
Bien qu'il soit quasiment dans la rue principale, beaucoup ignorent sans doute l'existence d'un château à Bofferdange, dans la commune de Lorentzweiler. Aujourd'hui, il fait partie d'une maison de retraite, mais durant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a connu une tout autre affectation. À l'époque, de jeunes enfants et des adolescents y étaient hébergés, même si l'établissement n'avait que peu de points communs avec les foyers pour enfants que nous connaissons aujourd'hui.
Le foyer pour enfants exploité dans le château de Bofferdange portait le nom de "Lebensborn Moselland". Le terme "Lebensborn" était un néologisme formé à partir des mots "Leben", vie, et "Born", source ou fontaine en allemand ancien. L’association Lebensborn fut fondée à la fin de l’année 1935 à l’initiative du chef de la SS, Heinrich Himmler, et intégrée à la SS.
L'objectif du projet était de permettre la naissance du plus grand nombre possible d’enfants considérés comme ayant une "valeur raciale élevée". Le Lebensborn s’adressait en priorité aux femmes enceintes qui n’étaient pas en couple. À cette époque, leur situation n’était en effet pas simple, comme l’explique Jérôme Courtoy, historien et pédagogue au Musée de la Résistance d’Esch-sur-Alzette : "Lorsqu’une femme célibataire tombait enceinte, elle était confrontée à une forte stigmatisation. Elle risquait d’être exclue socialement. Cela signifie qu'elle tendait plutôt, pour éviter cela, à recourir à une interruption volontaire de grossesse. Et cela, bien que le Troisième Reich exigeait en fait le contraire : les femmes devaient mettre au monde le plus grand nombre possible d’enfants."
Les femmes enceintes dans cette situation devaient se présenter au Lebensborn et n’étaient admises qu’après une vérification ayant établi qu’elles répondaient à certains critères raciaux.
En Allemagne même, le projet "Lebensborn" comptait neuf maternités et deux foyers pour enfants. Par la suite, treize autres établissements furent créés dans les territoires occupés. L’objectif principal de ces derniers était d’obtenir le contrôle des enfants nés de relations entre des soldats allemands et des femmes vivant dans les zones occupées. Le château de Bofferdange faisait partie de ce dispositif. Auparavant, il était la propriété de l’écrivain luxembourgeois Marcel Noppeney, qui fut déporté par les nazis au camp de concentration de Dachau.
Le Lebensborn Moselland n’a existé que de 1943 à 1944. Pour l’année 1944, il est fait état d’une vingtaine d'enfants et d'adolescents qui y étaient hébergés. Ils se répartissaient en deux groupes : "D’un côté, les enfants polonais qui avaient été déportés au Luxembourg afin d’y être germanisés. Et à partir du milieu de l’année 1943, un nombre croissant d’enfants provenant d’autres foyers Lebensborn furent également transférés au Luxembourg. Pourquoi ? Parce que ces foyers se trouvaient dans des villes bombardées par les Alliés, et qu’il s’agissait de mettre ces enfants en sécurité."

L’établissement était dirigé par trois à quatre religieuses, sous la supervision d’un officier SS. Les travaux de maison et de jardinage étaient principalement effectués par des détenus des camps. La présence de deux femmes et deux hommes appartenant aux Témoins de Jéhovah y est attestée. Cependant, le château de Bofferdange fut abandonné dès la seconde moitié de l'année 1944 : "Fin août, début septembre, le Lebensborn fut finalement évacué en raison de l’avancée des Alliés. Les enfants furent alors transférés à Ansbach, dans un autre établissement appelé Heim Franken. De là, ils furent ensuite répartis dans d’autres foyers pour enfants. Après cela, nous ne savons pas ce qu’il est advenu des enfants."
On sait très peu de choses sur le quotidien de ces enfants et adolescents au Lebensborn de Bofferdange. Il n’existe que des témoignages de contemporains ayant vu les jeunes pratiquer des exercices d'éducation physique. Des documents écrits indiquent par ailleurs que les mères des enfants transférés d’autres foyers Lebensborn vers le Luxembourg, pouvaient leur rendre visite. On ne sait toutefois pas si ces visites ont réellement eu lieu.
De manière générale, les mères des enfants qui n’avaient pas été déportés, étaient autorisées à rester en contact avec eux. Lorsqu’elles ne le souhaitaient pas, les enfants étaient le plus souvent déplacés d’un foyer à un autre ou confiés successivement à différentes familles d’accueil.
Jérôme Courtoy souligne que le Lebensborn n’était pas une institution sociale. Il s’agissait avant tout d’un système qui exploitait la situation de détresse de certaines femmes.
Quant aux enfants souffrant d’un handicap ou d’une maladie, ou ne répondant pas aux critères raciaux définis par la SS, leur sort était cruel : ils étaient assassinés dans le cadre du programme d’euthanasie des enfants mis en œuvre par le régime nazi.