Figure du syndicalisme américainDolores Huerta est morte à 96 ans

AFP
La syndicaliste Dolores Huerta, qui a changé la vie de milliers de travailleurs immigrés aux États-Unis et laissé une empreinte durable sur la politique du pays, est morte à 96 ans, a annoncé mercredi sa famille.
La syndicaliste américaine Dolores Huerta en Californie, le 21 juillet 2025
La syndicaliste américaine Dolores Huerta en Californie, le 21 juillet 2025
© AFP/Archives

"Nous savons que beaucoup d'entre vous, à travers le monde, partagent notre deuil", ont expliqué ses proches sur Instagram. Un porte-parole a confirmé à l'AFP qu'elle s'est éteinte des suites d'un cancer.

Cette Américaine d'origine mexicaine, cofondatrice d'un des syndicats les plus importants du pays, était une figure de la lutte pour les droits civiques. Elle a passé sa vie à défendre les travailleurs agricoles, souvent issus de l'immigration aux États-Unis.

C'est elle qui a forgé le slogan "Sí se puede" dans les manifestations paysannes en Californie, avant qu'il ne soit adapté des décennies plus tard par Barack Obama en "Yes we can" pour conquérir la Maison Blanche en 2008.

"Dolores était une héroïne pour moi", a réagi mercredi l'ancien président américain sur Facebook.

Elle s'est battue pour que les ouvriers agricoles obtiennent le droit de se syndiquer et a cofondé en 1962 ce qui allait devenir le syndicat United Farm Workers avec Cesar Chavez.

L'organisation, qui reste le syndicat agricole le plus influent des États-Unis, a été secouée au début de l'année par des accusations de viol à l'encontre de M. Chavez remontant aux années 1970.

À cette occasion, Mme Huerta a révélé qu'il l'avait également violée, et qu'elle avait gardé le silence, même après sa mort en 1993, par peur de détruire l'héritage de leurs luttes syndicales.

Marches spectaculaires

Dolores Huerta le 2 juin 2026 à Los Angeles, en Californie
Dolores Huerta le 2 juin 2026 à Los Angeles, en Californie
© GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP/Archives

Dolores Huerta et Cesar Chavez ont à l'époque organisé des grèves, des marches spectaculaires vers le parlement de Californie et un boycott national du raisin pour protester contre les mauvaises conditions des travailleurs agricoles et leur exposition aux pesticides.

Cette mère de 11 enfants de trois pères différents a aussi rejoint le combat pour le droit à l'avortement aux côtés d'Angela Davis ou Gloria Steinem. 

Arrêtée plus de vingt fois, tabassée et grièvement blessée par la police lors d'une manifestation à San Francisco en 1988, elle se tenait aussi vingt ans plus tôt sur un podium aux côtés de Robert Kennedy quelques minutes avant son assassinat.

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a ordonné mercredi de mettre les drapeaux de l'État en berne.

"Dolores représentait ce qu'il y a de meilleur en nous", a estimé le démocrate, dans un communiqué publié en anglais et en espagnol. "La Californie — et les États-Unis — ne seraient pas ce que nous sommes aujourd'hui sans son esprit résolu, sa passion pour la justice et l'équité, et son engagement envers celles et ceux qui sont oubliés et laissés pour compte."

"Son héritage ne réside pas seulement dans ce qu'elle a accompli, mais aussi dans les personnes qui suivent ses pas (...) et continuent de créer un monde meilleur", a ajouté M. Newsom, vu comme un potentiel candidat démocrate à la présidentielle 2028.

Ces hommages appuyés ont été relayés par d'autres figures de la gauche américaine, comme l'ex-président Bill Clinton, qui a salué une "défenseure inlassable des travailleurs américains".

Nancy Pelosi, l'ex-cheffe de file des démocrates au Congrès a rappelé que la syndicaliste "avait inspiré des générations d'Américains à croire au pouvoir de l'action collective".

Militante jusqu'au bout

Dolores Huerta le 30 novembre 2025 à Los Angeles en Californie, aux États-Unis
Dolores Huerta le 30 novembre 2025 à Los Angeles en Californie, aux États-Unis
© GETTY IMAGES NORTH AMERICA/Getty Images via AFP/Archives

Dolores Huerta n'a jamais abandonné le militantisme. Même dans ses dernières années, elle était encore active via sa fondation située à Bakersfield, dans le cœur agricole de la Californie.

Après le retour de Donald Trump au pouvoir l'an dernier, elle appelait à préparer les élections de mi-mandat, qui auront lieu mardi, pour faire basculer le Congrès américain côté démocrate.

L'offensive anti-immigration menée par le président américain est "absolument atroce", avait-elle confié à l'AFP en juillet 2025.

Pour elle, les pulsions racistes auxquelles elle s'est heurtée en tant que jeune dirigeante syndicale n'ont jamais disparu.

"Je crois que cette maladie qu'est le racisme est ce qui a vraiment contaminé notre système politique", estimait-elle. "Trump exploite en réalité ce racisme lorsqu'il continue à placer des immigrants, principalement des personnes de couleur, dans des centres de détention."

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