
En France, un projet de loi bioéthique, qui autorise désormais toutes les femmes à avoir recours à une PMA, une procréation médicalement assistée, y compris les femmes célibataires et les couples lesbiens, a été adopté fin juin. C'était une promesse électorale d'Emmanuel Macron. Les couples lesbiens seront donc reconnus comme parents officiels. Quelle est la situation au Luxembourg? Une femme célibataire peut-elle recevoir une fécondation in vitro? Est-ce remboursé par la Caisse nationale de Santé?
La France est le onzième pays de l'Union européenne à autoriser toutes les femmes à avoir recours à la PMA. Le Luxembourg en fait aussi partie, même si le Grand-Duché est le seul Etat de l'UE sans véritable loi sur la procréation médicalement assistée. Au Luxembourg, nous nous basons sur un règlement grand-ducal de 2003, explique le docteur Marc Peiffer, qui fait partie de l'équipe du CHL:
"Nous ne travaillons pas sans cadre, nous ne travaillons pas sans règle. Nous recevons du ministère une autorisation pour les choses que nous pouvons faire. Et ce ne serait évidemment pas nécessairement une mauvaise chose, si un véritable cadre légal était créé à un moment donné, une loi de bioéthique, comme les Français viennent d'en obtenir une et si le législateur disait pour de bon, voilà, ça, ça va et ça, ça ne va pas."
Au Grand-Duché, des couples lesbiens ou des femmes célibataires peuvent donc aussi se rendre au CHL pour recevoir une insémination artificielle. Mais il y a plusieurs critères à remplir:
"Dans les traitements classiques, nous avons plusieurs limitations. Par exemple, la fécondation in vitro est remboursée jusqu'à 43 ans. C'est au fond l'unique limite que met la Caisse nationale de Santé, l'âge de 43 ans."
Par ailleurs, pour les couples qui ont besoin des cellules d'un donneur, il y a encore une autre obligation, celle de rencontrer un psychologue. Cela concerne aussi bien des couples lesbiens, qui ont besoin de sperme, que des couples hétérosexuels, dont les propres cellules ne sont pas utilisables pour une raison ou une autre:
"Pas parce que nous pensons que ces couples ont un problème psychologique, mais simplement pour leur donner des clés pour les questions qui pourront ensuite surgir chez les enfants. "D'où je viens?", "Comment cela s'est passé à l'époque?". Afin qu'ils soient déjà un peu amenés sur la voie de la manière de traiter au mieux ces questions."
Les demandes de PMA sont en hausse. Ce n'est pas seulement une question de croissance démographique, mais aussi de problèmes de fertilité. D'une part, les femmes font des enfants de plus en plus tard et d'autre part, chez les hommes, la qualité du sperme a nettement diminué au cours des dernières décennies. Des causes possibles sont les effets environnementaux et le stress, explique le docteur Peiffer. Combien d'enfants sont nés d'une PMA au Luxembourg?
"Il y a grosso modo 300 cycles d'inséminations, 700 cycles de fécondations in vitro. Et ensuite 500 "transferts d'embryons congelés" ont été réalisés. Cela signifie que dans une fécondation in vitro (FIV), il y a un ovule qui est fécondé par du sperme et ensuite nous obtenons un embryon.Et quand il y a plus d'un embryon, l'un est fraîchement implanté et les autres peuvent être congelés et ensuite, ils sont décongelés au fur et à mesure et peuvent être implantés à un autre moment. Environ 340 enfants sont venus au monde par FIV en 2019."
Et ce, sur une moyenne de 6 000 naissances par an. Le Luxembourg ne dispose pas de sa propre banque de sperme. La plupart des dons proviennent du Danemark. Bien sûr, ce serait bien si le Grand-Duché avait sa propre banque de sperme, mais il y a une bonne raison pour que ce ne soit pas le cas.
"Le problème, qu'il faut garder à l'esprit, c'est que dans une banque de sperme, il y a un certain nombre de donneurs, pour lesquels le couple qui reçoit le sperme ne sait pas qui d'autre obtiendra éventuellement le sperme du même donneur. Et les grandes banques de sperme internationales font très attention à ne pas transmettre 20 fois le sperme du même donneur au Luxembourg en un an."
Sur un petit territoire cependant, nous n'aurions pas forcément des centaines de donneurs et donc il faudrait utiliser le sperme du même donneur pour x couples et ce ne serait pas bien. Beaucoup d'enfants seraient demi-frères ou demi-sœurs, mais sans le savoir, explique le docteur Marc Peiffer.