Ziel mir keng!Quels sont les risques liés à l'alcool ?

avec le FNR et science.lu
Quels effets l'alcool a-t-il sur notre corps ? À quel point l'alcool est-il nocif, notamment par rapport à d'autres drogues ? Et à partir de quand est-on considéré comme alcoolique ?
Ziel mir keng - Quels sont les risques liés à l'alcool ?
Quels effets l'alcool a-t-il sur notre corps ?

Une petite bière, ça ne peut quand même pas faire de mal. Un verre de vin rouge au dîner, c'est même bon pour le cœur !

C'est du moins ce qu'affirment quelques études1 2 3. D'autres, en revanche, recommandent4 5 6 de s'abstenir de boire de l'alcool, car la moindre goutte comporterait des risques pour la santé.

Alors, qu'en est-il ?

L'alcool – état des lieux

L'idée selon laquelle une consommation faible à modérée d'alcool serait bonne pour le cœur est aujourd'hui contestée7 8 9 10 11 12 13 14 15 et ne peut plus être soutenue en ces termes. Et si l'on tient également compte des risques de cancer, de lésions hépatiques, d'accidents, de violence ou de dépendance, le bilan est clairement négatif16.

Chaque année, l'alcool entraîne quatre fois plus de décès17 que toutes les drogues illégales réunies. Et pourtant, beaucoup de gens aiment boire de l'alcool !

D'où nos questions du jour : quels effets l'alcool a-t-il sur notre corps ? À quel point l'alcool est-il nocif, notamment par rapport à d'autres drogues ? Et à partir de quand est-on considéré comme alcoolique ?

Pourquoi une consommation modérée d'alcool nous procure-t-elle une sensation de bien-être ?

L'alcool est consommé dans le monde entier depuis des milliers d'années. Le vin, la bière et les eaux-de-vie font partie de notre culture, et beaucoup associent l'alcool à d'agréables moments de convivialité entre amis ou lors de fêtes.

L'alcool diminue l'activité du cortex préfrontal, qui est responsable du contrôle de soi et de la prudence18. De plus, il entraîne la libération d'endorphines et nous donne l'impression d'être moins stressés ou anxieux19 20 21 22 23. Tout cela contribue à nous détendre, à réduire nos inhibitions, à nous procurer une sensation de bien-être et à favoriser notre sociabilité. Des études montrent que les personnes qui consomment ensemble de l'alcool avec modération rient et discutent davantage entre elles et ressentent une plus grande proximité sociale24 25 26 que les groupes témoins sobres.

Comment l'alcool affecte-t-il notre corps ?

Malheureusement, l'alcool est aussi une cytotoxine. Il est cancérigène et peut entraîner une dépendance. À partir de l'estomac et de l'intestin, l'alcool se répartit dans l'ensemble du corps, y compris dans le cerveau, et y cause des dommages. Dans le cerveau, il perturbe par exemple la transmission de signaux entre les neurones27 28 29. Dans les cellules, il endommage les protéines et l'ADN30 31.

Lorsqu'il dégrade l'alcool, le foie produit en outre de l'acétaldéhyde, une substance intermédiaire encore plus toxique que l'alcool et elle aussi cancérigène32.

Quand une personne est en état d'ivresse, la mémoire, le temps de réaction et la capacité de jugement se dégradent de façon mesurable, si bien qu'une forte alcoolisation peut aller jusqu'à provoquer un trou de mémoire complet.

Chez les jeunes en particulier, un excès d'alcool entraîne des dommages mesurables dans le cerveau33 34 35 36, qui poursuit son développement jusqu'au milieu de la vingtaine.

Quelle est l'ampleur des dommages causés par l'alcool au sein de la population ?

Selon l'OMS, 2,6 millions de décès dans le monde sont attribuables chaque année à la consommation d'alcool37, dont un tiers rien qu'en Europe. Il peut s'agir de décès directs, par exemple à la suite d'une cirrhose, d'une maladie cardiovasculaire ou d'un cancer ou de décès indirects, notamment en cas de violences, de suicides ou d'accidents.

D'ailleurs, aux États-Unis, en 2022, seuls 59 % des décès dans des accidents liés à l'alcool concernaient les conducteurs alcoolisés eux-mêmes38. Les autres victimes étaient des passagers avant, des piétons ou des occupants d'autres véhicules, morts à cause de la consommation d'alcool d'une autre personne.

On estime aussi que 630 000 bébés naissent chaque année avec un trouble du spectre de l'alcoolisation fœtale39 et en subissent les conséquences à vie, parce que leur mère a consommé de l'alcool pendant la grossesse.

