
Faut-il convoquer l'ancien ministre de l'Immigration et de l'Asile, Jean Asselborn, devant la commission parlementaire des Affaires intérieures afin qu'il soit interrogé au sujet de l'affaire de fraude à l'immigration ? Si cela ne tenait qu'aux Pirates, la réponse serait oui, mais il semble toutefois plutôt improbable que cela se produise.
Cette affaire d'immigration illégale porte sur des soupçons de corruption, de falsification de documents, d'escroquerie aux subventions et de trafic de migrants. De faux titres de séjour ainsi que de fausses autorisations de travail auraient été délivrés. Le député pirate Marc Goergen, qui a demandé que Jean Asselborn soit entendu par la commission parlementaire, n'accuse pas l'ancien ministre d'avoir participé à ces agissements criminels. Il estime toutefois que la question de la responsabilité politique se pose.
"Depuis quand, au sein du gouvernement précédent, le ministre était-il au courant de l'existence de tels faits ? Car il y a déjà eu auparavant des perquisitions et des dénonciations, ce qui signifie que tout cela devait être connu. Et ce n'est que la partie émergée de l'iceberg, car, d'après ce qui nous a été dit, d'autres ministères sont probablement aussi impliqués. Il s'agit donc maintenant de garantir un maximum de transparence."
Selon Marc Goergen, si Jean Asselborn avait la conscience tranquille et rien à cacher, il viendrait certainement avec plaisir à la Chambre pour fournir des explications. Reste toutefois à savoir si l’ancien ministre LSAP sera effectivement convoqué. On peut en douter fortement. La présidente de la Commission parlementaire des Affaires intérieures, la députée CSV Stéphanie Weydert, rappelle que la justice est saisie du dossier et que la Chambre ne souhaite pas influencer l’enquête en cours. Comme le Parlement entre maintenant dans sa pause estivale, la demande ne sera de toute façon soumise au vote qu’au plus tôt en septembre.
Concernant les autorisations de travail, Marc Goergen affirme que, si cela dépendait de son parti, toutes les personnes demandant l’asile au Luxembourg auraient le droit d’exercer un emploi rémunéré dès leur premier jour de présence dans le pays.
On peut peut-être trouver quelque peu ironique que les Pirates soient particulièrement critiques dans cette affaire d’immigration, alors que l’affaire concernant l’application de traduction MALT n’a toujours pas été tranchée sur le plan judiciaire. Cette application devait être développée par le Parti pirate pour le compte de l’Office national de l’accueil (ONA), mais, bien que des fonds aient été versés, elle n’a jamais été prête à être utilisée. Marc Goergen, pour sa part, ne voit là aucune contradiction.
"Premièrement, c’est moi qui ai déposé la demande et je n’ai rien à voir avec le dossier MALT. Deuxièmement, je n'ai pas connaissance qu’un quelconque membre des Pirates soit corrompu ou ait laissé passer des dossiers contre de l’argent."
Dans le dossier MALT, c’est surtout l’autre député pirate, Sven Clement, qui est visé. Celui-ci n’a toutefois pas été impliqué dans la demande visant à inviter Jean Asselborn à la Chambre.
"Non, je n’ai pas demandé l’avis de Sven Clement avant de déposer une demande pour convoquer le ministre Asselborn devant ma commission."
Il n’y aurait d’ailleurs aucune raison de le faire.
"Je suis membre de cette commission, ce qui signifie que j’y fais mon travail comme je le fais depuis des années. Je fais ce que je considère être juste."
Sven Clement partage d’ailleurs ce point de vue lorsqu’il est interrogé à ce sujet. Les Pirates précisent également qu’ils n’ont plus eu de nouvelles de l’affaire MALT depuis que l’on a appris, au milieu de l’année dernière, que le Parquet européen avait saisi près de 24.000 euros sur les comptes du parti.
Par ailleurs, le ministre Léon Gloden a informé la Commission parlementaire des Affaires intérieures que la société Resultance réalisera un audit du département chargé des ressortissants de pays tiers au sein de la Direction de l’Immigration.