Minerais, passage stratégique...Pourquoi le Groenland est convoité par les États-Unis

AFP
Territoire autonome du Danemark grand comme quatre fois la France métropolitaine mais recouvert à 81% de glaces, le Groenland fascine pour ses hypothétiques ressources minières et son importance géostratégique, sources de la convoitise persistante du président américain Donald Trump.
Des blocs de glace au large de Nuuk, au Groenland, le 7 mars 2025
© AFP/Archives

Secteur minier peu exploité

Depuis 2009, il revient aux Groenlandais de décider de l’usage de leurs matières premières.

Le gouvernement local, dont la pêche constitue la principale source de revenus, vante les richesses de son sous-sol, même si seules deux mines sont en activité et les productions sont limitées.

A l’heure où augmente la demande pour les métaux et minéraux, la course aux ressources inexploitées s’accélère et le Groenland pourrait faire figure d’eldorado, en dépit d’un environnement polaire inhospitalier et d’infrastructures balbutiantes.

L’accès aux ressources minérales du Groenland est jugé crucial par les Américains, qui ont signé en 2019 un mémorandum sur la coopération dans ce secteur. Les Européens leur ont emboîté le pas quatre ans plus tard avec leur propre accord de collaboration.

Les sols groenlandais sont extrêmement bien cartographiés, ce qui a permis d’établir une carte détaillée des ressources.

L’UE a ainsi identifié 25 des 34 minéraux de sa liste officielle de matières premières essentielles, y compris les terres rares.

Amaroq, qui exploite une mine d’or sur le territoire, entend en développer une nouvelle pour les terres rares, Black Angel. Celle-ci pourrait entrer en production dès 2027 ou 2028 grâce à l’existence préalable d’infrastructures, le site ayant été en activité dans le passé.

Amaroq pourrait y extraire zinc, plomb et argent, mais aussi des éléments critiques comme le germanium, le gallium et le cadmium.

Sur la côte ouest, un gisement d’anorthosite est exploité par Lumina Sustainable Materials depuis 2019.

Avec son projet Tanbreez (Tantalum, Niobium, REE --Rare Earth Elements-- Zirconium), Critical Metals, groupe coté au Nasdaq, compte ouvrir cette année une mine de terres rares près de Quaqortoq (sud), avec un démarrage de l’extraction à grande échelle prévu l’an prochain.

Économiquement, le Groenland, qui cherche à s’émanciper du Danemark, dépend encore largement d’une subvention de Copenhague, qui apporte un cinquième de son PIB.

Plus proche de New York

Le Groenland est un territoire autonome où la justice, la politique monétaire, étrangère, de défense et de sécurité dépendent de Copenhague.

Mais avec une capitale plus proche de New York que de Copenhague, le Groenland fait partie de la zone d’intérêt des Etats-Unis, note auprès de l’AFP l’historienne Astrid Andersen, de l’Institut danois des études internationales.

Pendant la Seconde guerre mondiale, “quand le Danemark était occupé par l’Allemagne, les Etats-Unis se sont saisis du Groenland. D’une certaine manière, ils ne l’ont jamais quitté”.

Washington détient une base militaire active dans le nord-est de l’île, à Pituffik (anciennement Thulé). Elle était utilisée en tant que poste d’alerte face à l’URSS pendant la Guerre froide et reste un maillon essentiel du bouclier antimissile américain.

Pour pallier le manque de surveillance de l’espace aérien et sous-marin à l’est du Groenland, qui pourrait poser problème à mesure que la fonte des glaces libère les routes maritimes, le Danemark investit dans des patrouilleurs arctiques, des drones et veut augmenter la surveillance aérienne et les radars côtiers.

Emplacement stratégique

Située entre l’Atlantique nord et l’Arctique à proximité des États-Unis, du Canada et de la Russie, le Groenland occupe une position géographique stratégique.

Donald Trump accuse Copenhague de ne pas bien assurer la sécurité de ce gigantesque territoire face à la Russie et à la Chine. Le Danemark, membre de l’Otan, rejette ces affirmations: il rappelle avoir notamment investi près de 90 milliards de couronnes (12 milliards d’euros) pour renforcer sa présence militaire dans l’Arctique.

Quelques heures avant une rencontre cruciale mercredi entre les chefs de la diplomatie danoise et groenlandaise et leur homologue américain Marco Rubio et le vice-président J.D Vance, le Danemark a promis qu’il allait “renforcer sa présence militaire” au Groenland et dialoguer avec l’Otan pour accroître la présence de l’Alliance dans l’Arctique, selon son ministre de la Défense.

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