
La marque Bolsonaro a plus que jamais fait recette, malgré l'absence du chef de famille. Inéligible et assigné à résidence après sa condamnation pour tentative de coup d'Etat, l'ex-président Jair Bolsonaro (2019-2022) peut se frotter les mains.
Il avait pourtant été critiqué dans son propre camp pour avoir adoubé depuis la prison son fils aîné Flavio pour la course présidentielle.
Ce sénateur de 45 ans peut désormais aborder en favori le second tour face au président sortant de gauche Luiz Inacio Lula da Silva.
S'il est élu, il aura les coudées franches pour gouverner, avec un Parlement penchant fortement à droite.
Jair Bolsonaro pourrait en bénéficier directement : son camp bénéficie désormais d'une majorité plus robuste pour faire approuver une loi d'amnistie en sa faveur.
Il pourra compter notamment sur son épouse, Michelle Bolsonaro, élue au Sénat, tout comme son deuxième fils, Carlos Bolsonaro.
Sa formation, le Parti libéral (PL), a remporté à elle seule 19 sièges au Sénat sur les 54 qui étaient à pourvoir, et en compte 28 sur 81 au total.
Le PL est également le premier parti de la Chambre des députés, avec dans ses rangs le plus jeune des fils Bolsonaro, Jair Renan, 28 ans.
La mère de Flavio Bolsonaro, Rogeria, a en revanche échoué de peu à se faire élire à la chambre basse.
Le camp Bolsonaro a également effectué une moisson impressionnante au niveau des gouverneurs.
Dans l'État de Sao Paulo, Tarcisio de Freitas a ainsi été réélu au premier tour avec plus de 60% des voix. Il inflige une cuisante défaite à Fernando Haddad, ancien ministre des Finances de Lula et pressenti comme son successeur potentiel.
Autre victoire emblématique : Sergio Moro, le juge qui avait condamné Lula à une peine de prison pour corruption en première instance, a lui aussi été élu gouverneur du Parana (sud).
La condamnation du champion de la gauche avait finalement été annulée en 2021, le magistrat ayant été considéré comme partial.

À Rio de Janeiro, le bolsonariste Douglas Ruas a créé la surprise en devançant largement au premier tour Eduardo Paes, allié de Lula, qui caracolait pourtant en tête des sondages.
Lula court contre la montre
Torse nu et en sueur sur son tapis roulant, il court, Lula, il court. A bientôt 81 ans, il veut montrer qu'il a l'énergie pour présider encore le Brésil.
"On ne peut pas empêcher la Terre de tourner et les années de passer", philosophe de sa voix rauque Luiz Inacio Lula da Silva, dans l'une des vidéos où il met en scène ses exercices physiques sur les réseaux sociaux.
Après quasiment 12 ans cumulés au pouvoir, l'homme du peuple devenu homme d'État brigue un quatrième et dernier mandat.
Il devra affronter lors d'un second tour son rival conservateur Flavio Bolsonaro. Le fils de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro a créé la surprise en obtenant un peu plus de 47 % des suffrages, contre 45 % pour le vétéran du camp progressiste.
Lula a survécu aux défaites, survécu à la prison - 580 jours en 2018-2019 - et à une condamnation pour corruption. Annulée pour motifs de procédure et pour cause de partialité du juge, elle suscite toujours à droite les lazzis "Lula voleur".
Le champion de la gauche a survécu aussi aux problèmes de santé. Selon son médecin, il avait frôlé "le pire" fin 2024 en raison d'une hémorragie près du cerveau, conséquence d'une chute.
Après un cancer de la peau, il porte depuis quelques mois un panama sur ses cheveux jadis noirs et drus, désormais gris et plus clairsemés, tout comme sa barbe emblématique.
Mais il le jure : il se sent plus en forme que jamais. Et veut "vivre jusqu'à 120 ans".
