
Lors du lancement du Grenelle des violences conjugales à Matignon, en présence de plus d’une dizaine de ministres et d’environ 80 invités, notamment des associations de défense et d’aide aux femmes victimes, le chef du gouvernement a expliqué que 5 millions d’euros supplémentaires allaient être débloqués pour créer à partir du 1er janvier 2020 1.000 nouvelles places d’hébergement et de logement d’urgence destinées aux femmes victimes de violences conjugales.
Ces places, qui s’ajouteront aux quelque 5.000 existantes, se déclineront en 250 places “dans les centres d’hébergement d’urgence, pour assurer des mises en sécurité immédiates”, et 750 places de “logement temporaire”, pour des périodes comprises entre 6 mois et un an, a précisé le chef du gouvernement.
M. Philippe a également annoncé la généralisation de la “possibilité de porter plainte à l’hôpital”. “Quand une femme se rend aux urgences pour coups et blessures, c’est déjà suffisamment pénible. Si elle doit retourner chez elle avant de porter plainte, elle retrouvera son conjoint qui risque de la menacer”, a précisé le chef du gouvernement. Cette possibilité sera généralisée “à partir du 25 novembre”, date de la fin de ce Grenelle, a-t-il ajouté.
Sur le plan judiciaire, il a annoncé que des “procureurs référents spécialisés” dans les violences conjugales seraient identifiés “dans les 172 tribunaux de France métropolitaine et (d’)outre-mer” et que des chambres d’urgence seraient expérimentées.
“Nous expérimentons ces chambres d’urgence pour que les dossiers soient traités en 15 jours avec une meilleure articulation des différents acteurs judiciaires. La première expérimentation aura lieu à Créteil”, a-t-il précisé.
Il a évoqué en outre une proposition de loi portée par le groupe LREM pour une mise en place effective du “bracelet électronique anti-rapprochement”, y compris “avant toute condamnation” dans le cadre d’un contrôle judiciaire ou d’une ordonnance de protection.
Les associations féministes souhaitent que l’événement débouche sur un “plan Marshall” doté d’"au moins” 500 millions, voire un milliard d’euros, loin des 79 millions d’euros de crédits spécifiquement alloués à cette lutte, selon une étude menée par cinq organisations.
“Ce qu’on attend, c’est des résultats”, a insisté lundi Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes.
Les militantes demandent notamment la création, avant la fin de l’année, d’au moins 2.000 places d’hébergement supplémentaires pour les femmes ayant fui le domicile conjugal, un renforcement de la prévention contre les violences sexistes dès l’école, ou la création d’instances judiciaires spécialisées.
Elles préconisent également de mieux former les policiers et gendarmes qui recueillent les plaintes des femmes victimes, afin d’éviter que celles-ci soient éconduites.
“Confiantes” avant ce Grenelle, les associations se veulent néanmoins “vigilantes”, notamment face au risque que l’événement se résume à une “opération de communication de la part du gouvernement”.

“On ne veut pas un Grenelle des fake news (...) On souhaite que ce qui va être annoncé soit budgété, soit concrètement réalisé. L’attente est énorme. Les 100 femmes qui ont été assassinées (depuis le début de l’année) nous obligent”, a souligné Mme Mailfert.
A la veille du Grenelle, ce chiffre est monté à 101, avec le décès d’une femme de 92 ans dans le Tarn. Son mari de 94 ans est soupçonné de l’avoir rouée de coups de canne.
Quelques dizaines de personnes, en majorité des femmes habillées de noir, ont défilé mardi du cimetière de Grenelle aux abords de Matignon, à l’appel du collectif “féminicide par compagnon ou ex”. “On a déjà les solutions, alors pourquoi faire un Grenelle? C’est un effet d’annonce”, a regretté en tête de manifestation Françoise Le Goff dont la mère est morte sous les coups en 1982.

Derrière deux banderoles de tête de couleur noire, "+féminicides, #violences faites aux femmes” et "#familles de féminicides et #enfants de féminicides”, les manifestants ont marché au son de la marche funèbre de Chopin, certains portant des photos de victimes de violences conjugales.