
Lundi, l'Observatoire européen du climat a présenté son rapport pour l'année 2023. L’une de ses conclusions est que "le continent européen se réchauffe le plus rapidement, et ce de 0,5 degré par décennie. La moyenne mondiale est seulement de 0,2 degré." Cette accélération du réchauffement n'est pas due à des valeurs de CO2 plus élevées, mais, entre autres, aux "conditions météorologiques particulières sur le continent européen" et au fait que, dans le rapport, l'Arctique est inclus dans la zone Europe. L'Arctique est connu pour être la région qui se réchauffe le plus rapidement, explique Andrew Ferrone.

La conséquence de ce réchauffement est "la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes en Europe." Il faudra par conséquent quasiment s'habituer à des chaleurs extrêmes ou des pluies diluviennes, même au Luxembourg. "Parmi les 30 canicules les plus extrêmes mesurées en Europe depuis 1950, 25 l'ont été après l'année 2000 et cinq l'ont été ces cinq dernières années."
Le phénomène s'observe "également au niveau des précipitations." Elles ont augmenté de 7% en 2023. Si l’air est plus chaud, il peut absorber davantage d’humidité. Et comme les mers étaient aussi plus chaudes, davantage d'eau s'est évaporée et il a plu davantage, précise le climatologue. "En cas de pluies très fortes, il y a plus d'énergie dans l'air, les orages deviennent plus forts et les précipitations extrêmes augmentent en Europe et ici au Luxembourg. Mais même s'il ne pleut pas, beaucoup plus d'eau s'évapore des plantes, ce qui signifie que le sol sèche beaucoup plus rapidement et que nous obtenons davantage de sécheresses. Cela semble un peu paradoxal, mais ces deux phénomènes extrêmes se multiplient effectivement."
Le rapport sur l'état du climat en Europe est "un rapport scientifique et par conséquent, il ne fournit pas de recommandations. Des pistes à suivre sont toutefois mentionnées." "Même si le réchauffement climatique peut être limité à 1,5 degré, cela aura un impact sur la nature et sur l’homme." Il faudra "s'adapter." C'est pourquoi le rapport s'intéresse aussi au secteur de la santé. Il faut "prévenir à l'avance les populations de l’arrivée de vagues de chaleur." Des mesures préventives doivent également être prises dans les villes, car on constate très clairement que les villes se réchauffent plus rapidement. Là, les espaces verts jouent un rôle extrêmement important, car les endroits bétonnés se réchauffent beaucoup plus rapidement.
Dans ce contexte, le Luxembourg travaille à un nouveau plan pour l'adaptation aux effets du changement climatique. "Il s'agit d'un plan du gouvernement sur les moyens de s'adapter au changement climatique et à ses conséquences au Grand-Duché." Un premier plan a porté sur les années 2018-2023, le nouveau concernera les 10 années qui viennent. En tant que président de l'Observatoire de la politique climatique au Luxembourg, Andrew Ferrone participe à l'élaboration de ce plan, en même temps que plusieurs ministères. Le plan couvrira plusieurs secteurs, qui vont de la santé à l'agriculture et l'aménagement du territoire en passant par les services de secours et le logement. Il faut également impliquer les citoyens. Une consultation publique devrait avoir lieu cet été, avec à la clé un rapport publié fin 2024, d'après Andrew Ferrone.