Le télétravail a explosé au plus fort de la crise du covid au Luxembourg. Mais qu'en est-il actuellement ?Analyse de la situation avec une cheffe de département d'un cabinet de recrutement.

Le Luxembourg a t-il bien pris le virage du télétravail ? À regarder l'état des autoroutes aux heures de pointe, on serait tenté de répondre que non ! Le succès de la campagne de vaccination au Grand-Duché a en effet sifflé la fin du télétravail dans certaines entreprises depuis quelques semaines, même si la recrudescence de nouveaux cas de covid récemment laisse planer un certain doute quant à son retour massif.

➡ A lire aussi : La vaccination boostée, une 3e dose pour les plus de 18 ans au Luxembourg

D'autres sociétés se sont ouvertes à ce mode de travail qui s'est imposé de lui-même lors des deux confinements, dès mars 2020 puis dès novembre de la même année, bouleversant un monde où de nombreux patrons aiment encore avoir leurs employés à l'oeil. Difficile toutefois de savoir exactement dans quelle proportion le télétravail s'est imposée au Luxembourg en cette fin d'année car les derniers chiffres du Statec ont été arrêtés à juin dernier.

Dans son rapport Travail & Cohésion Sociale, le Statec a ainsi constaté un ralentissement du télétravail au cours du 2e trimestre 2021 mais celui-ci reste encore fortement employé, avec 41% des actifs concernés. Au plus fort de la crise, lors du 2e trimestre 2020, le télétravail avait battu un record historiqueau Luxembourg avec 52% des salariés travaillant à la maison.

LE TELETRAVAIL GAGNAIT DU TERRAIN AVANT LE COVID

Pour Amandine Bianchi, cheffe de département au sein du cabinet de recrutement Robert Half à Luxembourg, "le télétravail fait désormais partie intégrante de la nouvelle façon de travailler. C'était une nécessité." Si le cabinet ne dispose pas non plus de chiffres exacts pour confirmer ces propos, Amandine Bianchi l'assure: "nous voyons de plus en plus d'entreprises qui proposent du télétravail et de la flexibilité. C'est une bonne chose, étant donné que de plus en plus de salariés attendent de leur employeur des possibilités de télétravail."

C'est notamment le cas dans le secteur financier, les services administratifs, les sociétés sans activités de production, les sociétés d’investissement, le secteur bancaire, le domaine des assurances... En un peu plus d'un an et demi, nombre de salariés ont ainsi pu apprécier les avantages qu'offre le télétravail (une vie privée plus équilibrée, moins de stress, parfois plus d'efficacité, et des temps de trajet passés dans les bouchons en moins). 

"Le télétravail continuera à faire partie de la vie professionnelle après le Covid, mais bien sûr dans une moindre mesure, estime Jean-Paul Olinger, directeur de l'UEL (Union des Entreprises Luxembourgeoises). S’il a des avantages notamment pour le salarié, il risque, si appliqué de façon excessive, d’avoir des désavantages notamment en matière de cohésion d’équipe, de culture d’entreprises et d’intégration/formation des nouvelles recrues."

Au passage, notons que le télétravail avait déjà gagné du terrain au Luxembourg bien avant le covid : selon des chiffres du Statec, le nombre de télétravailleurs a triplé pendant la dernière décennie, passant de 7% en 2010 à 20% en 2019.

UN ENJEU MAJEUR EN 2022

Pour Amandine Bianchi, cela ne fait aucun doute: le télétravail sera un enjeu majeur en 2022 pour les entreprises luxembourgeoises. "Les candidats sont nombreux et il est important de leur offrir un package intéressant", comprenant un salaire attractif certes, mais aussi "des avantages extralégaux, de la flexibilité et du télétravail."

Pour rappel, le nombre de jours télétravaillés au Luxembourg est limité mais a récemment évolué. Les frontaliers belges ont gagné 10 jours, passant de 24 à 34 jours de télétravail par an, hors période covid. Un accord fiscal scellé en août dernier par les deux ministres des Finances, Pierre Gramegna et son homologue belge, Vincent Van Peteghem. Les frontaliers français, quant à eux, ont été alignés sur ces mêmes 34 jours, ce qui représente 5 jours de plus puisqu'ils étaient limités jusque là à 29 jours de télétravail par an.

En cas de dépassement de ces seuils, le salaire en relation avec l’intégralité des jours travaillés en dehors du Luxembourg est imposable dans le pays de résidence du salarié. Mais ces seuils ne sont pas forcément des barrières au télétravail pour tous les employés. Et les entreprises peuvent tout à fait proposer un système de télétravail "hybride", selon la cheffe de département du cabinet de recrutement Robert Half. Ainsi, même si dépasser ces seuils "impacterait certainement" la rémunération du salarié, "depuis l’apparition de la pandémie, bon nombre d’employés sont prêts à considérer l'avantage du télétravail pour privilégier leur confort de vie au détriment d’une partie de leur rémunération" estime Amandine Bianchi.

Rappelons encore que tous les travailleurs frontaliers, allemands, français et belges peuvent effectuer du télétravail dans leur pays de résidence sans avoir d’incidence sur leur fiscalité ou leur affiliation à la Sécurité Sociale Luxembourgeoise, jusqu’au 31 décembre 2021.

"En refusant de la flexibilité et du télétravail, une entreprise va prendre le risque de perdre des employés talentueux et/ou de nouveaux candidats" conclut Amandine Bianchi.