Rats, cafards, insalubritéDes détenus de la prison de Metz témoignent

Anaïs Riffi
Cellules insalubres et suroccupées : Plusieurs détenus dénoncent des conditions de détention alarmantes dans un établissement confronté à la surpopulation carcérale. L’administration pénitentiaire conteste certaines accusations et met en avant les travaux engagés.
© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN/AFP

On vit avec les rats, les cafards et des douches insalubres. Depuis leur cellule de 9 m², plusieurs détenus du centre pénitentiaire de Metz-Queuleu décrivent des conditions de détention qu’ils jugent inacceptables. Insalubrité, nuisibles, accès limité à certains équipements : leurs témoignages font état d’un quotidien difficile au sein d’un établissement confronté à une importante surpopulation carcérale.

Au 1er avril 2026, la France comptait 88.145 détenus, un chiffre inégalé jusque là, pour 63.353 places opérationnelles dans les établissements pénitentiaires, ce qui porte à 139% le taux de suroccupation des prisons selon les statistiques du ministère de la Justice. La France figure parmi les très mauvais élèves en Europe, seules la Slovénie et Chypre présentant des taux supérieurs mais avec des populations bien inférieures.

Dans ce contexte, 7.540 détenus étaient à cette date contraints de dormir sur un matelas au sol dans une cellule déjà occupée par d'autres personnes, contre 4.752 un an auparavant. Et la prison de Metz-Queuleu ne fait pas exception.

Sollicitée par RTL Infos, l’administration pénitentiaire réfute certaines accusations et met en avant les travaux engagés pour améliorer les conditions de détention.

Des douches vétustes

Le pire, c’est la douche”, affirme Patrick*, qui dit avoir pris “perpète” dans le jargon carcéral (NDLR : plus de dix ans d’emprisonnement). On se croirait dans un lieu abandonné.
Les photos et vidéos transmises à RTL Infos, dont l’authenticité a pu être vérifiée, montrent des installations dégradées : peinture écaillée, câbles apparents, traces d’humidité ou encore canalisations obstruées.

Selon plusieurs détenus interrogés, ces dégradations seraient liées à des infiltrations d’eau et à un manque d’entretien. Patrick affirme que sur son étage, cinq douches sont théoriquement accessibles, mais que seules deux fonctionneraient actuellement.

Insalubrité et vétusté des douches à la prison de Metz-Queuleu

Il y a souvent des remontées d’eau. Nos pieds baignent dans la saleté, il faut y aller en claquettes”, assure-t-il. Sur l’une des vidéos consultées par RTL Infos, des traces pouvant s’apparenter à du sang apparaissent au sol.

L’administration pénitentiaire confirme que des travaux de remise en état sont actuellement en cours sur une vingtaine de douches. 

“On demande un minimum de dignité”

Éric* et Khalil, anciens détenus ayant récemment purgé leur peine, tiennent un discours similaire. “On assume nos actes, mais on reste des êtres humains. On demande un minimum de dignité.” Les deux hommes dénoncent également un accès à l’hygiène qu’ils jugent insuffisant.

Selon leurs témoignages, les détenus majeurs disposent de trois douches par semaine.
Si tu fais du sport et que tu as dépassé ton quota, tu te laves au lavabo. J’ai déjà supplié pour pouvoir me doucher”, affirme Patrick.

L’administration pénitentiaire confirme que les détenus majeurs ont accès à trois douches hebdomadaires, mais précise qu’une douche supplémentaire est autorisée après chaque activité sportive. Elle indique également que le plan canicule prévoit des accès supplémentaires en période de fortes chaleurs.

Cafards, mites et rats

Dans sa cellule de 9 m² qu’il partage avec un autre détenu, Patrick estime malgré tout être “chanceux”. “Certains sont trois dans la même cellule. Nous, c’est presque du luxe”, ironise-t-il.
Selon lui, les nuisibles font partie du quotidien.
Les cafards sont chez eux. On vit avec eux. Les matelas sont infestés de mites. On a signalé le problème, mais on n’a jamais eu de réponse.

