À quelques jours des élections législatives, que prévoient les partis pour régler améliorer les revenus des Luxembourgeois et des frontaliers? RTL Infos se plonge dans les programmes des candidats.

Les revenus sont l'un des thèmes les plus clivants de la campagne électorale. Si la grande réforme du barème d'impôt unique apparaît comme un incontournable des programmes, ses effets provoquent déjà des oppositions frontales.

Faut-il abolir les classes d'impôt, et à quel rythme? Faut-il taxer davantage les hauts revenus? Ou au contraire, mieux vaut-il rester attractif et accueillant pour ces gros patrimoines? Et quelle place donner aux aides et aux différents abattements qui réduisent votre imposition? Tour d'horizon des promesses des candidats aux législatives.

La priorité, c'est la grande réforme de l'impôt

Promise en 2018 mais abandonnée après les trop nombreuses crises des trois dernières années, la réforme de l'impôt est annoncée comme un des grands objectifs des cinq prochaines années. Le but: faire disparaître les classes d'impôt (1, 1a et 2) au profit d'une imposition individuelle plus juste. Car avec son système actuel, le Luxembourg avantage outrageusement les couples. Tandis que les célibataires, les veufs et veuves et les parents isolés paient le prix de cette politique fiscale "pro-famille".

La plupart des partis (DP, LSAP, déi gréng, déi Lénk, Piraten) s'engagent à mettre en place une individualisation de l'impôt. Leur moyen: créer un barème d'impôt unique qui soit "neutre quant au mode de vie des personnes".

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Abandonnée par le gouvernement sortant, la grande réforme de l'impôt mettrait fin au désavantage fiscal subi par les parents isolés. / © Jonathan Borba / Unsplash

"Personne ne devrait être fiscalement désavantagé en raison de sa situation familiale (marié, pacsé, veuf etc.)" souligne le DP, qui veut faire appliquer le nouveau barème "progressivement". Ses partenaires de la coalition sortante y voient le moyen d'alléger "la charge des ménages dont le revenu est inférieur ou égal à trois fois le salaire minimum" (déi gréng).

Pour ne pas oublier les parents, le LSAP compte lui ajouter un "crédit d’impôt pour chaque enfant du ménage". Crédit qui pourra être partagé entre les parents si ceux-ci sont séparés. Le CSV lui aussi souhaite "augmenter les abattements fiscaux pour les familles avec enfants": 1.000€  par enfant âgé de moins de 11 ans et 2.000€ par enfant âgé de 12 à 18 ans.

S'ils entraient au gouvernement, les Pirates promettent qu'une de leurs premières mesures seraient justement de placer toutes les familles monoparentales en classe 2. Une mesure que partagent l'ADR, KPL et Liberté-Fraïheet.

Un barème fiscal plus avantageux pour tous?

La période électorale permet généralement aux partis de dégainer une série de mesures favorables au plus grand nombre. Ce qui finit par poser la question: peut-on tous être gagnants? C'est le dilemme auquel chaque groupe politique a trouvé une réponse.

D'un côté, plusieurs partis proposent de réduire la fiscalité pour les bas revenus. C'est le cas des Pirates, de Fokus et du LSAP, qui veulent que le salaire social minimum soit exempté d'imposition sur le revenu. Les socialistes et les pirates aimeraient décaler vers le haut la progressivité du nouveau barème. Pour l'ADR, le salaire minimum net devra être porté au-dessus du seuil de pauvreté. Ce que le parti compte accomplir grâce à des crédits d'impôt.

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Les mesures fiscales sont diverses et variées chez les candidats aux élections législatives. / © Firmbee.com / Unsplash

Les Verts militent également pour un nouveau barème d'imposition qui allègera la charge fiscale des ménages"dont le revenu est inférieur ou égal à trois fois le salaire minimum". Et déi Lénk veut réduire la progressivité "au profit des revenus inférieurs".

Le CSV veut "moins d'impôts" en remontant le seuil d'entrée du barème fiscal de 11.265 à 15.000€, et jusqu'à 30.000€ pour les parents isolés et les veufs et veuves (22.500€ par an actuellement). Ainsi qu'en élargissant les tranches existantes de 2.500€ vers le haut, ce qui réduirait l'imposition de tous. Et les travailleurs rémunérés au salaire social minimum bénéficieraient d'un crédit d'impôt dégressif.

