Xavier Bettel en visite de travail"La Jordanie offre une protection à des millions de personnes"

Diana Hoffmann
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Xavier Bettel, effectue une visite de travail en Jordanie, où il a notamment rencontré son homologue Ayman Safadi.
© Diana Hoffmann

La Jordanie, un pays à la situation particulière

Au Proche-Orient, la Jordanie reste un lieu de stabilité. Entourée de pays en proie à des crises et des conflits au cours de ces dernières décennies, la Jordanie garde ses frontières ouvertes aux réfugiés. Une personne sur cinq vivant en Jordanie est un réfugié. Cela fait de la Jordanie l’un des pays au monde qui a accueilli le plus de réfugiés par rapport à sa population de 11,5 millions d’habitants. Près de 60% de la population est d’origine palestinienne. Plus de 2 millions de réfugiés palestiniens et 1 million de réfugiés syriens vivent actuellement dans le pays.
 
Pour l’Europe, la Jordanie joue donc un rôle important de zone d’accueil des réfugiés, ce qui devrait limiter l’immigration. C'est ainsi qu'a été signé en 2016 le "Jordan Compact", un accord par lequel la Jordanie s'engage à régulariser le statut professionnel des réfugiés syriens en échange de compensations économiques internationales. Depuis cette date, 1,08 milliard d’euros d’aide financière ont été mis à disposition par l’Union européenne. Mais garantir aux réfugiés un accès légal au marché du travail n'est pas un exercice simple pour un pays pauvre en ressources et où le chômage atteint actuellement 24%.

© Diana Hoffmann

Une visite qui fait suite à une autre visite 

Il y a quelques semaines, le vice-Premier ministre jordanien et ministre des Affaires étrangères, Ayman Safadi, était au Luxembourg pour attirer l'attention sur les problèmes de son pays et sensibiliser à sa situation. Et cela au moment où le conflit entre Israël et la Palestine risque de mettre le feu à toute la région. La Jordanie est prise entre les foyers du conflit et risque d'être oubliée, selon le ministre jordanien des Affaires étrangères.
 
En outre, le pays fournit depuis des décennies une aide importante aux réfugiés. Un grand nombre d'entre eux sont bien intégrés dans la société. D’autres doivent encore vivre dans des villages ou des camps de réfugiés. Ces personnes sont prises en charge par le HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) et l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient).

L'UNRWA, un partenaire important

Cependant, par le passé, l'agence des Nations Unies, UNRWA, a été la cible de critiques au motif qu'elle serait infiltrée par des membres du Hamas. Des contenus antisémites étaient enseignés dans des écoles, par exemple. De nombreux pays ont alors décidé de réduire leur aide. "Ils n'étaient probablement pas conscients des conséquences que cela entraînait  sur le terrain", pense à ce propos Xavier Bettel. Il y a quelques jours, Israël a lancé une procédure visant à classer l'UNRWA comme organisation terroriste. Jusqu'à ce qu'il y ait des preuves, la présomption d'innocence s'applique. Le Luxembourg continuera donc à apporter son aide, selon le ministre des Affaires étrangères. La semaine dernière, des fonds d'un montant d'un million d'euros ont également été débloqués pour l'UNRWA à New York. 
 
Il est désormais important de faire preuve de solidarité envers les collaborateurs sur place, a déclaré Xavier Bettel, qui a poursuivi: "Il n'y a pas d'école sans UNRWA, pas d'hôpital, pas de médecin. L'UNRWA fait ce que l'Etat doit assurer, mais qui est difficile. Que ce soit en Palestine ou en Jordanie, où elle a assumé le rôle de fournir aux réfugiés les services dont ils ont besoin."

© Diana Hoffmann

Une relation difficile avec Israël 

L’une des plus grandes préoccupations actuelles du gouvernement jordanien est que l’escalade de la violence en Cisjordanie pourrait conduire à l’arrivée de milliers de réfugiés palestiniens en Jordanie. Le Royaume de Jordanie est l'un des rares pays arabes à avoir conclu la paix avec Israël en 1994. Et ceci après qu’Israël ait occupé la Cisjordanie pendant la guerre des 6 jours en 1967. Depuis lors, on peut dire que le pays se livre à un exercice de funambulisme, avec d'un côté une grande partie de sa population palestinienne qui désapprouve le positionnement de la Jordanie dans le conflit à Gaza et la dépendance financière et militaire à l'égard des États-Unis et de l'UE. Les manifestations anti-israéliennes sont plus nombreuses notamment dans la capitale. Les organisations étudiantes musulmanes strictement islamiques ou les Frères musulmans sont bien organisés et exploitent la situation en leur faveur. Des élections auront lieu le 10 septembre en Jordanie. Jusqu’à présent, la maison royale hachémite, avec le roi Abdallah II, tient la situation sous contrôle et l’armée reste loyalement à ses côtés.
 
Malgré son partenariat avec Israël, le pays s'engage également à apporter une aide à la population palestinienne de la bande de Gaza. Les livraisons d'aide à Gaza ont été étendues. Tant via des avions qui décollent de la base aérienne pour larguer des marchandises au-dessus de Gaza, que par voie terrestre, avec depuis fin avril, des camions qui livrent de la nourriture et des médicaments.

© Diana Hoffmann

Programme de la visite de travail

Au menu de cette visite de travail figure jeudi la visite des camps de réfugiés palestiniens et syriens gérés respectivement par l'UNRWA et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Une entrevue bilatérale est également prévue avec le Premier ministre jordanien.

© RTL Grafik

Back to Top
CIM LOGO