
Selon Luc Frieden, aucun de ces migrants n’a atteint le continent européen, ce qui démontrerait que Madrid a "bien protégé" la frontière extérieure de l’Union européenne.
Luc Frieden a expliqué avoir exprimé sa solidarité au chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, estimant que l’Espagne avait assumé sa responsabilité en matière de contrôle des frontières. C’est pour cette raison que le Luxembourg n’a pas signé la lettre ouverte qui a circulé ce week-end et dans laquelle 22 des 27 États membres critiquent Madrid. Le Premier ministre juge ce texte "onfair", c’est‑à‑dire injuste.
Il a également pointé du doigt le rôle de certains pays à l’origine de cette initiative, menés selon lui par les Premiers ministres italien et danois, dont la vision de la politique migratoire européenne serait "moins européenne et moins favorable à Schengen" que celle du Luxembourg.
Pour Luc Frieden, la situation à Ceuta illustre une tendance plus large : certains États ne voient plus la valeur ajoutée d’une politique migratoire commune. Il rappelle pourtant que la protection des frontières extérieures est une responsabilité européenne qui ne peut être assumée par un seul pays. Il insiste sur la nécessité de lutter contre les réseaux de passeurs, de renforcer la coopération avec des pays tiers comme le Maroc, et de préserver le fonctionnement du système Schengen.
Le Premier ministre estime que la gestion de Ceuta montre qu’une collaboration efficace avec des États partenaires peut porter ses fruits. Il plaide pour des voies légales de migration et pour une coopération économique permettant aux populations de construire un avenir dans leur pays d’origine.
De son côté, le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden, a participé ce 4 août à la réunion informelle du Conseil «Justice et affaires intérieures» (JAI), organisée par visioconférence, consacrée à la situation à Ceuta, en Espagne.
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a tout d'abord dressé un bilan de la crise à laquelle les autorités espagnoles ont été confrontées ces derniers jours à Ceuta, marquée par 75 décès et plus de 70.000 entrées irrégulières d’après les autorités espagnoles. La quasi-totalité des personnes concernées ont été reconduites vers le Maroc dans un délai de 48 heures. Le ministre espagnol a d'ailleurs remercié les États membres, dont le Luxembourg, pour leur soutien et les marques de solidarité exprimées à l'égard de l'Espagne.
Lors de son intervention, le ministre Gloden a remercié l'Espagne pour sa gestion de cette crise et a réitéré son soutien. Il a estimé que les autorités espagnoles avaient, à tout moment, assumé leurs responsabilités vis-à-vis de l'Union européenne et de l'espace Schengen et que la situation avait été gérée de manière rapide et efficace. Il a regretté qu’on a essayé d’instrumentaliser le débat sur Schengen sans se fonder sur des faits objectifs, alors qu'aucun migrant n’a rejoint le territoire continental espagnol et qu'il n’a pas eu de mouvements secondaires: "Schengen et ses valeurs ne doivent pas être pris en otage".
Le ministre a aussi rappelé qu’il est important à continuer à renforcer les contrôles aux frontières extérieures pour combattre efficacement l’immigration irrégulière. Dans ce contexte, il a souligné que les arrivées irrégulières en Europe ont diminué de 55 % sur les deux dernières années et déjà de 37 % en 2026.
Enfin, il a été relevé que la lutte contre la désinformation et contre les réseaux de trafiquants de migrants doit être renforcée à l’échelle européenne.