Des études menées dans des pays anglo-saxons montrent qu'entre 20 et 79 %40 41 42 43 44 45 46 de la population a déjà subi un préjudice en raison de la consommation d'alcool d'autres personnes, par exemple à la suite de disputes, d'accidents ou de négligence au sein de la famille.

Quels sont les risques liés à l'alcool par rapport à d'autres drogues ?

Pour le consommateur lui-même, l'héroïne, le crack et la méthamphétamine sont plus dangereux que l'alcool.

Mais une étude britannique souvent citée47 48 et une étude similaire menée pour l'Europe sont arrivées à la conclusion suivante : si l'on tient également compte des dommages causés à d'autres personnes, comme les accidents, les violences et les problèmes familiaux, l'alcool arrive clairement en tête de l'évaluation globale, devant l'héroïne et le crack.

L'alcool peut provoquer des cancers

L'alcool peut entraîner huit types de cancers49 50, dont les cancers de la cavité buccale, de l'œsophage, du foie et de l'intestin, ainsi que le cancer du sein chez la femme.

© FNR

Et il n'existe pas de seuil connu en dessous duquel le risque de cancer n'augmente pas51 52.
Selon une étude récente53 54, la consommation de moins d'un verre de vin par jour entraîne 23 000 nouveaux cas de cancer chaque année dans l'UE, dont près de la moitié sont des cancers du sein.

Conclusion intermédiaire

L'alcool peut certes être source de plaisir et de convivialité, mais il est clairement mauvais pour la santé, et peut entraîner une dépendance et causer des préjudices importants. La situation devient particulièrement problématique lorsque l'alcool est consommé en grandes quantités55 56 57.

À partir de quand est-on considéré comme alcoolique ?

En médecine, on ne fait pas de distinction binaire entre alcooliques et non-alcooliques. C'est plus nuancé que cela.
On peut par exemple examiner la consommation d'alcool. Selon le Dr Claude Besenius, chargée de direction du Centre thérapeutique, on fait la distinction entre :

  • une consommation modérée d'alcool ;
  • une consommation à risque, c'est-à-dire le niveau à partir duquel le risque de dépendance augmente ;
  • une consommation nocive, lorsque des dommages physiques ou psychiques manifestes sont déjà apparus ;
  • et la dépendance.
Dr. Claude Besenius, Chargée de Direction du Centre Thérapeutique Useldange
Dr. Claude Besenius, Chargée de Direction du Centre Thérapeutique Useldange
© FNR

Dans l'UE, un homme consomme en moyenne l'équivalent de près de 20 verres standard par semaine, contre environ six pour une femme58.
Pour simplifier, un verre standard correspond à un verre de bière, un verre de vin ou une eau-de-vie.
Il s'agit d'ailleurs d'un niveau considéré comme à risque, voire nocif.

Infokasten: Le terme « alcoolique » est certes fréquemment utilisé dans le langage courant, mais il est considéré comme péjoratif et réduit la personne à sa maladie. Il est donc recommandé de parler, par exemple, d'une « personne dépendante à l'alcool ». En Europe, la classification CIM-11 de l'OMS s'applique. Elle fait par ailleurs la distinction entre une consommation nocive d'alcool et une dépendance. La classification américaine DSM-5 parle, quant à elle, de « trouble lié à la consommation d'alcool », donc d'un continuum.  

Qu'en est-il de la consommation au Luxembourg ?

Au Luxembourg, la consommation d'alcool est comparativement élevée : 43 % des habitants consomment de l'alcool chaque semaine, contre un peu moins de 29 % en moyenne dans l'UE59. Une personne sur dix y consomme de l'alcool de manière excessive au moins une fois par semaine, contre une sur 30 dans l'UE60 61.
Mais, comme les quantités consommées ne suffisent pas à elles seules à évaluer les problèmes psychiques, physiques ou sociaux, il existe des classifications plus fines.

Auto-évaluation selon la classification de l'OMS

En Europe, on utilise la classification CIM-11 de l'OMS. Procédons à l'auto-évaluation : combien des critères suivants avez-vous observés au cours des douze derniers mois ?

  1. Vous avez régulièrement des difficultés à contrôler votre consommation (par exemple, le moment où vous commencez ou arrêtez de boire, la quantité ou la fréquence). Vous ressentez un besoin fort de boire de l'alcool.
  2. L'alcool passe avant d'autres aspects importants de votre vie, comme le travail, les relations ou la santé, si bien que vous continuez à boire, malgré les conséquences négatives.
  3. Vous développez une tolérance et/ou des symptômes de sevrage que vous devez compenser par une consommation accrue ou constante.

