Marche controversée samediSix mises en examen pour "homicide volontaire" suite à la mort d'un militant nationaliste

RTL Infos avec AFP
Six hommes soupçonnés d'avoir frappé à mort le militant nationaliste Quentin Deranque, il y a une semaine à Lyon, ont été mis en examen jeudi soir pour "homicide volontaire" et un assistant du député LFI Raphaël Arnault pour "complicité".
Le carrefour entre la rue Victor Lagrange et le boulevard Yves Farge, lieu où se sont déroulés les affrontements entre bandes rivales de militants d’extrême droite et d’extrême gauche qui ont conduit à l’agression mortelle de Quentin Deranque dans le 7e arrondissement de Lyon, dans le département du Rhône.

© NICOLAS GUYONNET/Hans Lucas via AFP

Ce collaborateur, Jacques-Elie Favrot, 25 ans, a été placé en détention provisoire. Le chef retenu à son encontre confirme qu’il “n’a pas donné de coups directs susceptibles d’avoir causé le décès”, a réagi son avocat, Me Bertrand Sayn.

Au juge d’instruction, le jeune homme a redit “qu’il ne s’agissait absolument pas d’un guet-apens, mais bien d’un affrontement avec un groupe de militants d’extrême droite”, a poursuivi l’avocat.

Parmi les suspects mis en examen pour homicide volontaire, et également écroué, figure un autre proche de Raphaël Arnault, Adrian Besseyre, 25 ans, qui travaillait dans l’équipe du député jusqu’à quelques jours avant les faits, a expliqué à l’AFP son avocat Me Benoît Courtin.

Agés de 20 à 26 ans, les sept hommes sont, selon une source proche du dossier “connus pour être soit membres, soit proches de la Jeune Garde”, un mouvement d’ultragauche fondé en 2018 à Lyon par Raphaël Arnault et dissout en juin.

Interpellés mardi soir et mercredi, “deux ont refusé de s’exprimer” lors de leur garde à vue, les autres “reconnaissent leur présence” sur les lieux de l’agression et “certains admettent avoir porté des coups” à Quentin Deranque “ou à d’autres victimes”, a expliqué le procureur de Lyon Thierry Dran lors d’une conférence de presse.

Tous “contestent l’intention” de tuer, a ajouté le magistrat qui avait requis leur placement en détention provisoire en raison notamment du risque de trouble à l’ordre public. Six ont bien été écroués, un placé sous contrôle judiciaire.

Le procureur de Lyon, Thierry Dran, lors d'une conférence de presse, une semaine après l'assassinat à Lyon du militant nationaliste Quentin Deranque,le 19 février 2026 à Lyon
Le procureur de Lyon, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse, une semaine après l’assassinat à Lyon du militant nationaliste Quentin Deranque,le 19 février 2026 à Lyon
© AFP

“Difficile”

Quentin Deranque a été frappé le 12 février par plusieurs personnes encagoulées, en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Il était venu assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis qui manifestaient contre la venue de l’élue. Souffrant d’un grave traumatisme crânien, il est décédé samedi.

Des fleurs sur les lieux de l'agression mortelle de Quentin Deranque, le 16 février 2026 à Lyon
Des fleurs sur les lieux de l’agression mortelle de Quentin Deranque, le 16 février 2026 à Lyon
© AFP

Les sept suspects ont été identifiés après l’audition de plusieurs témoins, l’exploitation de vidéos et d’éléments matériels, a relaté le procureur.

Un travail “difficile et à ce jour d’ailleurs il reste plusieurs personnes à identifier”, a fait savoir le procureur.

Trois femmes et un homme interpellés lors de la même opération policière et soupçonnés d’avoir aidé certains suspects à se cacher, ont été remis en liberté jeudi et “seront ultérieurement convoqués pour s’expliquer sur ces faits”, selon le procureur.

Parmi eux figure un troisième collaborateur parlementaire du député LFI, soupçonné d’avoir aidé Adrian Besseyre à se soustraire à la justice.

Marche “pas interdite”

Jeudi, la famille de Quentin Deranque a appelé “au calme et à la retenue” et dénoncé “toute forme de violence politique”, à deux jours d’une marche prévue en hommage à leur fils à Lyon, à laquelle ils ne comptent pas participer.

Ils “souhaitent que si des personnes veulent s’agréger à cette initiative, qu’elles le fassent dans le calme, dans la retenue et sans expression politique”, a déclaré leur avocat sur BFM Bastien Brajon.

Le maire écologiste Grégory Doucet a demandé à la préfecture d’interdire pour des raisons de sécurité cette marche réclamant “Justice pour Quentin, tué par les antifas”, dont l’appel est largement relayé par l’extrême droite sur les réseaux sociaux.

Laurent Nuñez a affirmé vendredi qu’il ne “demand(ait) pas l’interdiction” de la marche prévue samedi à Lyon en hommage à Quentin Deranque, l’étudiant nationaliste frappé à mort il y a une semaine dans cette ville.

S’exprimant sur RTL, le ministre de l’Intérieur a ajouté que cette marche, qui devrait rassembler, selon son estimation “2 à 3.000 personnes” appartenant à “l’ultradroite”, sera encadrée par un “dispositif policier extrêmement important” pour assurer la sécurité.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a recommandé de ne pas se rendre aux rassemblements d’hommage au militant nationaliste Quentin Deranque prévus samedi ni “d’y associer” le parti, selon une lettre à ses cadres consultée par l’AFP vendredi.

Nous vous demandons, sauf situation locale très particulière et strictement encadrée (hommage rendu par une municipalité, par exemple), de ne pas vous rendre à ces rassemblements ni d’y associer le Rassemblement National”, écrit-il dans ce message, estimant que les organisateurs de ces rassemblements sont “multiples, incertains” et que les proches de Quentin ne sont a priori “à l’initiative d’aucun d’entre eux”.

Le coordinateur de LFI Manuel Bompard devant le siège du parti, le 18 février 2026 à Paris
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard devant le siège du parti, le 18 février 2026 à Paris
© AFP

En visite en Inde, Emmanuel Macron a appelé à éviter “tout engrenage de la violence”, et affirmé qu’en République, il n’y avait “pas de place pour les mouvements qui adoptent et légitiment la violence”. Il a exhorté “les extrêmes” à “faire le ménage dans leurs rangs”, ciblant “les mouvements d’extrême gauche” comme “d’extrême droite”.

Cela au moment où la pression s’intensifie sur La France insoumise, notamment à droite et à l’extrême droite qui lui attribuent volontiers une “responsabilité” dans le drame en raison notamment de ses “liens” avec la Jeune Garde Antifasciste.

Face à l’offensive contre LFI, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard a martelé qu’il n’était “pas question” de suspendre ou d’exclure Raphaël Arnault du groupe LFI à l’Assemblée nationale, au motif notamment qu’il ne saurait être “tenu responsable des actes de ses salariés”.

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a appelé Raphaël Arnault à “tirer les conclusions” si la justice “trouve des indices graves et concordants” sur ses collaborateurs. Et le patron de LR Bruno Retailleau a exigé sa démission.

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