Les vacances d'hiver s'annoncent très contrastées en montagne où le manque de neige dans certains massifs, notamment dans les Vosges, pousse la clientèle vers les grandes stations d'altitude. On fait le point.

Alors que la Cour des Comptes vient de rendre un rapport sévère sur le modèle économique du ski français, jugé fragile dans la perspective du changement climatique, de nombreuses stations de moyenne altitude souffrent des températures parfois record en montagne.

Nombre d'entre elles ont dû fermer une partie de leurs pistes et remontées mécaniques faute de neige, voire sont à l'arrêt dans l'attente des flocons.

"Il n'y a pas de neige sur les massifs de moyenne montagne (Vosges, Jura, Massif central)", résumait MétéoFrance. "Dans les Pyrénées et en Corse, seuls les sommets sont encore enneigés". Ce lundi matin, les perspectives restent moroses dans les Vosges, où le niveau d'enneigement "est actuellement de 34% de la normale" peut-on lire sur le site skiinfo.fr

RTL

Des personnes s'entraînent à skier sur de la "neige stockée" fabriquée à partir de la neige tombée plus tôt dans les mois d'hiver, à la station de ski de La Bresse-Honeck (Vosges) le 30 décembre dernier.

L’enneigement est en revanche "très excédentaire sur les Alpes au-delà de 2.400 m mais nettement moins bien fourni à plus basses altitudes". Des précipitations sont attendues en fin de semaine des Alpes aux Pyrénées, mais pourraient, à nouveau, commencer avec de la pluie en basse altitude.

-> Pour trouver toutes les stations de ski, le site France Montagnes propose une carte interactive de toutes les stations (cliquez ici).

Le département de la Drôme, qui compte six petites stations de moyenne montagne entre Vercors et Dévoluy, a pris le parti de se passer de neige artificielle, "trop risquée dans nos secteurs", et a recours à des "astuces" pour gérer son or blanc, explique à l'AFP Christian Morin, président de l'Epic qui les gère.

Des "pièges" de bois permettent d'amasser la neige au moment où elle tombe et elle est ensuite stockée au frais dans des zones boisées en attendant d'être utilisée pour colmater les trous dans les pistes si besoin. "On a pu déplacer deux fois ce qu’on aurait pu produire en neige de culture. C’est un bon compromis pour nos stations", estime-t-il.

Réservations en chut libre dans les Vosges

L'agence Savoie Mont Blanc, qui représente 110 stations et villages des deux Savoie avec pour la plupart un domaine skiable à plus de 1.500 mètres d'altitude, table sur un taux d'occupation de 82% pendant les quatre semaines de vacances, en hausse de 3 points par rapport à 2023.

Avec sa clientèle hivernale composée pour un tiers d'étrangers, elle s'attend à "une très bonne saison" après avoir déjà fait "carton plein" à Noël.

A l'inverse, les réservations sont en chute libre dans certains massifs moins prestigieux comme le Jura, les Vosges et le Massif Central avec des reculs de plus de 40% en février sur un an, selon une récente étude du groupe PAP Particulier à Particulier.

Ces massifs "font les frais du contexte d'inflation, de manque d'enneigement et des blocages routiers des dernières semaines" et "sont possiblement en train de laisser la main aux grandes stations des Alpes", explique sa directrice générale Laetitia Caron.

"L'enneigement est un des premiers sujets, les gens veulent se garantir le fait d’avoir des bonnes conditions", faute de quoi ils sont prêts à "renoncer complètement au séjour" et même à partir à la mer à la place, souligne-t-elle.

"Le fossé se creuse"

"Le fossé entre les stations d'altitude, notamment celles les plus au Nord, se creuse de plus en plus avec celles les plus basses et/ou les plus au Sud qui ont été frappées de plein fouet par le redoux hivernal", constate Hugues François, chercheur à l'Inrae à Grenoble et auteur d'une récente étude sur l'enneigement de stations de ski en Europe.

"Les choses sont très contrastées cette année, (mais) elles correspondent globalement à ce qu’avait projeté la science", souligne-t-il en référence aux travaux du Giec.

En conséquence, les Alpes du Nord bénéficient d'un "report de clientèle en plus de leur remplissage habituel donc on a potentiellement une fréquentation extrêmement bonne chez eux et mauvaise chez les autres", note-t-il.

Même constat pour Pierre Scholl, délégué syndical CGT à Courchevel (Savoie): "Les basses stations, c'est une catastrophe, donc les hautes stations bénéficient d’un report important". "Au niveau climatique, (...) cette année, on a eu des chaleurs hallucinantes", note-t-il.

Selon Météo Pyrénées, il a fait 14,8 degrés dimanche à Font Romeu, une station des Pyrénées-Orientales située à 1.800 mètres d'altitude.