À lire également - Barème d'impôt: Pourquoi son indexation nous concerne tous

Pas de coalition "bleu-rouge-vert" sur l'imposition des hauts revenus

C'est un des points de fracture de la coalition DP-LSAP-déi gréng: la taxation des hauts revenus. Là où le LSAP, KPL et déi gréng veulent analyser le possible retour de l'impôt sur la fortune (supprimé en 2006), le DP se positionne contre. "Encore et toujours, le DP refuse tout impôt sur la fortune pour les particuliers. Un tel impôt demanderait un surcroît de travail administratif disproportionné et nuirait à l’attractivité du pays." Le CSV, les Pirates et Fokus refusent également l'impôt sur la fortune.

Dans le même ordre d'idées, le LSAP et déi gréng se sont prononcés en faveur d'une imposition plus élevée des hauts revenus. Chez le LSAP, la pression fiscale atteindrait 49% au-delà de 500.000€ de revenus. De son côté, déi Lénk augmentera l'imposition pour les "revenus élevés", avec une dernière tranche à 50%. Le CSV propose lui aussi une tranche supplémentaire, taxée à 43%, pour les revenus de 500.000€ ou plus par an. Chez KPL, c'est même 56%.

Tout l'inverse du DP, qui "refuse toute nouvelle augmentation du taux d’imposition maximal" pour rester "attractif pour les salariés nationaux comme internationaux".

Crédits d'impôt, abattements... De nombreuses aides ciblées

Pendant la crise de l'inflation, les aides gouvernementales accordées en tripartite ont permis de défendre le pouvoir d'achat. Et même de "surcompenser" le report de l'index. Une intervention qui a confirmé que les aides ciblées peuvent être plus efficaces et justes que des mesures générales. C'est dans cette idée que la plupart des partis ont axé leur défense du pouvoir d'achat sur des mesures spécifiques.

Les socialistes, par exemple, se démarquent avec une mesure pour les jeunes: pendant 5 ans, ils comptent leur accorder un crédit d'impôt de 200€ par mois pour les jeunes actifs. Et un crédit d'impôt CO2 renforcé pour les 40% de ménages les moins bien rémunérés. Mais aussi de mettre en place un "crédit d’impôt dégressif et lié au nombre d’enfants à charge" qui "devrait être accordé à chaque locataire/locatrice dont le revenu annuel brut est inférieur à 100.000€". Ainsi qu'un "abattement de revenu imposable pour enfants à charge ne faisant pas partie du ménage".

Un axe que l'on retrouve chez le CSV, qui propose un "kit de démarrage" pour les jeunes: trois ans d'allègements fiscaux pour leurs premières années professionnelles. Et des mesures touchant le plus grand nombre, avec des hausses des abattements fiscaux lors de la déclaration d'impôt.

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Plusieurs partis proposent des mesures ciblées en faveur des jeunes pour faciliter leurs débuts dans la vie active. / © Brooke Cagle / Unsplash

Les Pirates vont eux favoriser les revenus du travail, en proposant qu'un bonus accordé par une entreprise soit exempté d'impôt (jusqu'à 5.000€). Traitement qui serait également accordé au 13e mois.

Chez Fokus, on a également développé une mesure en faveur des locataires: le programme propose "qu'un certain montant du loyer soit déductible des impôts".

Mesure également présente chez déi gréng, qui veulent offrir un avantage fiscal pour "une partie des frais de location ou de logement". Comme les socialistes, ils veulent amortir "socialement" l'effet de la taxe CO2 en augmentant le crédit d'impôt associé. Leur programme indique en outre un "bonus climatique" fiscal dans la déduction des cotisations des contrats d'épargne-logement (pour les rénovations, les systèmes de production d'énergie...). En revanche, ils souhaitent également "imposer à l’avenir les revenus du capital, qui ne sont aujourd’hui imposables que pour moitié, comme les revenus du travail".

Nombre de partis ont également développé des mesures fiscales en faveur des familles. Nous les détaillons ici. Ainsi que pour lutter contre la crise du logement.