
Perché au milieu de la vallée de la Pétrusse, se trouve un jardin communautaire à quelques pas seulement du centre-ville de Luxembourg. Alina, une employée dans l’Éducation de 39 ans, nous y accueille, prête à nous faire visiter ce petit coin de nature avec une vue imprenable sur la vallée. C’est avec passion qu'elle nous partage son expérience au sein de ce jardin communautaire.
Passant d’un seul jardin communautaire en 2011 à désormais une bonne vingtaine, le Grand-Duché connaît un réel engouement pour ces lieux partagés. Les prix d’adhésion varient, les cotisations servant notamment à financer les semences et la consommation d'eau.

Depuis à peu près deux ans, Alina se rend quasiment quotidiennement dans "sa" parcelle. Cultivant pendant longtemps la partie "partagée" du jardin, Alina a depuis juillet, sa petite parcelle individuelle. "J’ai toujours rêvé de pouvoir un jour vivre dans une maison avec un jardin, mais pour l’instant je n’ai pas cette chance, je vis en appartement."
Choux, brocolis, épinards, aubergines, …elle nous confie se nourrir essentiellement des légumes de son jardin. Dans son potager, comme c’est le cas dans tous les autres également, la jeune femme pratique la permaculture. "Ici tout est cultivé en permaculture, c’est-à-dire qu’on ne retourne pas la terre. Une des raisons est qu’il y a plein de micro-organismes qui ne survivront pas si vous la retournez."
Depuis quelques années et les différents bouleversements écologiques, sanitaires et sociaux, les jardins communautaires attirent de plus en plus de participants de tous horizons.
Fatima fait partie du jardin communautaire de Hesperange. Comme Alina, elle aussi a dû patienter longuement pour pouvoir l’intégrer. Elle cultive surtout des potirons, des tomates ou encore des pommes de terre. Fière de sa parcelle qu’elle bichonne, elle nous confie que son amour pour le jardinage est né très tôt, durant son enfance au Portugal. "Quand je rentrais de l’école, j’étais obligée de donner un coup de main." Adolescente, elle perd le goût du jardinage, mais depuis quelques années, elle a renoué avec sa passion. "C’est une liberté pour moi, ça me fait du bien".
Marine, responsable du projet Future de CELL, gère la Piazza, un lieu unique à Esch-sur-Alzette. La fierté se lit sur son visage lorsqu’elle nous présente cet espace communautaire qu’elle anime ainsi que son jardin. Ce jardin communautaire est tout récent, il date de février 2022, mais de plus en plus de passants d’abord hésitants, commencent à s’y aventurer, curieux de découvrir cette serre ouverte à tous.
Ce jardin entièrement upcyclé, c’est-à-dire construit à partir de matériaux récupérés, est surtout entretenu par des employés d’associations qui partagent le même bâtiment que Marine. Tous ont mis la main à la pâte pour créer cet espace qui accueille événements culturels et sessions de jardinage. D’expérience en expérience, Marine et les participants de la Piazza apprennent et tirent des leçons.
Ces jardins communautaires, Aline les connaît bien. Jardinière itinérante au CELL, elle apporte son soutien aux participants. Le CELL nous explique-t-elle, est là pour accompagner les jardins communautaires. Il s'agit d'une association qui porte plusieurs projets de transition.
Le but est de rendre les jardins autonomes grâce notamment à des formations. Un discours que rejoint Karine, coordinatrice Urban gardening au CELL, avant de préciser qu’il y a plein de jardins suffisamment indépendants que l'association n’a pas besoin d’accompagner.
Aline confirme qu’il y a de plus en plus de personnes intéressées par ces lieux partagés. Elle l’explique "surtout pour des raisons écologiques. Et aussi effectivement le Covid où on a été enfermés, où on n’en pouvait plus et on a réalisé l’importance d’être dehors. On a voulu renouer avec l’essentiel, faire pousser sa nourriture."
Faire partie d’un jardin communautaire, c’est s’engager pour le climat, Marine en est convaincue: "C’est hyper politique le jardin parce qu’on n’arrête pas de dire qu’il faut que les humains se rapprochent de la nature. Pouvoir expliquer aux enfants que les tomates ça ne pousse pas dans des barquettes plastiques, montrer que le jardin est en difficulté parce qu’il fait trop chaud, c’est important". En effet, avec les fortes chaleurs et les périodes de sécheresse prolongées de cet été, Marine constate une prise de conscience des enjeux climatiques.
Pour Fatima, le plus important c’est de savoir ce qu’il y a dans son assiette et celle de ses enfants: "On ne sait pas ce qu’on mange, je me suis rendue compte que je pouvais changer ma vie et c’est ce que je voulais faire, planter mes propres légumes, c’est une passion."
Récolter ce qu’on a soi-même semé procure non seulement un sentiment de satisfaction, mais "ça vous rend plus conscient du gaspillage alimentaire, on n’a vraiment pas envie de jeter ce qu’on a cultivé", nous confie Alina.
Karine rejoint tous ces propos: "S’ils y restent, c’est vraiment dans un but écologique. Je pense que ça devient des ambassadeurs de l’écologie."
Les jardins communautaires, ces lieux fleurissants nichés parfois au cœur des villes du Luxembourg, ne sont pas près de s’estomper face à l’enthousiasme qui les entoure. "Je cherchais toujours une façon de contribuer au changement. Je pense qu’il est très important de ne pas perdre espoir, de continuer à agir", souffle Alina.