
Cela ressemble à un mauvais film d'horreur: sur les routes du Grand-Duché, une inquiétante armée de zombies se déplaçant bizarrement, les yeux dans le vague, et menaçant chaque malheureux qui croise leur route...
Maintenant, donnez à ces zombies un volant et un GSM: le film d'horreur paraît soudain bien réel.
Au Luxembourg, 3.519 conducteurs ont été verbalisés pour l’utilisation du téléphone au volant en 2018. Mais combien de mises en danger d'autrui à cause de ces GSM? Combien de blessés? Combien de morts?
On peut donc se poser une autre question: qu'attend le Luxembourg pour passer la seconde?
Car un peu partout ailleurs, l'inattention au volant est désormais un combat prioritaire. Elle est considérée comme la deuxièmecause d'accidents mortelset graves (derrière la vitesse et devant la conduite sous l'emprise d'alcool ou de stupéfiants).
Mais le Luxembourg traîne des pieds. Ainsi, depuis des années, la Sécurité Routière "souligne son désaccord avec les sanctions peudissuasives et les contrôles de Police insuffisants. L’association se voit dans son rôle de revendiquer une politique répressive et préventive beaucoup plus conséquente." Et ce n'est que récemment que le Luxembourg a enfin reconnu le GSM au volant et autres sources d'inattention comme cause d'accident.
Mais tout n'est pas au point mort. Les contrôles de police s'intensifient, reconnaît l'association. Et dans le plan d’action "sécurité routière 2019-2023", le ministre François Bausch a annoncé vouloir interdire le port d’écouteurs et d’oreillettes, susceptibles de réduire l’attention des conducteurs et d’aggraver encore davantage les sanctions. Et surtout, la perte de 4 points au lieu de 2 en cas de GSM au volant est annoncée courant 2021, précise la Sécurité Routière.
Mais la balle est avant tout dans le camp des automobilistes. Car le pire, c'est que la plupart des fautifs savent qu'ils font une grave erreur. Mais rien à faire: "Malgré une prise de conscience presque exemplaire avec 95% des conducteurs interrogés qui jugeaient dangereux l’utilisation d’un écran au volant, le phénomène ne désemplit pas, bien au contraire." Et il touche aussi bien "monsieur-tout-le-monde" que les chauffeurs de taxis et de bus, les livreurs, les soignants à domicile...
Contacté par RTL 5minutes, le président de la Sécurité Routière Paul Hammelmann constate, lui aussi, que "Le téléphone devient une addiction. Comme une drogue. Moi aussi je suis comme tout le monde, j'ai du mal à ne pas répondre aux messages, à ne pas regarder les notifications... Mais dès qu'on rentre dans une voiture, il faut lâcher le GSM. C'est vital!"
Bref, en attendant que toutes les voitures prennent le volant elles-mêmes grâce à la conduite autonome, "La répression semble être le seul moyen pour dissuader les gens" de quitter la route des yeux pour regarder leur GSM. Et quand la Sécurité Routière elle-même déclare que la punition est plus efficace que la prévention, c'est que les choses sont graves!