
"Parfois ça va très vite!", lance Patrick Dury, président du LCGB, sans crier victoire à l'issue de la tripartite aviation qui s'est tenue ce lundi au ministère de la Mobilité à Luxembourg-Kirchberg alors que 800 salariés manifestaient devant la porte.
Aux yeux du président du syndicat majoritaire chez Luxair "c'est une solution à la luxembourgeoise", car "on est arrivé à un compromis qui prend en compte les intérêts vitaux des salariés et on a un résultat".
Entre les partenaires sociaux, il y a eu une "discussion très constructive" durant deux heures, ont attesté toutes les parties lors de la conférence de presse qui s'est tenue dans la foulée.
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"Toutes nos revendications ont été prises en compte ce matin: la fin du chômage partiel, la fin du plan de maintien dans l'emploi, le classement définitif des gens en CDR (Cellule de reclassement) ou en plan temporaire de main-d'œuvre (69 salariés concernés), le maintien des préretraites en 2023 (44 personnes de la classe d'âge 1966 concernées) et le gel des salaires qui a été supprimé à la date du 1er janvier 2023", résume Patrick Dury.
Gilles Feith, le directeur général de Luxair annonce qu'avec cette tripartite "le chapitre Covid est bouclé. Avec la suppression du plan de maintien dans l'emploi, c'est une suite logique que nous cessions le gel des salaires".
Les mesures levées ce lundi 26 septembre avaient été prises lors de la tripartite de novembre 2020 en pleine pandémie Covid. Le gel des salaires avait alors été acté jusqu'en date du 31 décembre 2023. Le patron de Luxair souligne toutefois que la mesure aura un coût pour l'entreprise: "Près de 4 millions d'euros, que nous allons digérer", positive-t-il.
Mais "la situation a évolué de telle sorte qu'on doit adapter l'accord", explique Georges Engel, ministre du Travail, en faisant référence à la reprise inattendue et subite du trafic aérien au printemps qui a pris la direction de court et contraint les salariés à une grande flexibilité.

Gilles Feith a "bien travaillé ensemble avec les syndicats ce matin", constate François Bausch, ministre de la Mobilité. Il souligne que "ce n'est pas le gouvernement qui a proposé d'abandonner le gel des salaires, c'est la direction générale de Luxair".
Un geste du management que salue le ministre de la Mobilité qui "est bien, et démontre aussi qu'on est dans un équilibre très fragile, qu'il faut veiller à l'évolution de la situation d'année en année, et que l'aspect social prédomine toujours chez Luxair". Rappelons que l'État luxembourgeois est l'actionnaire majoritaire de Luxair avec 39,05% des parts.
Si l'entente en tripartite annule des décisions Covid dépassées, bien des sujets comme les conditions de travail pénibles dénoncées par les salariés restent sur la table.
Patrick Dury relève "l'engagement fort pour améliorer le dialogue social" du conseil d'administration qui avait nommé il y a quatre jours l'ancien Procureur général d'État, Robert Biever, pour assurer le rôle de médiateur.
"On doit voir comment régler les doléances, pas à pas, pour que l'entreprise atteigne le niveau où nous voulons être dans dix ans", glisse Gilles Feith. Car son objectif est clair: "moderniser l'entreprise pour survivre dans un contexte féroce" et "parvenir à s'autofinancer". Parmi les grandes pistes évoquées, Luxair devra investir dans une flotte moins énergivore, mais a "aussi besoin d'une solution dans le cargo".
Le contrat d'exploitation du Cargocenter conclu pour trente ans arrive à échéance dans trois mois. LuxairGroup va-t-il céder sa branche fret aérien ? Une question qui taraude en interne les 1.250 salariés de LuxairCargo, mais "il y aura une clause dans le cahier des charges qui dit que celui qui gagne l'adjudication européenne pour exploiter le CargoCenter devra respecter la convention collective sectorielle de l'aviation. Ce qui donne déjà une garantie aux salariés qui n'ont pas besoin de se soucier d'une dégringolade sociale", rassure François Bausch.
Son ministère émettra le cahier de charges de l'offre de marché, mais "c'est celui qui offre les meilleures conditions qui gagnera", prévient le ministre sans exclure une offre de Luxair.
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