La relation entre un patient et son médecin se construit sur la confiance. Mais que se passe-t-il quand quelque chose tourne mal?
Même s'il s'agit de cas exceptionnels, les conséquences pour les personnes concernées peuvent être énormes: des erreurs médicales, des mauvais diagnostics ou des traitements, interventions qui tournent mal sans que le médecin n'y soit pour quelque chose. Cette thématique va être analysée à travers une série de reportages avec des témoignages et des explications.
Après avoir publié le témoignage de la victime d'un dentiste au Luxembourg, ce deuxième épisode de la série se concentre sur une femme qui n'a pas eu beaucoup de chance au niveau de sa santé.
Aujourd'hui, Myriam Mondot ne se sent bien que quand elle marche beaucoup. Lorsqu'elle passe beaucoup de temps assise, elle ressent des douleurs, manger est également devenu difficile. Elle espère obtenir une pension d'invalidité. Elle souffre depuis 2016 de soucis au niveau de son intestin. Mais retournons d'abord à l'année 2006.
"J'avais une trentaine d'années et j'avais souffert d'un fort surpoids, j'ai perdu ces kilos en trop et la Caisse de maladie m'a donc autorisée à subir trois opérations de réduction de la peau."
Elle a décidé de subir une opération au niveau de sa poitrine, de son ventre et de ses jambes.
"Au niveau de mes jambes, quelque chose a été effectué qui n'aurait pas dû se passer, c'est ce qui a été constaté par deux autres chirurgiens esthétiques ici au Luxembourg qui ont dit: "Ça ne va pas du tout, ce n'est pas la bonne opération qui a été faite." (...) Ça veut dire que j'ai des cicatrices qui mesurent 40 centimètres, qui normalement après l'opération font 10 centimètres, tout le monde peut aller relire cette information. (...) Ce qui a comme conséquence qu'après toutes ces années, tout ça a fini par bouger, ça a glissé d'environ trois bons centimètres. Or, ça n'aurait jamais dû être le cas."
Après s'être débarrassée de son surpoids, elle espérait pouvoir enfin se sentir bien dans sa peau grâce à son opération, mais cela n'a malheureusement pas été le cas.
"Pendant toute cette période, c'était comme si je me prenais une claque après l'autre, je me disais: "Je ne me sens pas bien dans mon corps, je ne vais pas à la piscine, je refuse de partir en vacances à la mer." Toutes ces choses pour lesquelles les gens me disent, mais allez, viens avec nous, je leur répondais: "Non, ça ne me plaît pas"; ce qui n'est pas vrai du tout, j'adore toutes ces activités, mais j'ai toujours essayé de les éviter pour ne pas devoir me montrer."
Elle a décidé de se refaire opérer des jambes, mais pour cela, elle a dû patienter encore un certain nombre d'années. En effet, en 2014 elle a souffert d'une perforation intestinale. Durant les deux années qui ont suivi, elle a été opérée à cinq reprises, jusqu'à ce que son intestin soit enfin réparé. Pour ce faire, son ventre a été ouvert de haut en bas quatre fois. Suite à ces opérations, Myriam souffre de douleurs, elle ne peut pas rester assise longtemps et peut seulement manger de manière normale si elle s'est baladée pendant longtemps juste avant.
"Le trou, il a été réparé, donc ça c'est réglé. Mais la douleur que je ressens due à la pression, elle ne s'en ira jamais. Mais aucun médecin, sans vouloir accuser personne, aucun médecin ne l'écrira ou l'admettra: Oui il y a des brides (NDLR: cicatrice interne anormale entre les intestins) et la patiente a désormais des problèmes qui la suivront toute sa vie et nous n'y toucherons plus."
Myriam Mondot s'est entre temps rendue chez un autre chirurgien au sujet de ses jambes. Un médecin qu'elle a payé 7.000 euros de sa propre proche pour qu'il réopère ses jambes. Mais tout réparer ne sera pas possible. Et ce n'est pas tout.
"Entre temps il a été constaté sur un scanner qu'une des prothèses au niveau de ma poitrine comportait des bulles et qu'elle devait donc être remplacée, ce qui est tout à fait normal après 15 ans. Nous avons donc à nouveau écrit une lettre à la Caisse de maladie, lettre à laquelle on nous a répondu que je n'avais jamais reçu de prothèses. Elles sont donc carrément tombées du ciel. La Caisse de maladie ne les a pas payées, moi non plus et le médecin ne les a certainement pas payées, donc d'où viennent-elles? En tous cas, ce qui est sûr c'est que je les ai."
À l'époque elle avait décidé avec son chirurgien d'avoir recours à des implants pour que sa poitrine ait une certaine forme, mais il n'aurait renseigné que le code d'une réduction de la peau.
Quand Myriam s'est rendu compte pour la première fois que quelque chose clochait, elle s'est tournée vers l'Ombudsman, mais le médecin a accepté de la recevoir uniquement sans l'Ombudsman.
"Et puis je me suis dit: à quoi ça va me servir dans le meilleur des cas? "Je vais rattraper mon erreur"? Non, tu ne m'opéreras plus jamais."
Myriam s'est récemment rendue chez un avocat pour obtenir des conseils, mais pour des raisons financières, elle n'envisage pas de poursuivre le médecin.
"Ce n'est pas la bonne solution pour moi, sinon je ne sortirai jamais de cette misère, je veux simplement que tout cela se termine et je n'ai pas envie de poursuivre quelqu'un. Ce sont ceux qui ont de l'argent qui devraient s'en occuper."
Si vous aussi vous pensez être victime d'une erreur médicale, plusieurs options s'offrent à vous. Le Médiateur Santé peut intervenir entre le patient et le professionnel de santé mais fonctionne aussi comme centre d'information. Il pourra trouver les contacts nécessaires comme la commission des plaintes dans les hôpitaux. Une plainte peut également être introduite auprès du Collège médical ou du Conseil Supérieur de Certaines Professions de Santé. Si une médiation n'aboutit pas, on peut toujours porter plainte contre la personne concernée, selon la gravité des faits, au pénal ou au civil.
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