Le Parlement européen a suspendu lundi la procédure de mise en oeuvre de l’accord commercial entre l’UE et les Etats-Unis, dans l’attente d’“éclaircissements” de Washington sur l’impact de la décision de la Cour suprême américaine, qui a invalidé la plupart des droits de douane de Donald Trump.
“Tous les pays qui voudraient “jouer” avec la décision ridicule de la Cour suprême, en particulier ceux qui ont “plumé” les Etats-Unis pendant des années, ou même des décennies, seraient confrontés à un droit de douane beaucoup plus élevé, et pire, que tous ceux qu’ils ont récemment acceptés”, a menacé de son côté le président américain sur son réseau Truth Social, qui accuse la Cour suprême d’être “en faveur de la Chine”.
Avant que le Parlement europén ne puisse se prononcer, “nous voulons que les Etats-Unis clarifient comment ils vont respecter l’accord”, a expliqué l’eurodéputé Bernd Lange (S&D, gauche), l’influent chef de la commission du Commerce international, à l’issue d’une réunion d’urgence organisée lundi.
Les principaux autres groupes du Parlement européen - PPE (droite), Renew (centre), et Verts - avaient tous auparavant apporté leur soutien à cette démarche.
“Avant tout mouvement au Parlement, une clarté et stabilité totale est indispensable du côté américain. Or, Trump n’offre que l’inverse depuis le début de son mandat”, a notamment fait valoir Valérie Hayer, président du groupe Renew.
“Reporter le vote sur la mise en œuvre de l’accord avec les États-Unis est une décision judicieuse. Face à l’incertitude considérable qui règne actuellement, un vote serait injustifié”, a renchéri l’élue verte Anna Cavazzini.
La commission du Commerce international du Parlement aurait normalement dû se prononcer mardi sur la mise en oeuvre de cet accord, avant un vote des eurodéputés en séance plénière qui était prévu le 10 mars.
Cette procédure avait déjà été suspendue une première fois en janvier par le Parlement, en raison des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland, puis relancée après l’abandon de ses visées sur le territoire danois.
L’accord, conclu l’été dernier après d’intenses négociations entre Bruxelles et Washington, a finalement fixé à 15% les droits de douane imposés par les Etats-Unis sur la plupart des produits européens, loin des 30% que le président américain avait menacé d’appliquer.
En échange, l’UE s’est engagée à supprimer ses propres droits de douane sur les importations américaines (qui s’élèvent en moyenne à 4,8%), ce qui nécessite l’accord du Parlement européen.
De son côté, la Commission européenne a déclaré dimanche attendre des États-Unis qu’ils respectent cet accord commercial, alors que Donald Trump a décrété une nouvelle taxe douanière mondiale de 10%, qu’il a ensuite portée à 15%.