
Ce dimanche, le Pfaffenthal était placé sous le signe de l’Oekofest. Le Mouvement écologique et l’Oekozenter avaient invité les visiteurs à une journée rythmée par de la musique, des ateliers, des informations et des échanges, en présence du Premier ministre Luc Frieden et de représentants du monde politique.
Lors de l’ouverture de l’Oekofest, la présidente du Mouvement écologique, Blanche Weber, a prononcé un discours résolument critique à l’égard de la politique climatique actuelle. Elle a souligné que la crise climatique ne pouvait plus être résolue par de simples ajustements, mais nécessitait des décisions politiques plus conséquentes.
Lorsque le Premier ministre a ensuite parlé de pragmatisme en expliquant que, pour ne pas susciter de trop fortes réticences, il préférait encourager plutôt qu’imposer, la militante écologiste n’a pas pu s'empêcher de l'interrompre pour souligner l'urgence climatique en rappelant notamment l'été caniculaire que nous venons de subir, l'état des forêts et la situation au Népal.
Mouveco reproche au gouvernement d’avancer trop lentement dans différents domaines et de continuer parfois à s’appuyer sur d’anciens modèles. Blanche Weber a notamment évoqué la politique des transports, l’agriculture ainsi que le projet de centre de données de Google à Bissen.
L’argumentation du ministre de l’Environnement Serge Wilmes concernant l’évolution des émissions de CO2 a également été remise en question. Blanche Weber a ainsi déclaré : "Se contenter de justifier et de louer sa propre politique n’est pas digne des exigences que l’on est en droit d’attendre d’un ministère de l’Environnement."

À propos des pesticides dans l'agriculture, Blanche Weber a insisté sur la dangerosité des "cocktails de pesticides" :
"Je ne peux pas ne pas l’évoquer : les pesticides dans l’agriculture. Des analyses montrent que les pommes produites de manière conventionnelle au Luxembourg contiennent des résidus pouvant aller jusqu’à huit pesticides. Or, il n’existe pas de valeurs limites pour ces cocktails de pesticides. Et puisqu’il n’existe pas de valeurs limites pour ces mélanges, mais uniquement pour les pesticides pris individuellement, tout est ok tant que la valeur limite de chaque pesticide n’est pas dépassée, selon notre ministre de l’Agriculture,. Comme l’a dit un collègue : une personne ivre soumise à un contrôle d’alcoolémie pourrait alors dire : 'Je ne suis pas ivre si l’on considère séparément la bière, le vin et l’eau-de-vie.' Quelle situation absurde! En France, des maladies provoquées par l’utilisation de pesticides sont même reconnues comme maladies professionnelles par les caisses d’assurance maladie, y compris chez les enfants des personnes concernées lorsqu'ils ont été exposés pendant la grossesse, par exemple. Le 14 octobre, à notre invitation, trois personnes concernées, dont il est établi qu’elles souffrent d’un cancer ou de la maladie de Parkinson en raison des pesticides, ainsi que le directeur des caisses d’assurance maladie, seront en visite au Luxembourg à l’occasion d’une manifestation publique. Nous espérons que leurs témoignages et leurs suggestions quant à la manière de mieux faire contribueront à ce que cette question soit également prise plus au sérieux chez nous, tant par le monde politique que dans les secteurs concernés. Malheureusement, aucun des ministres n’a trouvé le temps d’assister à une manifestation avec eux. Mais nous sommes convaincus, au Mouvement écologique, que la voix courageuse des personnes concernées fera bouger les choses, peut-être aussi du côté de la ministre de la Santé."
La présidente de Mouveco a insisté tout particulièrement sur la situation au Népal :
"Nos collègues du Népal, membres de notre alliance internationale, ont également indiqué qu’il y a huit ans, oui, exactement huit ans, une aide internationale leur avait été promise afin de prévenir des catastrophes comme celle qui s’est produite cet été. Mais on a attendu. Il y avait sans doute, une fois encore, des dossiers plus 'urgents', des crises considérées à court terme comme plus importantes chez nous. Nous avons attendu. Attendu, comme l’ont d’ailleurs très bien illustré les jeunes de Kliko et de move., l’organisation de jeunesse du Mouvement, lors d’une manifestation devant la Chambre des députés. Dans une très belle pièce de théâtre, une présentatrice attendait des responsables politiques qui devaient venir expliquer ce qu’ils comptaient réellement faire pour lutter contre la catastrophe climatique. Et elle a attendu, attendu et encore attendu. Le mot de la fin de la présentatrice : 'Il va donc falloir attendre encore un peu.'"
De tous ces exemples, Blanche Weber tire une conclusion :
"Au lieu d’embellir la situation dans le monde et la démarche du Luxembourg, comme le font notamment nos ministres dans les domaines de l’environnement et de l’agriculture, il faut mettre les faits sur la table et mettre le doigt là où ça fait mal, identifier les obstacles et les lacunes en matière de durabilité et expliquer comment ils pourraient être surmontés. Ce faisant, la politique ferait preuve de grandeur et montrerait qu’elle est à la hauteur de sa mission et qu’elle s’inscrit dans une perspective à long terme."
Dans le même temps, Blanche Weber a souligné qu’elle ne considérait pas tout ce que fait le gouvernement comme mauvais. Elle reconnaît également certaines mesures, mais critique le fait que, selon elle, les promesses politiques ne soient pas mises en œuvre de manière suffisamment conséquente. Son message : il faut agir maintenant et ne pas attendre davantage.
Le Premier ministre Luc Frieden ne considère toutefois pas ces critiques d’un si mauvais œil :
"La critique, lorsqu’elle est constructive, fait partie de la démocratie. C’est pourquoi des voix comme la vôtre sont extrêmement importantes. Nous apprécions que vous nous rappeliez régulièrement ce qui est véritablement en jeu, afin que nous puissions préserver ensemble le climat, la biodiversité et la planète sur laquelle nous vivons, au lieu de tout détruire à court terme."
Au final, le message est clair : pour Blanche Weber, la question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais à quelle vitesse et avec quelle détermination.