-t-elle, parlant d’une logique où le chef de l’État se présente comme celui qui distribue directement des récompenses à ses partisans. Elle évoque également une "forme de populisme et de dérive autoritaire". "Ça dit qu’on est dans un régime où le chef d’État est plus un parrain qu’un homme politique ou un représentant du bien commun", assène-t-elle.

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