Elle avait amassé plus de 5.000 personnes le 17 octobre dernier. La première des manifestations contre la vie chère s'était déroulée pacifiquement dans un premier temps, avant que les choses dégénèrent en fin d’après-midi. Dans la Rue des Clercs, une boutique Sandro avait été entièrement dévalisée, pendant que sur la Place d’Armes, CRS et manifestants s’échangeaient pavés et gaz lacrymogènes. Alors, à la veille d’un deuxième acte prévu ce samedi, la peur s’est grandement emparée des commerçants.
Pour Marie-France, responsable du Zapa qui est situé juste à côté du Sandro, il est hors de question de se mettre en danger avec son employée pour sauver sa boutique. “Certains disent qu’il faut être prêt à se sacrifier. Moi je préfère fermer pour protéger mes employés et mes produits. Ce qui s’était passé, c’est juste effrayant.”
Même chose pour Valérie, cordonnière située deux boutiques plus loin : “Il faut protéger les employés en priorité. En fonction de la tournure que prendra la manifestation, on verra s’il faudra tout fermer ou non. On a des vitres, et une porte blindée.” Samedi dernier, elle et son mari avaient été contraints de fuir leur commerce en urgence.
“Je leur taperai dessus”
Pour tous les commerçants messins, la situation est sous haute tension : le problème pour le moment est que l’ampleur du mouvement est difficile à appréhender. Aucun rassemblement n’a encore été confirmé officiellement par les autorités préfectorales, et on ne sait juger le nombre de personnes qui seront présentes, ainsi que leurs intentions.
Certains comme Nespresso ont commencé à mettre de grands panneaux en bois devant leurs vitres pour les protéger, laissant présager des scènes de batailles à venir. “Je voulais en mettre devant ma boutique, mais malheureusement mon fournisseur n’en avait plus !” déplore Pierre, responsable du Mise Au Green.
Pierre a passé une grosse partie de sa matinée à échanger avec ses confrères commerçants, et ses supérieurs pour décider quoi faire ce samedi. “On n’a aucune information pour l’instant, ce qui nous inquiète beaucoup. Je suis très stressé pour demain, il faudra voir si on reste ouvert juste le matin, ou si on doit fermer toute la journée.”
Certains seront complètement fermés, comme Cotélac, sur décision nationale. D’autres veulent exercer leur métier à tout prix, même s’il faut faire face aux casseurs. Très remontée, la gérante d’une boutique du centre-ville ne comprend pas ces comportements. “J’ai des rideaux métalliques qui ne sont plus trop fonctionnels. Je tenterai de les descendre s’il faut, mais sinon je leur taperai dessus !”
Comment continuer à exercer ?
Samedi dernier, la marche pacifique s’était transformée en un véritable affront au pied de la cathédrale. Jérôme a tout vu, lui qui a sa boutique très proche de la Place d’Armes. Il a tout filmé sur son téléphone : “C’était une véritable guérilla. Les jeunes couraient, les policiers les suivaient. Il y avait des pavés, des barrières de sécurité qui étaient lancées. Heureusement pour nous, deux CRS étaient postés devant la porte, donc personne n’a pu venir.”
Le responsable de la boutique de vêtements, dont il préfère taire le nom, est effaré par les violences que l’on voit partout à l’encontre des commerçants. “Moi ce que je souhaite surtout, c’est qu’il n’y ait pas de pillages. Nous, on est tous comme vous, on a nos problèmes aussi en tant que petits commerçants. C’est notre travail, et aussi notre salaire.”
Il s’est donc préparé depuis samedi dernier, et annonce avoir “pris de grosses mesures pour protéger notre boutique au cas où certains essaient de rentrer dans le magasin.” Mais difficile de faire quelque chose si une horde de casseurs venait à pénétrer dans une boutique. Jérôme compte beaucoup sur les forces de l’ordre, dont il a salué le travail pour assurer la sécurité de sa boutique lors du premier acte.
Le plus difficile pour les commerçants, ce sont les répercussions sur leur chiffre d'affaires. Pierre et sa boutique Mise Au Green perdront “80% de leur chiffre d’affaires” ce samedi. Mais pour Jérôme, il faut voir bien plus loin que cela. “Si à chaque samedi, on ne peut pas vendre, cela va vite poser problème. C’est notre plus gros jour. J’ai aussi peur pour l’attractivité du centre-ville, et pour le Marché de Noël, qui fait venir beaucoup de clients d’habitude.”
Alors, quelle sera l’ampleur du mouvement du samedi 24 octobre ? À Metz, la réponse sera donnée demain à 14h, sur la Place de la République. Une réponse de la préfecture pour autoriser une manifestation encadrée est à prévoir dans la soirée du vendredi.