Acheter un vêtement ou un accessoire de mode, le porter ponctuellement sans retirer l'étiquette, puis le ramener en magasin pour obtenir un remboursement. C'est l'essence même du 'wardrobing', une pratique qui n'est en rien nouvelle mais qui opérerait un retour en force pour faire face à la hausse incessante des prix. Si certains y voient un moyen de ne pas surconsommer, de frimer avec des vêtements hors de prix, voire un simple jeu, l'idée de départ reste claire : s'habiller gratuitement.

De la fiction à la réalité, il n'y a souvent qu'un pas… Et pour cause, les films et séries télévisés ne sont pour la plupart que le reflet du quotidien du commun des mortels. Chose qui nous amène à dire que le "wardrobing", présenté comme la dernière tendance en vogue, n'est absolument pas une nouvelle pratique.

Les adeptes de la série à succès "Gossip Girl", diffusée entre 2007 et 2012, se rappelleront sans doute des personnages de Juliet Sharp et Jenny Humphrey, contraintes d'avoir recours au "wardrobing" pour pouvoir s'intégrer dans l'élite new-yorkaise. Et c'est loin d'être la seule fiction à mettre en avant cette pratique à la limite de la fraude, bien qu'en théorie il soit tout à fait possible 'd'essayer' un vêtement puis de le rapporter en vue d'un remboursement.

Le "wardrobing", que l'on peut traduire en français par "porté-retourné", ferait de plus en plus d'émules dans le monde, et notamment en France, pour faire face à l'inflation. "Les adeptes de cette pratique y voient une nouvelle façon de faire des économies, qui leur permet de porter pendant peu de temps un vêtement avant de le rendre", explique Le Point.

Et d'ajouter: "Un nombre important de Français, en majorité des jeunes, s'y adonneraient ainsi régulièrement". Mais le boom de cette pratique s'expliquerait également, selon ses adeptes, par une volonté de faire du bien à la planète en consommant moins, ou encore, non pas de porter ces vêtements par nécessité, mais d'avoir accès à des pièces de luxe gratuitement. Et l'avènement des réseaux sociaux, où les générations les plus jeunes partagent régulièrement leurs outfits, n'est sans doute pas étranger à la démocratisation de cette pratique.

Un lourd impact environnemental

Au-delà des pertes financières engendrées par ces retours d'un genre particulier, pour les marques et enseignes tout du moins, le "wardrobing" ne serait pas, comme certains le justifient, une pratique éco-responsable.

Bien au contraire, les retours, quels qu'ils soient, représentent un lourd impact pour l'environnement, notamment lorsque les achats sont effectués en ligne. En France, l'Agence de la transition écologique (Ademe) préconise d'ailleurs : "Le e-commerce offre la possibilité d’effectuer facilement plusieurs commandes et de retourner aisément et gratuitement les articles. Mais les retours produits fréquents entraînent une multiplication des transports et augmentent encore les émissions de gaz à effet de serre. L’Ademe recommande donc de limiter les retours et de mutualiser les commandes".

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Un constat que confirme la chercheuse Regina Frey, interrogée par Le Figaro : "Il est souvent moins cher de se débarrasser des articles indésirables que de les stocker et de les rafraîchir pour les revendre", sous-entendant que ces articles portés puis retournés finissent pour partie au moins dans les décharges.

Le poids environnemental des retours est d'ailleurs l'argument repris par la foule d'enseignes ayant récemment changé leur politique en la matière. Auparavant gratuits, les retours peuvent aujourd'hui être soumis à un coût, notamment pour les achats en ligne, comme chez Zara et H&M, par exemple. Généralement fixés à moins de deux euros, ces frais peuvent-ils réellement freiner cet engouement pour le "wardrobing" ? Rien n'est moins sûr. D'autant plus que les retours en magasins physiques restent, eux, gratuits.

Des alternatives vraiment clean

Sur TikTok, le hashtag #wardrobing génère à date un million de vues, mais il ne renvoie pas vers des vidéos d'utilisateurs mettant en avant ce nouveau comportement d'achat - ou de non achat.

S'il est impossible de dire combien de consommateurs y ont réellement recours, il semblerait que la pratique ne soit pas le fait du plus grand nombre, et qu'elle ne soit expérimentée que de façon ponctuelle, pour des grandes occasions, par exemple. Reste qu'il existe plusieurs alternatives qui permettent de faire des économies, tout en agissant en faveur de l'environnement, sans avoir à recourir à une pratique à la limite de la fraude.

La location de vêtements compte parmi ces solutions, permettant de porter ponctuellement des pièces de luxe, ou tout du moins des articles que vous n'avez pas l'habitude de porter au quotidien, à moindre coût - et sans avoir à renouveler sans cesse votre garde-robe. Tout comme la seconde main, une pratique qui gagne du terrain depuis la crise sanitaire. Cette dernière permet de s'offrir ces vêtements tant désirés sans avoir à (trop) rogner sur son budget, mais aussi de revendre des articles peu portés. Une sorte de "wardrobing" qui, bien que sans doute moins rentable, se veut elle tout à fait légale.