Les détenus interrogés affirment également observer régulièrement des rats dans les cours de promenade.
On envoie les vidéos à nos familles. Les rats font partie de notre quotidien. Ce sont des prisonniers comme nous, sauf qu’eux n’ont pas conscience d’être enfermés”, ajoute les détenus.

L’administration pénitentiaire assure mener une lutte régulière contre les nuisibles. Selon elle, près de 200.000 euros ont été investis en 2025 dans des opérations de traitement contre les cafards, mites et punaises de lit. Quelque 15.000 euros auraient également été consacrés à des opérations de dératisation.

Activités, coiffure et restrictions

Plusieurs détenus dénoncent également des dysfonctionnements dans certaines activités proposées. “Le professeur ouvre la salle puis reste dans son coin à regarder la télévision”, affirme Patrick passé par la cour d’assises.
Selon plusieurs témoignages, seules quatre des neuf machines présentes dans la salle de sport seraient actuellement en état de fonctionner.

L’administration pénitentiaire indique de son côté que le centre dispose de cinq espaces sportifs et que les équipements font l’objet de contrôles réguliers. Les appareils défectueux seraient remplacés chaque année.
D’autres critiques concernent l’accès à la coiffure.

Il faut cantiner une tondeuse. Sinon, au bout de quelques semaines, vous ressemblez à Robinson Crusoé”, ironise Patrick. Selon plusieurs détenus, la salle de coiffure serait actuellement fermée.

L’administration confirme que des travaux sont en cours afin d’aménager et d’équiper une salle dédiée. À terme, un détenu devrait être affecté à la fonction d’auxiliaire coiffeur. Dans l’attente, les personnes détenues peuvent acheter ou emprunter une tondeuse.

Certains détenus affirment également risquer des sanctions disciplinaires lorsqu’ils contestent certaines décisions.
Si vous vous plaignez trop, c’est le mitard”, affirme Khalil. Cette accusation n’a pas pu être vérifiée

Une prison surpeuplée

Au-delà des témoignages recueillis, le centre pénitentiaire de Metz-Queuleu fait face à une importante surpopulation carcérale.
Selon les chiffres communiqués par l’administration pénitentiaire, l’établissement accueillait, au 8 juin 2026, 688 personnes détenues pour une capacité opérationnelle de 480 places, soit un taux d’occupation de 143 %. Dans le quartier maison d’arrêt pour hommes, ce taux atteignait 158 %.

Les détenus interrogés dénoncent également certaines limitations concernant les produits disponibles à la cantine. “On a droit à douze bouteilles d’eau toutes les deux semaines. Ceux qui n’ont pas d’argent boivent l’eau du robinet”, affirme Patrick.
Éric évoque également des restrictions sur certains produits du quotidien. “Un cintre par mois, une boîte de sauce tomate par semaine, douze œufs tous les quinze jours ou encore deux paires de baskets par an.

L’administration pénitentiaire affirme pour sa part que la quantité d’eau pouvant être commandée a récemment été augmentée, passant de 18 à 27 litres par personne et par semaine. Elle précise également que certaines limitations visent à éviter le surencombrement des cellules.

© PATRICK HERTZOG/AFP

Elle rappelle enfin que les détenus sans ressources financières suffisantes peuvent bénéficier d’aides matérielles, notamment pour l’hygiène, l’équipement ou l’accès à certains services.

La France régulièrement condamnée

À plusieurs reprises, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour des conditions de détention jugées indignes, notamment en raison de la surpopulation carcérale et de l’insalubrité de certains établissements.

En 2020, la Cour de cassation a également reconnu la possibilité pour un détenu de contester ses conditions de détention lorsqu’elles portent atteinte à sa dignité.

*Les prénoms des détenus ont été modifiés.

Back to Top
CIM LOGO