Au pied de la cathédrale Saint-Etienne de Meaux, une immense tartine de brie de Meaux file sur une centaine de mètres sur des tables alignées dans la rue, établissant un singulier record mondial samedi pour ce fromage emblématique de Seine-et-Marne.

Pour la troisième édition du festival annuel "Brie Happy", la confrérie du brie de Meaux, une organisation folklorique d'"amoureux" et "passionnés" de ce fromage rond à pâte molle et croûte fleurie blanche, a eu l'idée de ce record du monde aisé à établir. Car nul ne s'y est jamais essayé...

"C'est une grande fête autour du brie de Meaux car nous pensions que le fromage le méritait", explique à l'AFP Thierry Bitschené, retraité et président de la confrérie du brie de Meaux, qui l'assure: "Tous les matins, une petite lichette de brie et vous avez la santé toute l'année".

Pour l'occasion, les 24 membres de cette confrérie mi-sérieuse mi-rigolarde, qui reprend des codes moyenâgeux mais a été fondée il y a trente ans seulement, sont venus en tenue d'apparat: toge beige couleur brie affiné, toque en forme de... brie, évidemment.

Depuis le matin, les couteaux et poignets vont bon train pour étaler sur 300 demi-baguettes les 15 roues de brie de Meaux offertes par l'organisation officielle des bries de Meaux et de Melun, les deux fromages d'appellation d'origine protégée (AOP) du département.

Devant une foule grossissante de curieux, une première équipe dispose l'ensemble sur la suite de tables nappées de blanc et rouge, tandis qu'une seconde repasse derrière pour vérifier que les tartines sont bien collées les unes aux autres sans espacement.

Son brie de Meaux, Ludovic Bisot, meilleur ouvrier de France fromager, venu présider un jury de dégustation, l'aime "affiné à cœur, avec un morceau de pain, sans chichis, sans truffe, éventuellement avec des petits éclats de fruits secs, de noix, de pistaches".

Défense du patrimoine

Comme d'autres fromages, celui-ci est confronté au problème de la baisse du nombre d'éleveurs laitiers dans son bassin traditionnel. Dans les années 1980, ces difficultés avaient déjà conduit à élargir la zone de production AOP des bries de Meaux, qui sont désormais principalement fabriqués dans la Meuse.

"Il n'y a pas d'AOP qui est morte par faute d'acteurs, mais il y en a qui sont fragiles, avec très peu de producteurs. Mais dans le brie, on n'est pas dans la zone rouge", avec 7.500 tonnes écoulées par an, relativise Ludovic Bisot.

L'appétissante tartine de 100 mètres de long est prête. Avec grand sérieux, un huissier et un géomètre prennent les mesures exactes pour constituer un dossier qui sera ensuite envoyé au Livre Guinness des records pour homologation.

"Elle est... crémeuse ! Onctueuse ! Savoureuse !", scandent les membres de la confrérie sur les marches de la cathédrale. "C'est des grands malades !", rigole au micro le maire (LR) de la ville, Jean-François Copé.

Dix-neuf confréries ont fait le déplacement de toute la France pour participer à cette fête du brie, chacune avec un costume bien à elle. Y sont représentés aussi bien les artichauts de Bretagne que les rillettes et rillons de Touraine ou des cidres franciliens.

Au-delà de leur côté folklorique et festif, ces organisations servent à faire vivre et défendre le patrimoine gastronomique traditionnel dans sa diversité, estime Birgit Schrüfer. Cette professeure d'allemand est l'une des trois femmes membres de la confrérie du brie de Meaux, qui ont obtenu il y a cinq ans seulement le droit de porter elles aussi la tenue traditionnelle.

"Il y a eu une standardisation de la nourriture, c'est-à-dire que tout le monde mange la même chose, qui n'a finalement pas de goût. Les gamins sont élevés à la Vache qui rit ou au camembert Président", s'indigne cette farouche défenseure du fromage au lait cru.

Les professionnels rendent leur verdict: la tartine de brie de Meaux fait très exactement... 100,28 mètres ! Des cotillons jaillissent, les applaudissements fusent. Distribuée à la foule, la tartine est avalée en quelques minutes.