
Des élus de droite et la filière viande souhaitaient l’interdiction des termes comme steak, burger ou saucisse pour des produits végétariens au nom de la défense des éleveurs.
Le sujet a fait l’objet d’âpres négociations, alors que les alternatives végétales sont en plein essor, particulièrement en Allemagne, le plus vaste marché d’Europe en la matière.
Finalement, un compromis a été trouvé pour réserver les termes de steak, bacon ou foie aux seuls produits carnés.
Les hamburgers veggie et les saucisses végétales pourront garder leurs noms à ce stade.
Ce compromis doit encore être soumis à un vote du Parlement et des Vingt-Sept.
C’est “un premier pas”, a salué l’eurodéputée de droite Céline Imart, une élue française à l’origine de la proposition.
La parlementaire met aussi en avant “l’interdiction d’utiliser l’appellation viande pour tout produit de laboratoire ou tout produit cellulaire”, “une avancée décisive pour nos agriculteurs”.
L’écologiste néerlandaise Anna Strolenberg a, quant à elle, regretté une “liste noire” pour certaines dénominations tout en se réjouissant d’avoir sauvé le “veggie burger”.
Les associations de consommateurs ont dénoncé le compromis trouvé. “Les consommateurs veulent manger plus sainement (...). Les nouvelles règles ne feront qu’accroître la confusion et sont tout simplement inutiles”, a estimé le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC).
La mesure, comprise dans une loi plus large pour renforcer la place des agriculteurs dans la chaîne de valeur, avait enflammé le Parlement européen et au-delà.
Une légende de la musique s’en est mêlée: Sir Paul McCartney. L’ex-Beatles avait pris la plume pour défendre les steaks de soja et autres saucisses de tofu.
Le musicien est un végétarien revendiqué et son épouse, Linda, avait lancé une marque de produits veggie au début des années 90.
En Allemagne, les supermarchés Lidl et Aldi avaient aussi appelé à éviter d’interdire des termes devenus “familiers” chez les consommateurs.
Les éleveurs et la filière viande reprochaient à l’inverse aux alternatives végétales de “brouiller les repères et d’affaiblir la reconnaissance d’un produit brut et 100% naturel”, en “s’appropriant les dénominations de la viande à des fins marketing”.
En France, un décret proposant d’interdire ce type d’appellation avait été pris en 2024 pour apaiser la colère des agriculteurs. Mais il avait été annulé par le Conseil d’Etat fin janvier 2025, dans la foulée d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne.
Au Parlement européen, les eurodéputés avaient rejeté un texte de loi sur le même sujet en 2020.
Mais les équilibres politiques ont changé à Strasbourg, où la droite et l’extrême droite sont sorties renforcées des élections de juin 2024 et revendiquent leur proximité avec le monde agricole.
La mesure suscitait toutefois des divisions dans ces groupes.
L’Allemand Manfred Weber, à la tête de la droite européenne, avait balayé d’un revers de la main la proposition initiale, “pas du tout une priorité”, car “les consommateurs ne sont pas stupides”.
Les produits végétariens imitant la viande ont connu un essor au cours des dernières années, portés par le souci des consommateurs de manger sainement, de protéger les animaux ou de réduire leur empreinte environnementale, les élevages étant de gros émetteurs de CO2.