
Depuis mardi et la vague bleue qui a renversé le Congrès, une douce nostalgie s'est emparée de la jeune génération américaine qui veut voir dans cette victoire démocrate l'émergence d'un nouvel espoir et l'occasion d'enfin tourner la page du trumpisme.
La tendance "Millennial optimism" s'est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos, qui cumulent plusieurs dizaines voire centaines de milliers de vues, réhabilitant les jeans slims, les imprimés moustache et les chansons pop-folk du tournant des années 2010.
Car pour la génération Z (18-29 ans), le scrutin de mardi s'est teinté de l'euphorie qu'avait connue la précédente, les millenials, lors de l'élection en 2008 de Barack Obama, porté par cet électorat jeune, empreint d'une positivité presque naïve et qui votait alors pour la première fois.
"Cette nouvelle vague bleue me rend très optimiste", résume pour l'AFP Aliyah Baddely, 20 ans, qui espère voir les changements promis par Amy Acton, élue au poste de gouverneure dans l'Ohio, notamment en matière d'éducation et de régulation des centres de données.
Pour Alberto Medina, responsable de la communication d'un centre de recherche rattaché à la Tufts University, les deux scrutins sont comparables par "la grande vague démocrate portée par les jeunes électeurs".

La députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, réélue mardi dans un district de New York, était de cette génération Obama.
"Imaginez tous les sièges que nous avons fait basculer la nuit dernière (...) Parce que vous l'avez fait la toute première fois que vous avez voté, vous vous dites : "Oui, on peut changer le monde"", s'est-elle souvenue mercredi dans une vidéo publiée sur Instagram.
Caleb Varns tire la comparaison avec le scrutin de mardi, qui a notamment amené au Congrès le premier sénateur musulman, Abdul El-Sayed, et le premier sénateur gay, Chris Pappas.
Cet étudiant de 22 ans perçoit dans ces nouvelles têtes "un sentiment d'espoir", dépassant le simple rejet du trumpisme.

Lors de ces élections de mi-mandat, 65,5% des 18-29 ans ont voté démocrate contre 30,6% républicain, et 16% des jeunes qui avaient voté pour Trump en 2024 ont cette fois choisi un démocrate, selon une analyse de l'AFP des données du NORC Civic Health & Elections Project.
Alberto Medina voit toutefois plus dans ce vote "une sorte de mécontentement de la Gen Z que de "Millenial optimism"", chez une génération marquée par "une grande méfiance à l'égard du système politique".
"Depuis deux ans, rien dans ma vie n'a été mieux. Je pense que beaucoup d'Américains partagent le même point de vue", confirme Caden Ferguson, 22 ans.
Si lui a voté démocrate, plusieurs personnes dans son entourage se sont abstenues, considérant que "les deux partis sont corrompus".
Pour Alyssa Schick, ces élections ont constitué un "référendum majeur sur l'état actuel" des États-Unis. "C'est un répit que le pays attendait", se réjouit cette étudiante de 23 ans, originaire de Pennsylvanie.
Mais pour cette génération qui nourrit un sentiment de vertige face à l'avenir, entre dérèglement climatique et menace de l'intelligence artificielle sur l'emploi, rien n'est gravé dans le marbre.
"L'une des caractéristiques des jeunes électeurs, c'est qu'ils ne sont pas attachés à un parti ou un candidat", affirme Alberto Medina.
En 2024, pour ses premières élections, Isabella Lorentz avait voté républicain parce que ses parents "votaient comme ça".
Deux ans plus tard, après s'être un peu mieux "construite en tant que personne", elle a choisi de voter "moitié/moitié", les Américains devant choisir plusieurs élus à chaque scrutin.
"Ce que les républicains ont fait, ça n'a pas été la meilleure chose. Donc j'estime que nous avions besoin d'un peu de changement", résume la jeune femme.
Mais elle le reconnaît aussitôt : "Je changerai encore si j'ai l'impression que les choses ne bougent pas assez et qu'il faut plus de changement".
Si cette jeune génération n'obtient pas ce qu'elle souhaite, approuve Alberto Medina, elle pourrait "faire des choix totalement différents en 2028".