CarburantsPourquoi les prix montent malgré le déblocage des réserves stratégiques ?

Romain Van Dyck
AFP
Les automobilistes vont-ils payer moins cher leur carburant à la pompe? Pour l'instant, c'est mal parti : le prix du pétrole s'envole ce jeudi malgré l'annonce d'un déblocage "historique" des stocks stratégiques d'or noir de 32 pays. Pourtant, en France, des distributeurs prédisent une chute des prix dans les prochains jours...
Une station-service dans le Hainaut, en Belgique, ce jeudi 12 mars 2026.
Une station-service dans le Hainaut, en Belgique, ce jeudi 12 mars 2026.
© ERIC LALMAND/Belga via AFP

L’accalmie n’a pas duré. En début de semaine, la simple anticipation de la libération par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) de 400 millions de barils issus des réserves de ses pays membres avait permis de soulager les cours.

Il faut réaliser que le volume débloqué par les 32 pays membres est “le plus important” de l’histoire de l’AIE. À eux seuls, les Etats-Unis, plus gros consommateurs et producteurs d’or noir, vont apporter progressivement pendant trois mois 172 millions de barils, soit 40% de leurs réserves.

Hélas, ce n’est qu’une “goutte d’eau dans l’océan”, juge Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management. Ce jeudi vers midi, le baril de Brent prenait 5,45% à 96,99 dollars, après être monté jusqu’à 101,59 dollars. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, gagnait 4,88% à 91,51 dollars.

Pourquoi? Parce que d’abord, les frappes sur les infrastructures pétrolières du Golfe se sont multipliées. A Oman, des réservoirs de carburant du port de Salalah étaient en feu mercredi après une attaque de drone. L’Arabie saoudite a elle annoncé une nouvelle attaque de drone contre le champ pétrolier de Shaybah, dans l’est du pays.

Une épaisse fumée noire s'élève après les incendies qui se sont déclarés suite aux attaques américano-israéliennes visant des installations de stockage de pétrole, notamment le dépôt pétrolier de Shehran, à Téhéran, en Iran, le 8 mars dernier.
Une épaisse fumée noire s’élève après les incendies qui se sont déclarés suite aux attaques américano-israéliennes visant des installations de stockage de pétrole, notamment le dépôt pétrolier de Shehran, à Téhéran, en Iran, le 8 mars dernier.
© FATEMEH BAHRAMI/Anadolu via AFP

Ensuite, les pays du Golfe réduisent actuellement leur production pétrolière d’au moins 10 millions de barils par jour, en raison du blocage du détroit d’Ormuz, soit “la plus importante perturbation” de l’approvisionnement en or noir de l’histoire. Dans ce détroit transite habituellement 20% de la production mondiale de pétrole. Faute de pouvoir exporter leur production, et en raison de capacités de stockage limitées, des pays comme l‘Irak, le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont contraints de réduire les volumes qu’ils extraient.

L’Iran a assuré mercredi être prêt pour une guerre longue, en opposition au discours de Donald Trump, qui a déclaré pour la deuxième fois cette semaine que la guerre pourrait se terminer “bientôt”. L’armée israélienne a d’ailleurs pris le contre-pied de son allié, assurant disposer encore “d’un vaste réservoir de cibles” en Iran.

Le diesel devient le carburant le plus cher en France

En France, des automobilistes subissent aussi de plein fouet cette flambée des prix. Surtout ceux qui carburent au diesel, et qui ne sont pas habitués à voir ce dernier dépasser l’essence.

En effet, le litre de SP95-E10 coûtait jeudi 1,871 euro/l en moyenne selon un calcul réalisé par l’AFP à partir des données communiquées au gouvernement par 7.524 stations-service. Le SP98 coûtait 1,964 euro/l en moyenne sur 8.053 stations, et le diesel 2,032 euros/l en moyenne sur 9.535 stations. Mais des internautes ont constaté que dans certaines stations, le diesel s’échange à plus de 2,5€ le litre!

Des professionnels du secteur se disent fatalistes :"Je ne connais pas (...) cette baguette magique qui permettrait de baisser les prix”, a souligné jeudi matin l’un des représentants des distributeurs de carburants, reçus à Bercy.

La réunion, qui a duré moins d’une heure, n’a débouché sur “aucune décision” sur un éventuel encadrement des prix. Il avait pourtant été évoqué un “plafonnement des marges”, ou des mécanismes permettant de “lisser les hausses et les baisses” des prix des carburants.

“Les prix vont baisser nettement dans les prochains jours”, jurent des distributeurs

En amont de la réunion, TotalEnergies a annoncé le maintien de son plafonnement du prix de l’essence à 1,99 euro le litre dans ses stations-service, mais relevé ce plafond à 2,09 euros pour le gazole.

Mercredi, le PDG de Coopérative U Dominique Schelcher s’est dit “tributaire” des variations des cours des produits raffinés, quand la “marge de distribution (...) n’a jamais été aussi faible que dans la période”. Il a néanmoins assuré que “les prix des carburants (allaient) baisser nettement à la pompe dans les prochains jours”.

Michel-Edouard Leclerc avait lui anticipé “à peu près 30 centimes de baisse par litre de carburant à la pompe d’ici à vendredi, tout en prévenant que les prix allaient encore “faire du yoyo”.

“Je ne connais pas la recette magique de Michel-Edouard Leclerc pour faire 30 centimes (...) Nous, on est soumis à l’économie de marché”, a déclaré Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians (qui représente 5.800 stations-service traditionnelles, hors grandes surfaces), craignant pour les stations, notamment rurales, qu’il représente.

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