Aline Muller"Il est dangereux d'aborder la prochaine crise avec trop d'assurance"

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Mardi, la directrice du LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research), l'institut luxembourgeois de recherche socio-économique, était l'invitée de la rédaction de RTL.

En tant que petit pays à l'économie très ouverte, il ne faut pas penser qu'il y aura une "exception luxembourgeoise" si l'Europe sombre dans la récession. Et cette récession arrivera certainement, selon Aline Muller, la directrice du LISER.

Le Luxembourg a relativement bien surmonté la crise du Covid et la crise financière et économique de 2008. Il n'est cependant pas certain que ce sera aussi le cas avec la crise actuelle. Selon l'économiste, lors de la dernière crise, des spécificités auraient été favorables au Luxembourg. Ainsi par exemple, le fait qu'un pays, qui s'appuie principalement sur une place financière, ait pu beaucoup recourir au télétravail pendant la pandémie. Les mêmes spécificités, mais maintenant inversées, pourraient "faire mal". Il serait "un peu dangereux" d'aborder la prochaine crise avec trop d'assurance.

En ce qui concerne la crise inflationniste actuelle, Aline Muller a déclaré qu'il ne faut pas se faire d'illusion: le Luxembourg importe 100% de son pétrole et de son gaz et 80% de son énergie. La question est: qui va payer la facture? Les ménages, les entreprises ou les générations futures. La directrice du Liser a cependant aussi expliqué que l'inflation au Luxembourg n'était pas seulement due aux prix de l'énergie, car au Luxembourg et par rapport à l'étranger, ceux-ci représentent encore une part relativement réduite du budget des ménages. Selon l'économiste, l'essentiel de l'inflation s'expliquerait par la reprise de la demande après la pandémie. Une reprise qui serait plus forte au Luxembourg qu'à d'autres endroits.

A cet égard, la directrice du LISER a regretté que les mesures issues de la tripartite, principalement le frein aux prix de l'énergie, n'aient pas renforcé la résilience du Grand-Duché. Ni celle des entreprises, ni celle des classes de revenus les plus bas, qui souffrent le plus de l'inflation. C'est pourquoi Aline Muller s'est prononcée pour des mesures plus ciblées pour ces personnes, mais aussi pour des réformes structurelles et des investissements à moyen et long terme. D'une part pour le climat, et d'autre part, encore dans la digitalisation. Elle a toutefois regretté que, comme le disent de nombreux économistes, une situation "confortable", comme celle que connaît le Luxembourg depuis longtemps, affaiblisse l'incitation au changement.

A son avis, une profonde réforme fiscale, telle que l'exige le LSAP de son partenaire au gouvernement, le DP, serait effectivement nécessaire. Mais selon Aline Muller, il serait "risqué" d'entreprendre une telle réforme pendant une année électorale. L'économiste a mis en garde contre l'"irrationalité" et recommandé de faire cela quand la pression politique sera moindre. A la question de savoir si les ménages et l'Etat devraient être plus économes, Aline Muller a répondu que ce n'est pas le moment pour une politique d'austérité, mais pas non plus pour une politique de l'arrosoir.

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