
Dans un contexte de polycrises géopolitiques et de problèmes structurels, par exemple dans les domaines de la santé et des retraites, l’État devrait commencer à fixer des priorités dans son budget et à "vivre selon ses moyens", plutôt que de laisser les dépenses continuer à augmenter.
Ce n’est pas nouveau que la Chambre de commerce critique le fait que l’État dépense particulièrement beaucoup d’argent pour son propre fonctionnement, c'est-à-dire pour la fonction publique.
Carlo Thelen a soulevé mercredi matin la question de savoir s’il ne faudrait pas freiner l’augmentation du nombre de fonctionnaires, surtout à une époque où l’intelligence artificielle et la numérisation pourraient prendre en charge de plus en plus de tâches. Selon lui, il ne serait guère judicieux d'encore recruter aujourd’hui si certains postes sont susceptibles d’être remplacés dans un avenir proche par l’IA.
Carlo Thelen est également convaincu que le Luxembourg ne résoudra pas son problème de chômage "en embauchant davantage de personnes dans la fonction publique. On le résoudra en relançant notre économie. Et c’est aussi l’un des grands défis de cette politique financière." Il faudrait plutôt aider les entreprises à redevenir productives et rentables, estime le directeur général de la Chambre de commerce. Après cinq années sans croissance et dix années sans gains de productivité au Luxembourg, les entreprises ne le sont plus suffisamment aujourd'hui.
Le fait qu’au cours des neuf premiers mois de cette année, les recettes fiscales provenant de l’imposition des entreprises aient augmenté de 21,4 % et que le secteur financier contribue notamment à générer d’importantes recettes, n'est pas durable, selon Carlo Thelen. Gilles Roth avait présenté ces chiffres lundi à la Chambre des députés.
Il s’agit, selon lui, en partie d’impôts qui n’ont été perçus qu’avec retard. Par ailleurs, quelques grandes entreprises continuent certes d’afficher de bons résultats. Mais on ne peut pas tabler là dessus pour l’avenir.
La Chambre de commerce est évidemment opposée, contrairement à la Chambre des salariés, à une taxation accrue du capital dans le but de rendre le système fiscal luxembourgeois plus équitable. Le Luxembourg n’est plus depuis longtemps un paradis fiscal, a souligné Carlo Thelen. Selon lui, les acteurs économiques du pays sont "tous fortement imposés".
Les talents qui viennent s’installer au Grand-Duché s’en rendent désormais compte eux aussi. Ces personnes ne viendraient plus au Luxembourg pour des raisons fiscales. Mais en tant que petite économie ouverte, le Grand-Duché aurait toujours intérêt à maintenir un environnement fiscal attractif. Pour la Chambre de commerce, imposer davantage les grandes fortunes n’est donc pas non plus une option.
La réforme fiscale envisagée est bien accueillie par la Chambre de commerce dans son principe. Toutefois, son coût estimé entre 800 et 900 millions d’euros a "aussi quelque peu effrayé" Carlo Thelen.
Quant à savoir s’il aurait été préférable de mettre temporairement la réforme fiscale entre parenthèses en raison du contexte géopolitique défavorable, notre invité n’a pas souhaité se prononcer. Il s’agit, selon lui, d’une décision politique.
Alors que l’inflation repart à la hausse, le Statec estime, dans sa dernière note de conjoncture, que la prochaine tranche indiciaire devrait tomber au cours des trois derniers mois de l’année. Les partenaires sociaux devraient donc se réunir pour une nouvelle tripartite plus tôt que prévu. La "remise sur les carburants", par exemple, ne court que jusqu’à la fin de l’année.
Pour Carlo Thelen, au-delà de cette question, on arrive progressivement au point où il faudrait se demander combien de fois encore le pays pourra se permettre de recourir à une telle tripartite et s’il ne faudrait pas plutôt s’attaquer au problème à la racine. En ligne de mire : l’indexation.
Si on suit la Chambre de commerce, il faudrait avoir le courage de s’attaquer au système d’indexation, comme l’a également fait la Belgique.
À long terme, il ne sera en effet pas possible de continuer à financer les mesures issues des tripartites avec les deniers publics, surtout lorsque les caisses de l’État se vident de plus en plus.