Un montant à 5 chiffresUne huissière de justice a failli être victime d'une arnaque au président

Pit Everling
adapté pour RTL Infos
Il y a un peu plus de deux ans, Caritas a été victime d’une fraude au président, qui a permis à des escrocs de détourner plus de 60 millions d’euros.
© Pit Everling

Après le détournement de plusieurs millions d’euros chez Caritas, ce que l’on appelle "l’arnaque au président" est désormais connue d’un plus large public au Luxembourg. Ce type d’escroquerie continue toutefois de sévir au Grand-Duché et touche des secteurs très divers. En témoigne le cas d’une étude d’huissier de justice luxembourgeoise, qui a récemment failli être victime de cette fraude.

Le nom de l’étude et celui de l’avocat existent vraiment

Tout a commencé par un appel téléphonique, nous explique Christine Kovelter, huissière de justice. Un matin, son étude a reçu l’appel d’un homme utilisant un numéro français, qui souhaitait parler à une comptable au sujet d’une affaire hautement confidentielle : "Il s’est immédiatement présenté comme étant une certaine personne, Maître Untel, travaillant pour une importante étude française. Cette étude existe bel et bien. Et cet homme existe lui aussi."

L’e-mail de la responsable ne venait pas de la responsable

L’homme voulait savoir si l’e-mail n’était pas encore arrivé. Il n’y avait aucun mail, mais son objectif était, par ce biais, d’obtenir l’adresse électronique personnelle de l’employée. Il y est parvenu et, peu après, cette comptable francophone a reçu un e-mail rédigé en français qui semblait provenir de sa responsable : "L’expéditeur affiché était info@huissier-kovelter.lu, ma véritable adresse e-mail, mais l’adresse électronique réelle était christine.kovelter@email.com. Et donc, oui, le message contenait toutes ces informations. Elle était censée virer un certain montant, une somme à cinq chiffres."

L’e-mail indiquait qu’il s’agissait d’une opération financière liée à l’acquisition d’une société. La comptable concernée aurait été désignée comme interlocutrice et, pour des raisons de confidentialité, les échanges devaient se faire exclusivement via une adresse e-mail personnelle.

Par la suite, de nouvelles pressions ont été exercées par téléphone et un autre faux mail, contenant prétendument des instructions de la responsable, est arrivé pour demander que le virement soit effectué : "Il y était écrit : 'Veuillez virer cet argent, s'il vous plaît' Peu après, l’homme a rappelé et elle lui a alors expliqué qu’il y avait un petit problème : 'Je ne peux virer qu’un certain montant.' En fait, elle a bien la possibilité d’effectuer des virements pour moi, mais ceux-ci sont limités à un certain montant. À ce moment-là, il a commencé à se montrer un peu plus agressif et à faire différentes propositions, à suggérer différentes options."

Les collaborateurs sont devenus méfiants lorsque l’homme s’est montré agressif

C’est à ce moment-là que les employés de l’étude ont commencé à se poser des questions et que toute l’opération a été interrompue. Christine Kovelter explique qu’elle n’était pas joignable ce matin-là et qu’elle n’a appris toute l’affaire que l'après-midi. Heureusement, les employés n’avaient pas effectué le virement : "Il s’agissait tout de même d’un montant à cinq chiffres, mais les sommes qui se trouvent sur notre compte ne nous appartiennent pas toujours. Il y a notamment des personnes qui remboursent leurs dettes, et je dois ensuite transférer cet argent. Cela aurait donc pu avoir de graves conséquences."

Dans son secteur d'activité, l’arnaque au président n'est pas un cas isolé. Dès le lendemain, une tentative similaire a visé l’un de ses confrères. Pour l’étude, cet incident a montré qu’il fallait faire preuve d’encore davantage de prudence et de vigilance. Christine Kovelter va désormais déposer plainte auprès de la police.

Chez Caritas, ce sont plus de 60 millions d’euros qui ont été détournés il y a un peu plus de deux ans au moyen de ce qu’on appelle l’arnaque au président.

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