Deuxième porte-avions à propulsion nucléaire français, c’est le plus grand navire militaire jamais construit en France. “Il sera de 310 mètres de long. Il déplacera 80.000 tonnes. Il disposera de deux réacteurs nucléaires. Il représentera un tonnage 1,8 fois supérieur à celui du Charles de Gaulle. Ces chiffres disent la dimension de l’ambition qui est la nôtre”, a pointé Emmanuel Macron, mercredi sur le site de construction des chaufferies nucléaires du futur porte-avions à Indre, près de Nantes.
Le futur porte-avions sera capable de catapulter et récupérer des avions en même temps, un gain considérable “en termes de capacité opérationnelle”, souligne la présidence. Avec trois rails de catapulte, au lieu de deux actuellement, il maximisera aussi la capacité d’envol des 40 aéronefs embarqués. Il pourra accueillir 30 avions de combat, deux avions de guet aérien, six hélicoptères, des drones, le nouveau défi militaire révélé par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, mais aussi tous les types d’avions du futur.

Le “France Libre” sera servi par 2.000 marins et aura une durée de vie d’environ 45 ans. Ce nouveau fleuron, qui représentera 10 milliards d’euros d’investissements sur 20 ans et qui doit permettre la création de près de 14.000 emplois, est d’ores et déjà paré de tous les superlatifs.
Un bémol toutefois: la technologie électromagnétique des futures catapultes relèvera de l’américain General Atomics, source de vulnérabilité potentielle dans un monde aux rapports de forces exacerbés.
“Pour lui, pour nous, l’esprit français, c’est un esprit de résistance. C’est une volonté que rien n’arrête. Volonté de résister pour demeurer libre. Volonté irréductible, invincible”, a déclaré le président français en référence à la résistance à l’Occupation allemande pendant la Seconde guerre mondiale.
La “France libre” est celle qui a continué le combat contre l’Allemagne nazie malgré l’armistice signée entre les deux pays, répondant à l’appel lancé par Charles de Gaulle depuis Londres le 18 juin 1940.

“Cette volonté de rester libre, c’est celle de l’indépendance coûte que coûte”, y compris “industrielle, technologique et d’innovation militaire”, a ajouté Emmanuel Macron.
“Pour rester libres, il nous faut être craints. Pour être craints, il nous faut être puissants”, a-t-il martelé au côté de la maquette du futur géant des mers, alors que la France s’apprête à doubler son budget militaire en dix ans.
Le président français a donné le feu vert à la construction de ce porte-avions de nouvelle génération en décembre, concrétisant un projet en gestation depuis 2018. Restait à lui donner un nom pour marquer l’étape du début de la construction.
Le chef de l’Etat a opté pour un choix inédit, les derniers porte-avions ayant tous porté des grands noms de l’histoire politique et militaire française, Charles de Gaulle, Georges Clemenceau ou le maréchal Foch.
Ce nouveau chantier ambitieux s’inscrit dans l’effort continu de défense et souveraineté porté par le président français, à l’image de son récent discours sur la dissuasion nucléaire, qui marque l’augmentation de l’arsenal français et une coopération avec huit pays européens.
Seuls deux pays au monde disposent de porte-avions nucléaires, les Etats-Unis (11 bâtiments) et la France. La Chine et l’Inde ont des bâtiments à propulsion classique et les autres (Royaume-Uni, Italie...) sont équipés de porte-aéronefs à décollage vertical, moins performants.
Emmanuel Macron, qui a présidé mercredi un Conseil de défense sur le sujet, a aussi réitéré son appel à adopter d’ici au 14 juillet la rallonge budgétaire à la loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit actuellement 413 milliards d’euros.
Il réclame 36 mds d’euros de plus d’ici 2030 pour les armées, dont une rallonge de 3,5 mds dès cette année et une autre de 3 mds l’an prochain.
Cette indépendance doit aussi être européenne, avec “une Europe qui produit”, “finance de la défense” et une “vraie préférence européenne”, a-t-il insisté, là où nombre de pays de l’UE achètent encore largement américain.
“Nous devons aussi mobiliser plus de financements privés et d’épargne de nos compatriotes”, a-t-il insisté.