Selon la CIM-11, deux réponses honnêtes par l'affirmative suffisent pour parler de dépendance, quel que soit le nombre de verres consommés par semaine.

Infokasten: La classification américaine DSM-5 parle comme mentionné de « trouble lié à la consommation d'alcool », donc d'un continuum. Il existe au total onze critères et un classement selon le degré de sévérité. Si vous remplissez deux à trois critères sur une période de douze mois, le trouble lié à la consommation d'alcool est léger, avec quatre à cinq critères, il est modéré, et avec six critères ou plus, il est sévère. Voici les onze critères :

  • Vous consommez souvent de l'alcool en plus grande quantité ou pendant une période plus longue que prévu. 
  • Vous souhaitez constamment réduire votre consommation d'alcool ou essayez sans succès de le faire. 
  • Vous consacrez beaucoup de temps à vous procurer de l'alcool, à en consommer ou à vous remettre de ses effets. 
  • Vous ressentez une forte envie ou un besoin impérieux de consommer de l'alcool. 
  • À cause de l'alcool, vous négligez vos obligations au travail, à la maison ou à l'école. 
  • Vous continuez à boire de l'alcool, malgré des problèmes sociaux ou relationnels récurrents liés à votre consommation. 
  • À cause de l'alcool, vous réduisez d'importantes activités sociales, professionnelles ou de loisirs, voire vous y renoncez complètement.  
  • L'alcool vous expose régulièrement à des situations dangereuses, par exemple lorsque vous conduisez en état d'ivresse. 
  • Vous continuez à boire de l'alcool, alors que vous savez qu'il vous cause des problèmes physiques ou psychiques. 
  • Vous avez développé une tolérance à l'alcool, c'est-à-dire que vous devez en consommer nettement plus pour ressentir le même effet, ou la même quantité produit un effet nettement moindre.  
  • Vous présentez des symptômes de sevrage ou consommez de l'alcool ou d'autres substances pour les atténuer ou les éviter.

Selon l'addictologue Dr Jean-Marc Cloos, au-delà de la place qu'occupe l'alcool dans la vie, il faut s'interroger sur les raisons pour lesquelles on en boit. Chaque personne concernée a besoin d'un diagnostic et d'un accompagnement individuels. Et il ne faut pas oublier une chose : en cas de dépendance à l'alcool, l'abstinence à vie est le seul moyen d'en sortir.

Dr. Jean-Marc Cloos, Directeur médical du CHdN
Dr. Jean-Marc Cloos, Directeur médical du CHdN
© FNR

Infokasten: Où trouver de l'aide
D'ailleurs, si vous connaissez quelqu'un qui a besoin d'aide en raison de sa consommation d'alcool, il existe de nombreux interlocuteurs au Luxembourg auxquels il est possible de s'adresser, y compris de manière anonyme, pour obtenir des conseils ou de l'aide. En voici quelques-uns :

Médecin traitant
CNAPA – Centre National de Prévention des Addictions
Centre ÄDDI-C - Rehaklinik
Alcooliques anonymes

Centre Thérapeutique Useldange (CHNP / Rehaklinik)
ZithaKlinik – Polyclinique consultation en addictologie

Conclusion

Le vin, la bière et les eaux-de-vie font partie de notre culture. Consommés avec modération, ils favorisent la convivialité, aident à dépasser des inhibitions et procurent de bons moments.
Mais malheureusement, l'alcool peut aussi entraîner une dépendance et est une cytotoxine. L'alcool est cancérigène, même lorsqu'il est consommé avec modération. Il entraîne de nombreux problèmes de santé ainsi que des préjudices pour l'entourage, surtout lorsqu'il est consommé en grandes quantités.
La distinction classique entre alcooliques et non-alcooliques n'est aujourd'hui plus appliquée telle quelle, et la dépendance ne se définit pas uniquement par la quantité d'alcool consommée, mais aussi par d'autres critères.

Ce n'est pas notre rôle de dire à quiconque ce qu'il doit faire. Notre objectif est simplement de présenter l'état actuel des connaissances scientifiques. Chacun peut ensuite évaluer le plaisir que lui procure la consommation d'alcool au regard des risques qu'elle implique.

Auteurs : Jean-Paul (Jhemp) Bertemes, Michèle Weber (FNR)
Rédaction et vérification : Anouk Ewen, Linda Wampach (FNR)
Examen par les pairs : Torsten Bohn (LIH), Claude Besenius (Centre thérapeutique), Jean-Marc Cloos

Traduction : Nadia Taouil (www.t9n.lu)

<b>Sources</b>

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