Un index plus social ?La solution de Fokus pour réduire l'écart entre petits et gros salaires

Maurice Fick
Fokus veut garder l'indexation automatique des salaires, mais réformer son système d'attribution. Sa solution: créer un "indice social" qui avantagera les petits et moyens salaires, mais désavantagera les revenus de plus de 110.000 € par an.
Frank Engel, porte-parole et Marc Ruppert, président de Fokus.
Frank Engel, porte-parole et Marc Ruppert, président de Fokus.
© Maurice Fick / RTL

À cause de l'inflation cumulée en 2022, "nous serons confrontés à trois tranches indiciaires et il y en aura très vraisemblablement encore deux l'année prochaine. Ce qui fera cinq tranches en deux ans", a résumé ce mardi Frank Engel, porte-parole de Fokus lors de la rentrée politique du jeune parti. Mais comme de son avis les entreprises "ne seront pas capables" de fournir un tel effort, il faut une façon d'aborder le problème "dans son ensemble".

Pour Fokus, il n'y a pas d'autre alternative que de "payer les tranches indiciaires" dûes. Car "on ne peut pas demander à quelqu'un qui est coincé, d'accepter que l'inflation lui grignote 10-12% de son pouvoir d'achat sur deux ans", estime Frank Engel. Quitte à ce que "l'État emprunte".

Le plus important à ses yeux est d' "avoir un discours honnête. On ne peut pas faire comme le DP qui dit: on repoussera les tranches et on verra après les élections", fin 2023.

LA SOLUTION ? GARDER L'INDEX, MAIS LE DISTRIBUER AUTREMENT

"Les temps de crise sont toujours l'occasion pour changer les choses fondamentalement", pose Marc Ruppert, président. Son parti veut conserver le système d'indexation des salaires. L'index permet d'augmenter automatiquement les salaires, traitements des fonctionnaires et pensions de 2,5% quand l'inflation atteint 2,5% au Luxembourg.

Mais Fokus veut rendre l'index plus juste socialement. Il propose de mettre en place un "indice social" qui doit permettre de "réduire les inégalités" créées par le système actuel qui "amplifie les écarts sociaux puisque l'indexation de 2,5% signifie beaucoup plus pour les très riches et bien moins pour les très pauvres".

Frank Engel, porte-parole et Marc Ruppert, président de Fokus.
Frank Engel, porte-parole et Marc Ruppert, président de Fokus.
© Maurice Fick / RTL

"Notre système change la logique de distribution parce que le facteur de 2,5% qui est identique pour tout le monde est modulé. Pour des salaires faibles, il est plus haut (par exemple 3,1% pour les salaires entre 20.000 € et 30.000 € par an). Pour des salaires de 100.000 € à 110.000 € annuels, il reste à 2,5% comme aujourd'hui. Mais il diminue pour les salaires plus élevés pour atteindre 0% pour les salaires de 250.000 € par an et plus", résume Gary Kneip, secrétaire général.

Une redistribution via l'indice sociale profiterait à 91% des salariés et les moins de 9% les plus aisés (soit 5.300 ménages qui touchent plus de 250.000€ par mois) n'auront plus d'indexation automatique de leur salaire.

-> Hausse des salaires: on vous explique ce qu'est l'index

Pour couvrir les futures tranches indiciaires, Fokus propose de créer une mutuelle. Elle serait alimentée par l'État et les entreprises qui paierait 2,5% de la masse salariale en temps normal. Mais en temps de crise, comme en ce moment, l'État pourrait "subventionner à 10, 50 ou 100% la mutuelle" au lieu de plomber les employeurs, suggère Gary Kneip.

UNE ALLOCATION SPÉCIALE ÉNERGIE ET VITE !

Les propositions du ministre de l'Énergie, Claude Turmes, pour économiser 15% d'énergie "tous ensemble" "ne sont pas vraiment très ambitieuses" et misent "beaucoup sur le volontariat" selon Fokus.

La question de l'énergie est "avant tout européenne" et par le passé le Luxembourg a loupé des occasion pour miser sur d'autres sources d'énergie comme l'hydrogène notamment. Pour apporter une solution, Fokus discute actuellement en interne de l'idée de "faire commencer les lycées une heure plus tard, donc à 9h00 eu lieu de 8h00 pour profiter du soleil et de la chaleur et éviter que tout le monde soit au même moment sur la route", révèle Marc Ruppert.

Le message de Fokus face à la crise des prix de l'énergie est: "N'ayez pas peur". D'une part, parce qu' "une crise n'a pas vocation à durer dix ou vingt ans". D'autre part, parce que la dépendance de l'Europe des importations de gaz russe s'est bien réduite. Elle est passée "de 40 à 45% à en-dessous de 9% avec une tendance vers zéro". Ce qui va pousser à la diversification des approvisionnements en énergie, même "si ça va coincer durant deux, trois ou quatre mois encore", reconnaît Frank Engel.

Pour aider les ménages à faire face, Fokus demande au gouvernement de verser, sans attendre une "allocation spéciale Énergie" en fonction du revenu du ménage. "Les Pirates ont avancé 150€ par mois, ça me semble raisonnable", même s'il faudrait "peut-être verser l'aide en bloc à ceux qui chauffent avec du mazout".

Les taux d'emprunt grimpant au Luxembourg et "comme il y aura toujours plus de gens qui n'auront plus de prêt", pense Frank Engel, "il faut d'urgence une offensive dans le logement locatif. Au printemps déjà nous avons dit: il faut une offensive massive de constructions emphytéotiques, tant destinées à la vente qu'au locatif".

DES AMBITIONS POLITIQUES

Les 2,9% d'intentions de vote en faveur de Fokus dans le sondage Politmonitor de juin, "c'était la case de départ, juste après la création du parti", indique Marc Ruppert. L'ambition est de "doubler ce score dans les mois à venir" et de "décrocher deux ou trois sièges au moins" lors des élections législatives d'octobre 2023.

Comme annoncé lors du lancement du parti en février, Fokus c'est "une nouvelle manière de faire de la politique avec ses membres", mettre l'accent sur les "valeurs citoyennes" et sur plus de justice sociale, rappelle Marc Ruppert. Il sait bien que pour se faire une place à la Chambre et faire entendre sa voix, Fokus doit "faire ses devoirs" et "proposer des modèles alternatifs".

Actuellement, Fokus compte 150 membres "qui viennent de différents milieu, dont beaucoup qui n'ont jamais fait de politique. Ce qui les attire c'est de travailler sur les sujets en mettant l'idéologie de côté. Et d'avoir le courage de lancer de nouveaux trucs qu'on ne peut pas faire dans d'autres partis, comme par exemple l'indice social", résume le président.

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