
Ses proches, vêtus de noir, et son épouse, tenant dans ses bras leur bébé né à peine une semaine avant la mort de l'artiste dans un accident de la route, se sont recueillis une dernière fois samedi devant l'imposante guitare en bois peint et vernis aux cordes fushia à Adjen Kotoku Amoama, une banlieue d'Accra, la capitale ghanéenne.
Ce cercueil peu banal a été fabriqué par Daniel Oblie Mensah, plus connu sous le nom de "Hello", qui s'inspire depuis 35 ans des métiers, des passions et du statut social des gens pour fabriquer le réceptacle de leur repos éternel.

Au Ghana, en particulier au sein des communautés Ga autour de la capitale, les cercueils figuratifs ou fantaisistes peuvent prendre la forme de presque tout ce qui est associé au défunt.
Les pêcheurs peuvent être enterrés dans des poissons ou des pirogues, les agriculteurs dans des cabosses de cacao, les chauffeurs dans des voitures et les personnalités religieuses dans des bibles.
"Chaque fois que quelqu'un me commande un cercueil représentant la profession du défunt, cela m'enthousiasme", explique Daniel Mensah dans son atelier de la banlieue d'Accra. "Cela m'aide à rendre véritablement hommage au défunt et à sa famille", s'enorgueillit-il.

La tradition moderne des cercueils sculpturaux est apparue chez les artisans Ga des environs d'Accra au milieu du XXe siècle, s'inspirant en partie des palanquins aux formes élaborées utilisés par les chefs traditionnels.
Aujourd'hui, ces objets localement appelés "abebbu adekai" ("boîtes à proverbes") occupent un espace singulier, à mi-chemin entre l'art funéraire et l'art contemporain.
Ils sont toujours enterrés sous terre avec les défunts, mais certaines versions sont également commandées par des collectionneurs et exposées dans des musées à des milliers de kilomètres du Ghana.
Un cercueil en forme de guitare réalisé par l'artiste ghanéen Paa Joe figure actuellement au Metropolitan Museum of Art de New York (Etats-Unis).

Quelques jours avant l'enterrement du musicien, l'AFP avait assisté à une autre cérémonie, celle rendant hommage à un enseignant, Samuel Commey Tettey, décédé à 83 ans, surnommé "Le Professeur" par sa communauté de Paanor, dont le cercueil représentait un stylo géant.
Daniel Mensah a passé environ deux semaines à fabriquer ce stylo blanc et bleu à la mine dorée. Après le recueillement, la musique et les rites, il n'aura fallu que quelques minutes pour ensevelir définitivement le cercueil et son hôte.
Dans les ateliers des environs d'Accra, des dizaines d'autres vies attendent d'être transposées dans le bois.
À l'atelier de menuiserie Kane Kwei, Lawrence Okoe Anang, 26 ans, a grandi au milieu de ces œuvres. Il a commencé à apprendre le métier vers l'âge de 10 ans et dirige aujourd'hui l'activité familiale avec son frère.

Certains clients arrivent avec une photo représentant exactement ce qu'ils souhaitent, d'autres se contentent de décrire la vie de la personne décédée. C'est dans ce dernier cas que les artisans peuvent laisser libre cours à leur imagination.
L'un des modèles les plus difficiles dont se souvienne M. Anang était un crocodile commandé il y a plus de 10 ans pour un prêtre de la région de la Volta, dans le sud-est du Ghana.
Son père avait fabriqué le cercueil, tandis que le fils, qui apprenait encore le métier à l'époque, aidait à l'atelier.
"Un cercueil destiné à être enterré coûte environ 900 dollars" (10.000 cédis ghanéens, environ 770 euros), explique-t-il.
Mais les pièces destinées à des expositions peuvent se vendre le double car les artisans utilisent des matériaux plus résistants et des techniques de fabrication plus solides afin que les œuvres puissent supporter le transport et les manipulations répétées.

"Certaines créations sont exportées. D'autres sont achetées comme objets de décoration ou souvenirs", raconte Lawrence Anang, pour qui la fonction initiale des cercueils, "honorer les défunts", reste la plus importante.
La pratique a considérablement évolué depuis l'époque où seuls les outils à main existaient. Les équipements modernes ont accéléré la production, l'approvisionnement en bois est devenu plus fiable et les commandes venues de l'étranger ont élargi le marché.
"Je ne suis pas un menuisier ordinaire", commente M. Anang, qui espère que son propre fils suivra ses pas.
"Je me considère à la fois comme un menuisier et comme un artiste, car je crée quelque chose à partir de rien, et c'est ce que fait l'artiste", estime-t-il.