
Pendant la visite apostolique du pape en France, de vendredi à lundi, le chef de l'Etat français n'assistera à aucune messe, mais sera "représenté par le Premier ministre" Sébastien Lecornu, ainsi que "par son épouse" Brigitte Macron, samedi place de la Concorde à Paris, a précisé la présidence à la presse.
"Il est incontournable": Robert Schuman (1886-1963), un des pères de l'Europe dont le pape doit saluer la mémoire lors de sa venue en Moselle, reste très présent dans la petite ville de Scy-Chazelles.
C'est dans cette commune de 2.800 habitants perchée sur le mont Saint-Quentin, dans la banlieue de Metz, que l'homme d'Etat discret et pieux avait élu domicile en 1926 jusqu'à sa mort, à l'âge de 77 ans.
Sans qu'on puisse parler de "Schumanmania", le responsable politique "reste dans les mémoires et dans les cœurs. On y fait souvent référence. Il est incontournable", résume Jérôme Petitjean, curé de la commune depuis 10 ans, qui dit à l'AFP mentionner parfois dans ses sermons cet homme "authentique et modeste".
Une mémoire entretenue par sa maison, devenue musée, qui offre un aperçu de sa vie, avec des photos, son piano, sa bibliothèque et des documents liés à son action pour l'Europe dans l'après-guerre.
Dans cette bâtisse, il a travaillé à sa célèbre déclaration du 9 mai 1950, inspirée par Jean Monnet, qui conduira à la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca) et posera les bases de la construction européenne.
Un centre adjacent retrace de façon didactique les étapes de la réconciliation franco-allemande et de l'avènement de l'Union européenne.
"Ici, à Metz et même dans toute la région, tout le monde le connaît, y compris nous les jeunes, car on est tous allés visiter sa maison un jour ou l'autre avec notre classe", témoigne Amandine Kieffer, la vingtaine, rencontrée dans la ville.
Né allemand à Luxembourg, Robert Schuman grandit dans une région frontalière marquée par les influences française, allemande et luxembourgeoise.
Il perd son père à l'âge de 14 ans, puis 10 ans plus tard sa mère, dont il était très proche, songe un temps au sacerdoce, mais devient finalement avocat et s'installe à Metz en 1912.
Devenu Français après la Grande guerre, pendant laquelle il n'a pas combattu pour raisons de santé, il est élu député en 1919.
Celui qui restera célibataire va consacrer sa vie à la réconciliation entre les peuples, alliant largement foi et politique.
En mars 1940, il est nommé sous-secrétaire d'État aux réfugiés dans le gouvernement de Paul Reynaud. Puis il vote les pleins pouvoirs, comme la grande majorité des députés, au maréchal Pétain.
Emprisonné ensuite par les nazis en septembre, il s'évade pour entrer dans la clandestinité.
Qualifié par certains de "produit de Vichy" après la guerre, il ne doit qu'à l'intervention du général de Gaulle de pouvoir revenir en politique.
Il est alors plusieurs fois ministre et chef du gouvernement sous la IVe République, puis président de l'assemblée parlementaire européenne.
Le 28 septembre à Metz, le souverain pontife doit honorer l'action de celui qui fut aussi appelé le "saint en veston".
En ces temps de bouleversements géopolitiques majeurs, Léon XIV veut dire à l'Europe "de retrouver les fondements premiers" présents dans la déclaration Schuman de 1950, a récemment souligné Antoine Hérouard, premier vice-président de la Commission des épiscopats de l'Union européenne.
L'une des phrases emblématiques du texte proclame que "la paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent".
Le pape n'ira toutefois pas se recueillir sur la tombe de Schuman en l'église Saint-Quentin de Scy-Chazelles, comme un temps envisagé car, selon Mgr Hérouard, il ne veut pas s'ingérer "dans le processus de béatification" du responsable politique.
En 2021, le pape François, prédécesseur de Léon XIV, a en effet reconnu à Robert Schuman des "vertus héroïques", lui octroyant le titre de "vénérable".
Cette reconnaissance précède une béatification, laquelle exige un miracle. Un second miracle, validé par le Vatican, permet ensuite d'obtenir le statut de "saint".
"La balle reste dans le camp du Bon Dieu", pointe l'abbé Petitjean.
La visite du pape permettra peut-être d'étendre la notoriété au père de l'Europe, espère-t-il, et contribuera à ce que dans l'avenir "Dieu accordera un miracle à son intercession".